Égalités / Société

Envie d'être un (vrai) allié LGBT+? Voici ce que vous devez faire

Temps de lecture : 5 min

Dans la lutte contre les discriminations, les alliés jouent un rôle essentiel. Mais s'affirmer comme tel ne suffit pas: il faut des actes.

Être un bon allié LGBT+ est une question d'équilibre. C'est difficile, mais pas impossible. | Mercedes Mehling via Unsplash
Être un bon allié LGBT+ est une question d'équilibre. C'est difficile, mais pas impossible. | Mercedes Mehling via Unsplash

Le 17 mai, à l'occasion de la journée internationale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie, Élisabeth Borne, nouvellement nommée Première ministre, a déclaré sur Twitter: «Je veux dire à toutes les personnes LGBT+ qu'elles trouveront en moi et mon gouvernement un allié pour défendre leurs droits et lutter contre toutes les discriminations.»

Les réactions des militant·es ne se sont pas faites attendre: «Essayons donc d'éviter de nommer des ministres s'étant illustré·es par des positions homophobes ou transphobes»; «Joli pink washing. En attendant, on garde ce tweet en souvenir»; «Refus de la PMA aux personnes trans - Refus de la fin des mutilations sur les personnes intersexes - Expulsion des réfugiés LGBTI menacés de mort dans leur pays d'origine. Elle est belle votre lutte.»

Mais au fait, c'est quoi un allié? Quelles caractéristiques doit-il remplir pour être considéré comme tel? Quels actes doit-il accomplir et quelles posture doit-il avoir?

D'une manière générale, on désigne «alliée» une personne cisgenre hétérosexuelle qui apporte son soutien à la «communauté» LGBT+ et participe à la lutte contre l'homophobie, la transphobie, la biphobie et plus globalement contre l'hétérosexisme et le cissexisme/cisgenrisme. Consciente de ses privilèges, elle considère que les personnes LGBT+ sont discriminées et par conséquent désavantagées d'un point de vue social et économique.

Pour la Gay & Lesbian Alliance Against Defamation (Glaad), les alliés ont un rôle important à jouer dans les luttes LGBT+. Ils pourraient même avoir une sorte de fonction d'ambassadeur: «Les alliés comptent parmi les voix les plus efficaces et les plus puissantes du mouvement LGBT. Non seulement les alliés aident les personnes à faire leur coming out, mais ils aident également les autres [personnes hérétosexuelles cigenres] à comprendre l'importance de l'égalité, de l'équité, de l'acceptation et du respect mutuel», peut-on ainsi lire sur le site de l'association américaine. Elle définit alors une liste de manières d'être un allié et un ami, parmi lesquels:

  • être à l'écoute;
  • être ouvert d'esprit;
  • être prêt à discuter;
  • ne pas présumer que ses collègues soient hétéros;
  • affronter ses propres préjugés même si cela peut être inconfortable;
  • signaler que les blagues et les commentaires anti-LGBT+ sont offensants et nuisibles;
  • défendre les personnes LGBT+ contre les discriminations, etc.

Ce qui compte, ce sont les actes

Sasha Anxiety, journaliste et militante transgenre et lesbienne, explique: «On n'est pas allié juste parce que l'on s'affirme comme tel. Aussi vrai qu'il n'y a pas d'amour sans acte d'amour, il n'y a pas de soutien sans acte de soutien. Et chaque petit acte est un acte de résistance politique.» Pour elle, ce sont donc les actes qui comptent, même si la parole peut évidemment être performative pour contrecarrer des textes, tribunes et autres propos LGBTphobes. Mais cette dimension interroge la place de l'allié dans l'espace public, notamment sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Au sein d'une société construite autour des normes hétéros et cisgenres, les alliés sont dans une position de domination par rapport aux personnes LGBT+. De cette position hégémonique, ils ont acquis des privilèges -par exemple une meilleure profession, de meilleurs revenus, un capital social plus important, une plus grande capacité à se faire entendre… En découlent certains habitus de classe comme se sentir plus légitime, ou prendre plus aisément la parole en public. Ce sont des atouts pour donner un écho important aux revendications LGBT+, mais encore faut-il savoir «rester dans les clous».

Il s'agit de ne pas utiliser la cause pour se faire simplement valoir –c'est-à-dire faire ce qu'on appelle du pinkwashing. Matthieu Gatipon-Bachette, porte parole de l'Inter-LGBT, commente: «Ça fait bien d'être l'ami des LGBT, mais bien souvent, les gens récupèrent la cause de manière très superficielle pour se mettre en avant.» Ces personnes occupent un espace qui gagnerait à être davantage habité par d'autres qui ne sont pas uniquement mues par la quête du prestige individuel.

Soutenir, mais rester à sa place

Poursuivons. Il ne suffit pas non plus d'être animé par des motivations sincères, désintéressées et collectives. Charles Roncier, rédacteur en chef adjoint à VIH.org, détaille: «Un allié ne parle pas à notre place, n'investit pas des lieux qui ne sont pas les siens et ne s'approprie pas nos combats.» Cela signifie éviter le gatekeeping et ne pas participer soi-même à l'invisibilisation de groupes dont les voix peinent déjà à se faire entendre.

Fred Lebreton, journaliste et militant, exemplifie: «Un bon allié laisse de la place. Il ne s'impose pas en tête d'un cortège qui ne le représente pas directement –par exemple, en tant qu'homme gay, je défile en fin de cortège lors de marches lesbiennes ou trans. C'est vraiment soutenir tout en restant en retrait. C'est aussi utiliser sa propre visibilité pour en donner à ceux qui n'en ont pas.» Sasha Anxiety poursuit: «Les alliés doivent être capables d'écouter (et recevoir les critiques, aussi!), se décentrer et ne pas prétendre mieux savoir que les concernés.»

Pour autant, les alliés doivent-ils se taire comme d'aucuns le réclament parfois? «Je vais vous faire une réponse politiquement incorrecte, s'amuse Matthieu Gatipon-Bachette. Il ne faut pas confondre expérience et expertise. Parfois, certains alliés sont plus pertinents dans l'analyse: ils auront pu prendre une certaine distance quand nous, nous ne sommes pas toujours complètement objectifs. Ils doivent alors savoir faire la part des choses et savoir quand ils sont pertinents ou non.»

Sasha Anxiety confirme: «Si les alliés doivent être capables d'écouter et d'apprendre des personnes concernées, ces dernières ne doivent pas être les seules à traiter de sujets communautaires. D'abord parce que c'est un risque d'aller vers des logiques de tokénisme, mais aussi parce que les personnes concernées n'ont pas toujours raison.»

Être un bon allié LGBT+ est donc une question d'équilibre. Ça demande une bonne capacité d'écoute et de remise en question. C'est difficile, mais pas impossible!

Et le gouvernement dans tout ça?

Revenons à nos moutons –enfin, à nos ministres. À quoi ressemblerait un gouvernement d'alliés? Beaucoup ont répondu, via les réseaux sociaux, qu'il s'agirait déjà de ne pas nommer des personnes qui se sont clairement affichées contre le mariage pour tous ou l'ouverture de la PMA à toutes.

Évidemment, au-delà des symboles, il faudrait aussi aller plus loin, comme l'explique Matthieu Gatipon-Bachette: «Un gouvernement d'alliés devra prendre connaissance des revendications des associations et comprendre leur bien-fondé. Il devra aussi être capable de fixer des priorités. Et bien sûr, il ne devra pas utiliser les sujets LGBT uniquement pour se faire mousser.» Même s'il est conscient des enjeux de la «realpolitik», il ajoute: «Il devra savoir prendre des actions en accord avec ses discours et savoir affirmer concrètement ses valeurs. Cela passe aussi par le fait de ne pas créer des alliances avec des personnes ou des entités LGBTphobes.»

Plus radicale, Sasha Anxiety déclare qu'elle ne voit même pas comment le gouvernement pourrait être un allié: «Élisabeth Borne est responsable d'une véritable casse sociale! Or, dès lors que l'on s'attaque aux acquis sociaux, on ne peut pas être un allié, les personnes LGBT étant souvent en première ligne. Ces gens ne peuvent pas être nos alliés puisque ce sont eux qui nous oppriment et nous précarisent.»

Faute de pouvoir se débarrasser du système en place, les militants LGBT+ attendent du gouvernement des actes forts comme l'interdiction des mutilations sur les mineurs intersexes, l'ouverture de la PMA aux personnes trans, l'abrogation de la loi de 2016 sur la pénalisation des clients de la prostitution, un accueil renforcé des personnes réfugiées LGBT+ menacées dans leur pays, une lutte accrue contre le VIH ou encore des programmes d'éducation à la sexualité incluant les questions LGBT+ à l'école, au collège et au lycée. Allez Élisabeth, il est temps de de mettre les paroles en actes!

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