Sciences

Comment le viagra de la Rome antique, très apprécié de Jules César, a disparu

Temps de lecture : 2 min

Le silphium était extrêmement prisé par les Romains.

L'espèce serait la toute première victime du changement climatique induit par les êtres humains. | Nils via Unsplash
L'espèce serait la toute première victime du changement climatique induit par les êtres humains. | Nils via Unsplash

Apparemment, les Romains de l'Antiquité appréciaient une herbe appelée silphium à peu près autant que nous apprécions le chocolat aujourd'hui. Elle avait d'ailleurs plusieurs fonctionnalités différentes: certains s'en servaient comme parfum, d'autres comme médicament, d'autres, encore, comme aphrodisiaque. Le Guardian s'est intéressé à la disparition mystérieuse de cette herbe si précieuse.

Le silphium était transformé en condiment appelé «laser» et mis dans de très nombreux plats. Jules César lui-même en avait caché plus d'une demi-tonne – preuve, s'il en fallait une, de la valeur de la fameuse plante. Pourtant, moins d'un demi-siècle plus tard, la variété disparut.

Les chercheurs pensent avoir réussi à comprendre la cause de cette extinction si soudaine: l'espèce serait la toute première victime du changement climatique provoqué par les êtres humains. Les scientifiques pensent d'ailleurs que son histoire devrait nous alerter quant aux risques de surexploitation de certaines plantes très utilisées pour nos produits de consommation.

Paul Pollaro et Paul Robertson, de l'université du New Hampshire, ont mené une étude sur le sujet. Selon eux, le développement urbain et la déforestation qui l'accompagnait auraient modifié le microclimat du lieu où poussait le silphium. «Vous trouverez souvent l'idée que [cette plante] s'est éteinte à cause de la surexploitation et du surpâturage, car les moutons en étaient aussi très friands, explique Paul Pollaro. Notre argument, c'est que peu importe la quantité qui était récoltée, le climat changeant, elle aurait de toute façon disparu.»

Modification de son environnement

On pense que le silphium est une espèce de férule qui ne poussait, à l'époque, qu'à l'état sauvage et sur une bande d'environ 48 kilomètres de large et 200 kilomètres de long, dans la province romaine de Cyrénaïque (désormais en actuelle Libye). Les Grecs anciens qui colonisèrent l'Afrique du Nord vers 630 avant J.-C. ont essayé de cultiver le silphium pendant des siècles, sans jamais y parvenir. «Ils ont évoqué la frustration qui était la leur, sans pouvoir comprendre les exigences microclimatiques que cela demandait»​​, affirme Paul Robertson.​​​

Les administrations de Cyrénaïque avaient bien compris que la plante était en danger et avaient donc clôturé toute la surface sur laquelle elle poussait. «Il y a des preuves qui montrent qu'ils ont essayé de la préserver. Mais toutes ces techniques étaient inutiles, parce que le microclimat avait évolué.»

Paul Pollaro explique que l'engouement autour de la plante chez les Romains n'est certainement pas surestimé, puisque le silphium était même représenté sur des pièces de monnaie, avec l'empereur ou un dieu sur l'autre face.

Mais les Grecs et les Romains qui ont pris le contrôle de la Cyrénaïque vers 90 avant J.-C. ont abattu les forêts du plateau pour y construire des maisons. C'est cette déforestation qui a modifié le cycle des précipitations et provoqué une plus grande érosion des collines où poussait le silphium, changeant ainsi les conditions climatiques nécessaires à son exploitation.

Au fond, ajoute Paul Pollaro, «d'une certaine manière, la valeur du silphium a été la cause de son propre déclin puisque sans lui, l'économie de Cyrène n'aurait pas été aussi prospère».​​​​​​

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