Le commerce équitable: un levier de résilience et d’adaptation aux effets du changement climatique
Société / Monde

Le commerce équitable: un levier de résilience et d’adaptation aux effets du changement climatique

Temps de lecture : 6 min
Slate.fr

Les producteurs des pays en voie de développement sont les premiers touchés par les conséquences du réchauffement climatique. Ils se trouvent souvent en première ligne face à aux cyclones, aux ouragans, aux épisodes de sécheresse ou aux inondations qui réduisent le volume des récoltes et vont parfois jusqu’à les décimer. L’ONG Max Havelaar met tout en œuvre pour que les producteurs et productrices soient plus fort.e.s et résilient.e.s face aux aléas climatiques et leurs conséquences, mais aussi pour les accompagner dans la réduction de leur impact sur l'environnement.

Les plus pauvres sont aussi les plus vulnérables face aux catastrophes naturelles

Les cultures spécifiques du café, du cacao, du thé ou du coton, seront parmi les plus affectées dans les prochaines décennies par la hausse des températures et la raréfaction des ressources naturelles d’après des études scientifiques. On se demande même si ces matières premières seront encore disponibles dans 30 ans. En effet, les hausses de la température et du taux d’humidité provoquées par le réchauffement climatique favorisent l’émergence et la propagation de nouvelles maladies végétales et de nuisibles dans les cultures que l’on ne sait pas forcément traiter et qui sont très dévastateurs. C’est le cas de la rouille du café, par exemple, qui a envahi 50% de la zone de production en Amérique centrale et qui déciment les caféiers.

Les producteur.ice.s des pays en voie de développement sont et seront donc les plus durement touché.e.s par ces phénomènes météorologiques, car leur revenu dépend principalement du volume de leur production. Déjà vulnérables économiquement, ils n’ont pas les moyens de pallier ce manque de revenu ni de lutter contre ces nouvelles menaces en réalisant les nécessaires investissements.

On ne peut donc envisager de lutter contre les inégalités et la pauvreté à l’échelle de la planète sans prendre en compte le paramètre climatique et environnemental, et inversement. Sans justice économique pas d’efficacité climatique. Pour toutes ces raisons, l’engagement fondamental du mouvement Fairtrade/Max Havelaar pour la justice économique se double d’une action environnementale pour accompagner les producteurs.rices vers résilience et adaptation à ces défis majeurs.

Hector Hermilo Perdomo, caféiculteur dans lacoopérative COCASJOL au Honduras, constate les dégâts causés par l’ouragan Eta & Iota.

Crédit: Sean Hawkey

Manger un produit qui vient de loin est-il un désastre pour l’environnement?

Certains produits comme le cacao, le café et les bananes, ne peuvent être cultivés que dans l’hémisphère sud pour des raisons climatiques. Et quand on veut opter pour une consommation responsable, on se questionne sur l’impact des produits importés. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, dans le cycle de vie du produit, l’étape du transport n’est pas la plus émettrice en carbone.

En effet, dans le secteur alimentaire, la majorité des émissions de CO2 résulte de la production agricole et de ses modalités. L’agriculture intensive et industrielle a ainsi un impact beaucoup plus négatif sur la planète que d’autres modes. C’est au stade de la production que se jouent les principaux risques environnementaux : pollution des eaux, épuisement des sols, déforestation, affaiblissement de la biodiversité et problèmes sanitaires pour les populations.

Les produits cultivés à l’autre bout de la planète peuvent s’inscrire dans une consommation responsable, à condition qu’ils soient produits de manière durable et respectueuse de la biodiversité. Et, qu’ils parviennent au consommateur via les modes de transport à l’impact le plus réduit possible.

Des critères environnementaux stricts dans les cahiers des charges pour préserver l’environnement

S’ils ou elles peuvent être frappé.e.s de plein fouet par les catastrophes naturelles, les producteur.ice.s ont donc un rôle direct et fondamental à jouer dans la lutte contre le changement climatique. Les modes de production agricole non durables écologiquement peuvent dégrader l’équilibre des sols, la biodiversité, et finalement accélérer le changement climatique. C’est un cercle vicieux. C’est pourquoi, le label Fairtrade/Max Havelaar intègre dans ses cahiers des charges des critères environnementaux stricts, en plus d’un ensemble d’obligations d’ordre social et économique.

Les règles à respecter intègrent par exemple l’interdiction d’utilisation des pesticides jugés les plus dangereux, le recours à la lutte biologique dès que possible, une gestion maitrisée de l’eau avec récupération et optimisation de la consommation, l’interdiction des OGM, l’étude et la préservation de la biodiversité sur les parcelles ou encore un traitement durable des déchets. Les producteur.ice.s bénéficient d’un appui technique et de formations dispensées par des membres des réseaux de producteurs Fairtrade/Max Havelaar.

Formation aux bonne pratiques agricoles dans une plantation de cacao, ACOPAGRO, Pérou. Crédit: World Foodorama

La prime de développement au service de la transition agroécologique

La prime de développement perçue par les coopératives engagées dans le commerce équitable représente un levier collectif majeur. C’est un outil d’investissement collectif pour l’avenir. Ainsi, certaines organisations l’utilisent pour développer d’ambitieux et innovants projets agroécologiques, de lutte contre la déforestation, d'amélioration des pratiques agricoles et aussi des projets de diversification des sources des revenus pour que les producteur.rice.s soient plus résilients.

Century Cooperative & Credit Society , en Mauritanie, a décidé d’investir prime de développement dans la culture

et la récolte de la canne verte, plus respectueuse de l'environnement. Crédit: Miora Rajaonary.

C’est ce qu’ont décidé, par exemple, les membres de la coopérative Cocafelol au Honduras avec la mise en place d’expérimentations agroforestières. Des plants de café biologiques couplés à du fourrage à forte densité de biomasse, des arbres d’ombrage et des plantes fixant l’azote ont été mis en place sur 30 parcelles tests. En parallèle, la coopérative a développé une pépinière de 8 000 plants d’arbres fruitiers que pourront replanter les 200 producteur.rice.s à côté de leurs caféiers.

En plus de cultiver des ressources vivrières pour les membres et de diversifier les revenus de la coopérative Cocafelol, l’agroforesterie offre une protection aux plants de caféiers face aux intempéries ou au soleil. Ce mode d’exploitation permet aussi de restaurer la fertilité des sols, de stocker du carbone et de limiter la pollution des eaux.

La conversion au bio encouragée dans les filières équitables

Équitable n’est pas forcément synonyme de biologique. Mais ce sont deux démarches complémentaires qui se renforcent l’une et l’autre. D’ailleurs, en France, plus de 85% des produits labellisés Fairtrade/Max Havelaar arborent aussi le label «Agriculture biologique».

Aujourd’hui, le mouvement encourage les producteurs et productrices labellisés à se convertir au bio. Celles et ceux qui cultivent en bio perçoivent une rémunération plus élevée pour leurs produits. Le café arabica, dont le prix minimum obligatoire atteint 1,40 dollar par livre, est ainsi acheté 1,70 dollar au producteur lorsqu’il est biologique, et au total 1.90 en incluant la prime de développement.

Outre ce coup de pouce financier, les producteur.ice.s souhaitant se convertir au bio bénéficient aussi d’un soutien technique. Des conseillers spécifiques des réseaux les accompagnent sur le terrain et les forment à ces changements de pratiques.

Enfin, le mouvement Fairtrade/Max Havelaar encourage les organisations de travailleur.euse.s à investir leurs primes de développement dans la transition vers l’agriculture biologique. Par exemple, grâce à la prime de développement, la coopérative Conacado, basée en République Dominicaine, finance un plan pluriannuel de conversion à la culture bio du cacao. Quant à la coopérative bolivienne Anapqui, spécialisée dans la culture du quinoa, elle a décidé de couvrir, avec cette aide, les coûts liés à l’obtention de sa certification biologique.

Mettre en place et former des Responsables Changement Climatique

Pour former les producteur.rice.s aux enjeux environnementaux, le mouvement Fairtrade/Max Havelaar a mis en place des programmes dédiés. En Équateur, en Bolivie, au Guatemala et au Nicaragua, 112 jeunes, issus de 41 organisations certifiées Fairtrade/Max Havelaar, ont participé à la Climate Leadership Academy. Ce programme vise à former les leaders de demain à affronter les conséquences du changement climatique.

Au Kenya, une Climate Academy a également été créée et a réuni 8 500 agriculteur.ice.s. Dans le cadre de cette formation, ils ont pu découvrir les bénéfices de nouvelles techniques agricoles, par exemple, la plantation de 20% d’arbres d’ombrage supplémentaires, sur les parcelles de production de café.

Formation dans une plantation de caféiers à la Climate Academy au Kenya - Crédit: Fairtrade Netherlands.

Pour tout savoir sur le commerce équitable, lisez notre dossier

Demain sera équitable!

Photo illustration: Mao est producteur de bananes certifiées Fairtrade/Max Havelaar au sein de la coopérative BANELINO en République Dominicaine. Il travaille au sein de la pépinière pour cultiver de nouveaux plants et développer des solutions de lutte contre le changement climatique. Crédit: James Rodriguez

En savoir plus:
En couple depuis deux ans, deux femmes découvrent qu'elles pourraient avoir le même père

En couple depuis deux ans, deux femmes découvrent qu'elles pourraient avoir le même père

Ces amoureuses ont annoncé sur TikTok avoir pris conscience qu'elles étaient peut-être demi-sœurs.

Boutons de luxe transformés en bijoux: attention aux griffes des maisons de couture

Boutons de luxe transformés en bijoux: attention aux griffes des maisons de couture

Ils sont au cou de nombreuses influenceuses avec ce même argument: apporter le luxe à pas cher. Mais entre abus de l'image de marque et risque d'usage de faux boutons, ces colliers upcyclés frôlent avec les limites de la contrefaçon.

Face au Covid, deux camps d'experts: les rassuristes et les précautionneux

Face au Covid, deux camps d'experts: les rassuristes et les précautionneux

Les uns estiment qu'il est temps de passer à autre chose, les autres qu'il faut rester sur ses gardes. Un débat qui, au-delà de son aspect scientifique, est éminemment politique.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio