Politique / Société

Affaire Damien Abad: plus glauque, tu meurs

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Dans cet embrouillamini au milieu de querelles de pouvoir, on a quelque mal à s'y retrouver.

J'ignore si Damien Abad doit démissionner. | Stéphane de Sakutin / AFP
J'ignore si Damien Abad doit démissionner. | Stéphane de Sakutin / AFP

On se croirait dans une (mauvaise) série télévisée. Avec son lot de détails scabreux, de trahisons, de témoignages contradictoires, d'accusations, de réfutations, de mises en garde. De partis politiques qui se tirent la bourre pour savoir lequel lave plus blanc que l'autre. De viols ou de comportements déviants dont le principal intéressé affirme leur impossibilité au regard de la nature de son handicap. D'une justice qui a classé les affaires sans suite. D'un nouveau ministre dont on demande, réclame, exige la démission immédiate.

Et au milieu de ce charivari, il y a nous, l'opinion publique à qui une nouvelle fois on demande de trancher. De dire qui ment, qui dit la vérité. De prendre parti. De déterminer à quel camp on appartient. Si on croit la parole des femmes. Si on est de leur côté. Ou si on penche plutôt vers celui qui se cache derrière son handicap pour faire valoir son innocence. Qu'on aimerait croire comme on voudrait croire ses accusatrices. Parce que l'innocence d'un homme, cela compte. Comme compte le traumatisme vécu par celles qui se disent victimes des agissements de ce dernier.

À nouveau, nous voilà pris dans les rets d'une affaire qui, si elle nous concerne de près –il en va de l'honneur de la République et de ses valeurs–, nous plonge aussi dans des abîmes de perplexité. On aimerait –il le faudrait d'ailleurs– se retrancher derrière l'institution judiciaire et sa présomption d'innocence mais l'on sent bien que ce faisant, on laisserait à penser que ces deux femmes seraient des affabulatrices, ce à quoi on ne peut se résoudre. On aimerait être à leurs côtés mais au dernier moment nous voilà rattrapés par l'ombre d'un doute: et si, se demande-t-on, et dans ce si, on introduit pêle-mêle les méandres de l'âme humaine, ses contradictions, ses zones d'ombre, ses outrances, ses ressassements, ses aveuglements.

Comme en plus, l'affaire a une dimension politique, on ne sait plus quoi en penser. Nous ne sommes dupes de rien, des intentions des uns et des autres comme des dénégations de leurs opposants. La politique se fiche de la morale. Elle veut le pouvoir et elle serait prête à tout pour arriver à ses fins. Il est ainsi bien évident que le rôle joué par cet Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique n'aide en rien à la compréhension de l'affaire ou à la manifestation de la vérité. Tout au contraire.

Les personnes derrière ce qui peut apparaître comme une officine à la botte d'un parti politique sont si radicales dans leurs prises de position, si avides de faire triompher leur cause, qu'elles tendraient à décrédibiliser la parole des plaignantes. Personne n'a le droit de se substituer à la justice. Et surtout pas un organisme dirigé par des individus engagés d'une manière si étroite dans le combat politique, sorte de chevaliers blancs dont on devine à leurs déclarations tapageuses que la notion même de nuance est étrangère à leur esprit –les individus assoiffés de pureté ont toujours un côté exalté qui salit bien souvent la justesse de leur combat.

Restent ces accusations. Ces victimes ou prétendues victimes selon la version des uns et des autres. Que par principe on croit. Parce que ne pas les croire nous entraînerait trop loin dans l'ignominie. Mais qu'on croit à la seule lumière de leurs dires. Sans être en mesure de vérifier la pertinence de leurs déclarations. Cela, c'est le travail de la justice. Du droit. De l'enquête et de ses attendus. Auxquels on se pliera.

Parce que c'est ainsi que fonctionnent les démocraties.

Et que personne n'est au-dessus des lois.

Ni Damien Abad, ni ses accusatrices.

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