Culture

They LOVE «A bout de souffle»

Slate.fr, mis à jour le 09.06.2010 à 17 h 03

Quiconque a déjà rencontré des Américains bobos a pu les entendre au moins une fois s'exclamer: «Oh my God you're French? I looove the French New Wave!» Si la France a célébré les cinquante ans de la Nouvelle Vague comme il se doit en 2009,  l'Hexagone est resté cette année très silencieux tandis que la presse anglo-saxonne fête elle en fanfare le demi-siècle d'A bout de souffle, sorti en 1960.



A Bout de Souffle, c'est Jean-Paul Belmondo qui vole une voiture, se fait arrêter, panique, tue un policier, prend la fuite, mais rencontre une belle Américaine (Jean Seberg) apprentie journaliste dont il tombe amoureux et qui finira par...bref. Ce qui suit dévoilerait des moments clés de l'intrigue. Mais pourquoi en faire tout un foin? «What's the big deal?» s'interroge Seattle Pi qui «a mis son chapeau d'Humphrey Bogart» pour mener l'enquête. Le journal rappelle l'éloge critique qui n'a pas cessé pendant ces 50 ans, certains qualifiant le film de Jean-Luc Godard de début du cinéma moderne, d'autres comme le plus influent premier film depuis Citizen Kane. «A Bout de Souffle a tout influencé. Point final», commence Seattle Pi, comme découragé d'avoir à dresser la liste exhaustive des réalisateurs s'en étant inspirés, avant de reprendre:

Avec Les 400 coups de François Truffaut et Hiroshima,Mon amour d'Alain Resnais, A Bout de Souffle a établi ce qu'allaient être les éléments clés de toute la Nouvelle Vague: caméras à l'épaule, acteurs non professionnels, dialogue mi-improvisé, éclairage naturel, jamais de tournage studio, plans fixes, faux raccords et des jeunes rebelles aux modes de vies bohème pour acteurs principaux.

Or tout ça influencera directement les réalisateurs d'Hollywood des années 70 et ainsi de suite, jusqu'à la filmographie de Quentin Tarantino, par exemple, affirme Seattle Pi.

On se doute que cette pluie d'éloges «très 2010» n'avait pas d'équivalent en 1960. En guise de confirmation, le New york Times publie sa critique du lendemain de la première projection au cinéma, en 1960... une belle démonstration de conservatisme. «Amoral», «choquant», «vicieux», etc... L'auteur semble avoir épuisé tous les adjectifs dépréciatifs existants. Ce serait en effet «une vision sordide de la société française» autour de l'histoire de deux personnages «vraiment effrayants» avec un Jean-Paul Belmondo d'ailleurs «incroyablement laid». Immoral car «tournant principalement autour de l'érotisme» et d'une «jeunesse vagabonde, confuse, animale et je m'en foutiste», le film n'était, selon le journaliste, recommandable «ni aux enfants ni aux personnes sensibles». Quant à la manière de filmer qui rendra la critique plus tard dithyrambique, c'est une «cacophonie picturale», «un morceau de film cru».

Pour un autre retour dans le temps, The Guardian publie une interview de Raoul Coutard, directeur de la photographie d'A bout de souffle, 86 ans aujourd'hui, qui raconte le tournage, souvent improvisé ou sans permissions sur les boulevards, ses impressions sur les acteurs, et toute la nouveauté dont il ne saisissait à l'époque pas l'importance.

Photo: Image du film A bout de Souffle, Notrecinema.

[Lire l'article de Seattle Pi ici, du New York Times ici et du Guardian ici]

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