Culture

La véritable histoire de Pinocchio

Temps de lecture : 2 min

Au XIXe siècle, dans la première version écrite par Carlo Collodi, il était moins question de mensonges et davantage de faim.

Dans le célèbre dessin animé de Disney, rien ne donne à voir les spécificités de la pauvreté italienne de l'époque. | Anita Jankovic via Unsplash
Dans le célèbre dessin animé de Disney, rien ne donne à voir les spécificités de la pauvreté italienne de l'époque. | Anita Jankovic via Unsplash

La petite ville de Collodi est à seulement 72 kilomètres environ de Florence, en Italie. Au XIXe siècle, elle abrita, le temps de plusieurs séjours, un jeune garçon nommé Carlo Lorenzini. Plus tard, une fois devenu écrivain, il se fera appeler Carlo Collodi, en hommage à ce lieu et laissera derrière lui L'Histoire d'une marionnette, soit l'ancêtre du célèbre conte de Pinocchio. Le Smithsonian Magazine revient sur ce fascinant récit pour enfants aux résonances plus politiques qu'on ne le croirait.

L'Histoire d'une marionnette a d'abord été publié sous forme de série dans Le Journal des enfants (Giornale per i bambini), à partir de 1881. Dès le premier paragraphe, l'intention est claire: bousculer les codes traditionnels du conte de fée et envoyer un message politique. On pouvait y lire: «Il était une fois... “Un roi!”, répondront en cœur mes petits lecteurs. Non les enfants, vous vous trompez. Il était une fois... un morceau de bois.»

Les aventures de Pinocchio ont été adaptées à travers dix-huit films dans le monde. L'une des plus célèbres versions est celle de Walt Disney, datant de 1940. Le mensonge y est au centre de l'histoire, représenté par le nez du petit garçon de bois qui s'allonge chaque fois qu'il cache la vérité. Néanmoins, dans la version de Collodi, le mensonge n'est qu'un trait de caractère parmi d'autres de la marionnette: Pinocchio se comporte mal d'une manière générale, ce qui conduit d'ailleurs Geppetto, son créateur, à se faire arrêter.

Une ode à l'éducation universelle

Maria Truglio est professeure d'études italiennes à l'université de Pennsylvanie. Enseignant régulièrement la véritable histoire de Pinocchio à ses élèves, elle explique que les réactions auxquelles elle fait face sont souvent les mêmes: la première est de remarquer «à quel point elle est différente de la version Disney»; la deuxième est de trouver le livre plus complexe que prévu. C'est pour ces raisons, mais aussi pour rendre hommage à la richesse du texte original, qu'une nouvelle traduction anglaise du livre est parue en 2021, réalisée par Anna Kraczyna et John Hooper.

Dans le célèbre dessin animé, rien ne donne à voir les spécificités de la pauvreté italienne de l'époque. Pourtant, dans la version originale, lorsque Pinocchio fait arrêter Geppetto, il plonge dans une longue période durant laquelle la peur de la faim est omniprésente. La marionnette décrit cette sensation en ces termes: «Une faim si réelle qu'elle pourrait être coupée avec un couteau.» On ressent aussi, tout au long des péripéties du petit garçon de bois, le poids du risque d'être dévoré, dans un monde où règne l'urgence de se nourrir. Un personnage tente ainsi à plusieurs reprises de faire frire ou rôtir le jeune garçon.

Plus tard, Pinocchio est transformé en âne pour avoir fait l'école buissonnière. John Hooper et Anna Kraczyna expliquent qu'à l'époque de Collodi, le mot «âne» avait un double sens: les gens qui devaient travailler dur étaient surnommés ainsi, tout comme les enfants qui refusaient de se rendre en cours. Le message de Carlo Collodi était donc le suivant: si les enfants font les «ânes» à l'école, ils finiront par vivre la vie des «ânes», soit celle d'ouvriers non qualifiés pour qui l'époque était dure.

Durant la période de l'unification italienne (seconde moitié du XIXe siècle), la salle de classe est devenue l'endroit privilégié de l'apprentissage de la citoyenneté italienne. Mais Carlo Collodi, qui avait grandi dans la misère, était conscient que les enfants, malgré l'éducation obligatoire, ne pourraient rien apprendre s'ils avaient faim. Selon lui, la seule échappatoire à un monde où le «manger ou être mangé» faisait loi était l'éducation. L'Histoire d'une marionnette en est la preuve.

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