France

Plaidoyer pour la semaine des quatre jours à l'école

Flore Thomasset, mis à jour le 12.06.2010 à 13 h 20

Instaurée définitivement il y a deux ans, la semaine de 4 jours est remise en cause par de nombreux professionnels. Mais certaines voix, notamment parmi les parents d’élèves et les internautes, continuent de plaider en sa faveur.

Sur les rythmes scolaires, vous pouvez aussi lire «Ça donne quoi ailleurs?» et «Pourquoi la France a tout faux»

Ces derniers jours, à l'occasion de l'installation de la conférence sur les rythmes scolaires, le monde de l'éducation s'est levé comme un seul homme pour réclamer une refonte totale du système. Les médias ont largement donné la parole aux psychologues et chronobiologistes: l'école et sa semaine de 4 jours sont un scandale, ils maltraitent nos enfants, ne respectent ni leurs rythmes ni leur développement, les journées sont trop chargées... Bref, je vous renvoie à mon propre article.

Pourtant, beaucoup de réactions, notamment sur Internet, ont laissé entendre une autre voix, qui dit à peu près le contraire du «reste du monde», à savoir: Vive la semaine de 4 jours. A titre personnel, ça ne me fait pas particulièrement plaisir d'écrire le mardi soir (presque) l'inverse de ce que j'ai publié le lundi matin. Mais je vais me prêter à l'exercice.

D'autant que sur le sujet, on n'en est plus à un revirement près. L'Éducation nationale en sait quelque chose: deux ans après sa généralisation, encouragée (quoi qu'il en dise) par le ministre, Xavier Darcos, la semaine de 4 jours est aujourd'hui devenue le grand Satan. On notera au passage que, dans le brouhaha de ces derniers jours, personne ne s'est ému du fait que changer d'organisation scolaire au gré des vents pourrait être contreproductif et à l'origine des problèmes d'organisation que rencontrent de nombreuses familles, écoles et associations...

Il convient ensuite de rappeler, quand même, que la semaine de 4 jours n'est pas sortie du chapeau du (méchant) Darcos ex-nihilo. Cette formule raccourcie / condensée de l'enseignement primaire a commencé à être testée en 1991, s'étendant très progressivement à l'ensemble de la France. On pourra donc regretter qu'il ait fallu attendre 19 ans et la suppression définitive du samedi matin travaillé pour remettre le système en question. Peut-être est-ce tout simplement parce que la semaine de 4 jours n'est pas le vrai problème...

Familles divorcées et week-end au vert

Au début des années 1990, en tout cas, elle avait plutôt la cote. Luc Chatel, alors même qu'il entamait le rétropédalage ministériel, ne s'était pas privé de le rappeler, en interview sur Europe 1, en septembre 2009: si «95% des écoles ont décidé d'adopter la semaine de quatre jours, c'est parce que localement, il y a des consensus, il y a des volontés d'aller dans ce sens.»

En effet, les défenseurs de la semaine de quatre jours notent d'abord qu'en libérant les enfants de l'école le samedi matin, elle a permis de faire baisser l'absentéisme. Entre les familles qui partent en week-end le vendredi soir et les parents qui ont la flemme d'emmener leurs marmots à l'école le samedi matin, certaines classes avaient tendance à être désertées. On pourra toujours, ici, fustiger l'irresponsabilité des parents et créer un système de suppression d'allocations en cas d'absences répétées, reste que la disparition de l'école le samedi matin semble aller dans le bon sens...

Mais la semaine de 4 jours permet surtout aux familles d'avoir un week-end complet, réclamé pour les parents qui travaillent la semaine où pour ceux, divorcés, qui n'ont la garde de leurs enfants que le week-end. «Les vies des familles ont évolué depuis 1882 où la semaine scolaire avec un jour non travaillé a vu le jour, note la fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (PEEP) de Saint Maur. La PEEP défend l'idée que les parents sont des acteurs de l'éducation des enfants et donc pour cela, doivent passer du temps avec leurs enfants.»

L'argument se retrouve dans les nombreux commentaires de blogs ou forums, notamment celui-ci, sur le monde.fr: « Il ne faut pas que l'école casse l'équilibre de la cellule familiale. Aujourd'hui, j'ai un fils qui vit depuis quelques années de cette organisation (semaine de 4 jours NDLR) et s'en ressent bien. Ses résultats sont très satisfaisants, et la disponibilité du samedi matin permet d'organiser des activités en famille.»

Un débat à dépasser

Alors certes, il ne faut pas penser l'école qu'en fonction de l'organisation des parents, comme le déplorent les chronobiologistes. Mais on ne peut pas faire non plus comme si ce paramètre n'existait pas, ni comme si les parents n'avaient comme seul souci que l'organisation de leurs week-ends sans penser au bien-être de leurs enfants. «La santé de l'enfant passe par celle de sa famille et de ses parents. Il faut favoriser la structuration des familles pour avoir une éducation qui marche», lit-on sur le même blog.

Preuve que le débat n'est pas complètement bloqué, même les chronobiologistes, aussi péremptoires soient-ils, ne réclament pas à un retour de l'école le samedi matin. Ils demandent par contre l'ajout d'une demi-journée le mercredi matin. Elle est essentielle pour rendre plus régulière l'heure de lever des enfants et surtout, pour aérer un peu les enseignements. Trop condensée, l'école française demande plus d'heures de concentration aux enfants qu'ils ne peuvent en fournir.

Et c'est là qu'on trouve le premier point d'accord entre chronobiologistes et défenseurs de la semaine de 4 jours (hourra!). Car bizarrement, ni l'un ni l'autre ne sont de farouches partisans des journées à rallonge pour les enfants ! «Si les journées des élèves sont trop chargées avec la semaine de 4 jours, écrit ainsi un internaute, c'est parce que l'on n'a toujours pas osé toucher à la seule exception française: deux mois de vacances en juillet et en août.» Si l'idée y est, l'affirmation, elle, n'est pas complètement vraie: dans certaines écoles, l'application des 4 jours s'est bel et bien accompagnée d'un raccourcissement des grandes vacances... Une solution qui permet non seulement d'aérer les cours mais en plus de réduire des vacances que les parents, limités à 5 semaines de congés payés, ont souvent du mal à occuper.

Comme le souligne régulièrement la PEEP, le débat gagnerait à sortir du simple conflit entre la semaine de 4 jours et celle de 4 jours et demi. Faire de la première le bouc émissaire des lacunes de notre système scolaire, serait en tout cas un peu rapide. Et les chronobiologistes ne disent pas le contraire.

Flore Thomasset

Photo de une: Une école à Vincennes, en 2008. REUTERS/Charles Platiau

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