L'Europe en crise: c'est la faute à Hitler
Pourquoi l’Europe réagit si timidement à sa crise économique.
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La rapidité et la fermeté de la réaction américaine face à la crise financière et la grave récession devraient servir de modèle à d'autres grandes économies développées. Et pourtant l'Europe, confrontée aujourd'hui à des problèmes bancaires et de dette souveraine ainsi qu'à un ralentissement de la croissance, semble réticente à marcher dans les pas de l'Amérique.
Les États-Unis ont émergé relativement vite de leur cataclysme économique de 2008 car les décideurs avaient su tirer des leçons de l'histoire. Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale, a notoirement admis la responsabilité de la banque centrale dans la Grande dépression (comme il l'a confié à l'économiste Milton Friedman lors de son 90e anniversaire en 2002: «Vous avez raison, c'était de notre faute. Nous le regrettons profondément. Mais grâce à vous, nous ne le referons pas»). La réaction frénétique de la Fed de Bernanke-garantir toutes sortes d'actifs et de marchés, acheter des titres hypothécaires, adopter une politique de taux d'intérêt zéro et relever son bilan à 2.300 milliards de dollars-peut être considérée comme un signal de surcompensation. Grâce à l'expérience japonaise des années 1990, la Fed a compris la nécessité de faire vite.
Après la faillite de Lehman Brothers, les banques américaines se sont hâtées de lever des capitaux, de réduire leur endettement, de se débarrasser de leurs actifs problématiques et de recapitaliser-souvent avec l'aide du gouvernement. Le secrétaire au trésor Tim Geithner a incité ses homologues européens à soumettre les grandes banques à des stress tests [tests de résistance] et à rendre les résultats publics, ce qui aurait poussé les dirigeants de banques à agir prestement. Mais les Européens, qui ont conduit des stress tests l'année dernière, ne sont pas pressés de recommencer, à en croire le Wall Street Journal:
Les responsables de l'Union européenne ont déclaré que les régulateurs nationaux étaient déjà tout à fait informés de la santé de leurs banques.
Et la plupart des grandes banques européennes, qui n'ont pas été exposées aux risques des subprimes, ne se sont pas souciées de réduire leur ratio d'endettement, contrairement aux banques américaines. Le graphique alarmant de cet article du Wall Street Journal (sur abonnement) montre qu'au quatrième trimestre 2009, les plus grandes banques européennes avaient un ratio dette/capitaux propres atteignant des niveaux de 21 à 1 pour Banco Santander, 25 à 1 pour la Société Générale et 49 à 1 pour la Deutsche Bank. Voilà qui rappelle les niveaux d'endettement des grandes banques d'investissement avant l'épisode Lehman Brothers.
Si certains ont reproché au plan de relance financier américain d'être trop modeste, les faits suggèrent qu'il a largement contribué à la préservation des emplois et à la croissance. Une augmentation des dépenses fédérales était nécessaire en partie pour lutter contre la baisse des dépenses par les États. Aux États-Unis, le gouvernement fédéral a contribué à les renflouer grâce à des injections de liquide. En Europe, dépourvue de gouvernement fédéral global puissant, doté de la capacité de taxer et de dépenser, la politique fiscale ne caresse jamais les membres dans le bon sens du poil. Du Royaume-Uni à la République Tchèque, et dans tous les pays entre les deux, les gouvernements réduisent les dépenses et augmentent les impôts. Mais ces politiques d'austérité vont retarder la croissance économique, ce qui ne fera qu'aggraver les problèmes des banques.
L'Europe ne suit pas non plus l'exemple de l'Amérique en termes de politique monétaire. La Banque centrale européenne manque de courage, ou, disons-le franchement, de légitimité pour imiter les efforts faits par la Fed pour garantir les fonds du marché monétaire ou les billets de trésorerie. Autant la mesure prévue par la BCE et le Fonds monétaire international pour éviter la cessation de paiement à la Grèce et rétablir la confiance dans le marché obligataire européen était impressionnante, autant son exécution est lente et timorée.
Le 28 mai dernier, la BCE a acheté pour 43 milliards de dollars d'emprunts d'État. Mais elle compense les efforts que lui coûtent ces injections sur les marchés financiers en retirant des liquidités du système bancaire-c'est-à-dire en collectant davantage de dépôts. «Pour faire simple : nous n'imprimons pas de billets», a déclaré Jean-Claude Trichet, le président de la BCE. Et donc, tandis que la masse monétaire américaine connaissait une forte augmentation quand la Fed se débattait dans sa crise bancaire, la masse monétaire européenne ne grossit pratiquement pas.
Ce qui nous conduit au vif du sujet. Dans ces temps extraordinaires, la BCE et les gouvernements européens adoptent une politique d'austérité fiscale et une relative rigueur monétaire parce qu'ils sont paralysés par une peur panique de l'inflation. La Réserve fédérale a le double mandat de contrôler l'inflation et de promouvoir l'emploi. La BCE, en revanche, s'occupe avant tout de l'inflation. Peu importe que les données de l'OCDE sur l'inflation montrent qu'elle est sous contrôle. Les Européens ont toujours une peur bleue à l'idée qu'elle pourrait survenir. Dans ses perspectives économiques, l'OCDE écrit: «En ce qui concerne l'inflation, la question n'est pas de savoir s'il existe un risque aujourd'hui-ce n'est pas le cas-mais si ce risque existera dans deux ans».
Aux États-Unis, la volonté d'éviter les erreurs faites dans un passé récent ou lointain a débouché sur des politiques fiscales et monétaires peut-être excessivement vigoureuses. Pour les Européens, la volonté d'éviter les erreurs du passé lointain a conduit à un excès de prudence. Quand ils veulent tirer des leçons de l'histoire, les décideurs européens ne s'inspirent pas de Washington en 2009, du Japon des années 1990 ou des États-Unis dans les années 1930. Ils se tournent plutôt vers l'Europe des années 1920, une époque où l'hyperinflation ravageait les économies, troublait l'ordre social, détruisait les démocraties pour finir par déboucher sur la montée du nazisme. Une touche d'inflation, et nous pensons à Jimmy Carter. En Allemagne, quand il y a un soupçon de début de commencement d'inflation, ils pensent à Hitler.
Daniel Gross
Photo: Statue de cire d'Adolf Hitler au Musée Tussaud de Berlin / REUTERS (Hannibal Hanschke)
Mis à jour le 22/06/2010 à 18h42













































Je ne suis pas économiste de formation, alors je ne demande qu'à être corrigé, mais la politique menée aujourd'hui par Angela, c'est plus ou moins celle qui a été menée par la République de Weimar (restauration de l'équilibre budgétaire) qui a transformé la crise économique de 1929 en drame absolu en Allemagne et inversement c'est celle qui a été menée par Hitler (recrutement de fonctionnaires, lancement de grands travaux publiques) qui a permis à l'Allemagne de sortir de la crise économique, et est vouée aux gémonies en Europe aujourd'hui.
P.S. bravo pour cette nouvelle définition de la loi de Godwin ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin ) qui fait intervenir Hitler avant même que l'on ait eu un premier échange.
Très bon commentaire... grâce à vous je découvre la loi de Godwin. Merci ! Ce titre est .... Grossier .
El Gato a raison: il est absurde de penser que "c'est la faute à Hitler" si la BCE est obsédée par la lutte contre l'inflation, puisque ce n'est pas l'hyperinflation de 1923 qui a conduit Hitler au pouvoir, étant donné que celle-ci a été jugulée bien avant son arrivée au pouvoir, qui, elle, a été consécutive à la crise de 1929, marquée au contraire par un effondrement des prix et des salaires: pas besoin d'être un grand économiste pour remarquer cela!
Mais démonstration qui n'a que peu de rapport avec le titre. Que vient donc faire Hitler ici ? Si c'était pour accrocher le lecteur, c'est réussi.
De plus, copier systématiquement le modèle américain est un leurre ne correspondant pas aux cultures européennes.