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Au Texas, la course contre la montre des cliniques pratiquant l'IVG

Temps de lecture : 14 min

Dans cet État américain, la loi sur l'avortement est censée pousser les femmes à bien mûrir leur décision avant une interruption volontaire de grossesse. Mais c'est tout le contraire qui se produit.

Depuis qu'une loi particulièrement contraignante est entrée en vigueur au Texas, les femmes n'ont plus que quelques jours pour décider d'avorter ou non. | Gayatri Malhotra via Unsplash
Depuis qu'une loi particulièrement contraignante est entrée en vigueur au Texas, les femmes n'ont plus que quelques jours pour décider d'avorter ou non. | Gayatri Malhotra via Unsplash

Houston Women's Reproductive Services (HWRS) est une clinique d'avortement spécialisée dans la pilule abortive. Au troisième étage, qui offre une belle vue sur la route voisine, toutes les membres de l'équipe s'affairent à gérer les contraintes que la nouvelle loi sur l'avortement promulguée par le Texas, où se trouve l'établissement, fait peser sur leur travail.

Afin d'éviter que les patientes ne perdent un seul jour qui pourrait leur être précieux dans le temps qui leur reste, les membres du personnel tentent de planifier un rendez-vous pour chacune d'entre elles le jour même de son appel. Elles ont au téléphone des femmes affolées, terrifiées d'avoir à mener une grossesse non désirée à terme, alors qu'elles n'ont qu'un jour ou deux de retard dans leurs règles. Souvent, elles doivent être beaucoup plus dans le soutien émotionnel et logistique que dans les soins médicaux.

La clinique doit aussi répondre à de nouvelles réactions de la part des patientes. En plus des questions désespérées habituelles –«Combien de temps me reste-t-il?»; «Pourquoi ne pouvez-vous pas m'aider?»; «Où dois-je aller?»; «Comment m'y rendre?»–, le personnel assiste à un déferlement d'angoisse sans précédent. Il a aussi remarqué une augmentation troublante du sentiment de regret.

Une semaine pour avorter

En vertu de la loi au Texas, les personnes confrontées à une grossesse non désirée n'ont que peu de temps pour réfléchir aux différentes possibilités qui s'offrent à elles: la loi interdit les avortements (avec la menace de poursuites coûteuses intentées par des chasseurs de primes privés) s'ils ont lieu après le début de l'activité cardiaque du fœtus, qui apparaît généralement quatre semaines environ après la conception, durant ce que les professionnels appellent la sixième semaine d'aménorrhée. Mais cela ne veut pas dire que les patientes ont six semaines pour pouvoir avorter légalement. Elles n'en ont qu'une, environ.

Il faut, en effet, près de cinq semaines pour que la première lueur d'une grossesse –un sac gestationnel– apparaisse à l'échographie. Sept jours plus tard environ, les cellules cardiaques commencent à se déplacer à l'unisson. C'est le moment à partir duquel les cliniques comme le HWRS ne sont plus autorisées à interrompre la grossesse. La semaine qui sépare ces deux étapes est un intermède précieux, qui s'achève très vite, et que les patientes pourraient facilement laisser passer.

Ce timing est rendu encore plus difficile par une autre loi, qui exige de chaque patiente qu'elle consulte le même médecin pour deux rendez-vous distincts, séparés d'au moins vingt-quatre heures, avant de mettre un terme à sa grossesse.

En temps normal, les patientes se présentaient à la clinique aux alentours de la septième ou huitième semaine de grossesse. Désormais, beaucoup viennent si tôt que leur grossesse est indétectable à l'échographie, même si leur test était bien positif. Et elles se retrouvent généralement affolées et désemparées lorsqu'on leur dit de revenir la semaine suivante pour une nouvelle échographie. Surtout lorsque, dans l'éventualité où elles ne pourraient interrompre leur grossesse dans les temps au Texas, leur travail ou leurs obligations familiales les empêchent de sortir de l'État.

«On a des femmes qui font des tests tous les jours, affirme Catalina Leaño, 51 ans, infirmière en chef au HWRS. Les gens arrivent ici totalement désemparés, avec cette angoisse qu'il soit trop tôt, ou trop tard.» D'après Marjorie Eisen, 65 ans, conseillère auprès des patientes à la clinique, «à chaque fois que le médecin et le personnel entrent dans une pièce pour faire une échographie avec une patiente, tout le monde retient son souffle en espérant que l'on ne va pas avoir d'activité cardiaque».

Une seule journée peut suffire à faire la différence entre de simples pilules à prendre chez soi et la procédure longue, coûteuse et stressante d'avoir à trouver un moyen pour avorter en dehors de l'État. La seule autre solution légale possible: l'accouchement, imposé par l'État.

Processus de décision faussé

Les femmes du personnel de la clinique de Houston sont d'âges divers et ont eu des expériences de vie très différentes, mais elles ont en commun un sens du devoir qui les anime. Beaucoup ont commencé à travailler bénévolement dans des cliniques d'avortement, mues par leur désir d'aider les femmes à vivre de manière libre et indépendante. Certaines, comme Marjorie Eisen, sont dans ce domaine depuis plus de trente ans.

Si elles ne se sentaient pas personnellement investies pour le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), m'ont-elles expliqué, elles ne viendraient pas quotidiennement pour faire perdurer cette pratique médicale que leur État fait tout pour empêcher. Plusieurs employées ont clairement exprimé à quel point elles étaient reconnaissantes envers celles qui leur avaient permis d'avorter lorsqu'elles étaient plus jeunes, leur permettant ainsi de poursuivre leur vie de mère, d'étudiante ou leur carrière professionnelle comme elles l'entendaient. Voir de quelle manière la loi texane (également connue sous le nom de SB8) plongeait certaines patientes dans la panique a été un choc démoralisant pour elles.

Depuis son ouverture en 2019, le HWRS se consacre à un seul service médical: l'interruption volontaire de grossesse. Aussi, les années précédentes, la grande majorité des patientes avaient déjà pris la décision d'avorter lorsqu'elles prenaient leur premier rendez-vous.

Aujourd'hui, une fois par semaine environ, il arrive qu'une femme ne se présente pas à son deuxième rendez-vous. Ou qu'elle se rende à la clinique pour ce deuxième rendez-vous, apparemment prête à prendre la pilule abortive, mais qu'elle reparte sans. Parfois, certaines rentrent chez elles sans la pilule, puis rappellent dans la journée parce qu'elles ont changé d'avis et se demandent s'il leur est encore possible de revenir. Il arrive aussi qu'une patiente, venue en toute urgence pour une IVG, contacte la clinique plus tard pour exprimer ses doutes ou ses remords.

«Elles nous disent fréquemment qu'elles ont l'impression de ne pas avoir eu assez de temps pour y réfléchir», regrette Marjorie Eisen. Les législateurs texans souhaitaient voir moins d'avortements, «mais en fait, d'une certaine manière, on a l'impression que ça pousse les gens à avorter trop vite». Pour le dire autrement, la nature restrictive de la loi fait plus qu'entraver l'accès des patientes à l'IVG. Elle fausse leur processus de décision.

«Une bombe à retardement»

Plusieurs études ont montré que les regrets après une IVG sont extrêmement rares. Dans une étude portant sur 667 femmes ayant avorté, 84% des interrogées disaient n'éprouver que des sentiments positifs, ou aucun sentiment, au sujet de leur IVG subie cinq ans auparavant. Et si 54% des participantes reconnaissaient que la décision avait été difficile, voire très difficile à prendre, elles étaient 95% à affirmer que c'était le bon choix pour elles.

D'autres études ont montré que la grande majorité des patientes estiment que l'IVG leur a fait plus de bien que de mal, qu'un avortement n'augmente pas le risque de dépression ou d'anxiété et que le niveau d'incertitude auquel les patientes doivent faire face lorsqu'il s'agit d'interrompre une grossesse est comparable ou nettement inférieur à celui éprouvé face aux décisions relatives aux autres soins de santé.

Les conseillères de la clinique de Houston disent qu'elles n'ont jamais vu tant de patientes en proie au doute et à l'indécision.

À Houston, quand les patientes avaient plus de temps pour digérer la nouvelle de leur grossesse, elles arrivaient généralement à la clinique en étant sûres de leur choix. Peut-être avaient-elles déjà passé plusieurs jours à imaginer comment avoir un enfant (souvent un troisième ou quatrième) changerait la trajectoire de leur vie, ou bien qu'elles en avaient parlé avec leur partenaire, un parent ou une amie de confiance.

Aujourd'hui, les conseillères de la clinique de Houston disent qu'elles n'ont jamais vu tant de patientes en proie au doute et à l'indécision. «Selon moi, c'est ce qui a été l'effet le plus pervers de lette loi, témoigne Jeana Nam, 27 ans, qui travaille ici en tant que conseillère. Une bombe à retardement qui prive la personne enceinte de contrôle.»

Pour beaucoup d'autres patientes, le choix reste clair. Une femme de 24 ans qui avait eu rendez-vous à la clinique en avril m'a affirmé qu'elle avait immédiatement su quoi faire lorsqu'elle avait appris qu'elle était enceinte. «J'ai déjà trois enfants. Le plus jeune a 6 mois et le plus grand 4 ans, m'a-t-elle confié. Je ne pourrais pas me permettre d'en avoir un quatrième aujourd'hui.»

«Cette loi me rend folle!»

Un mercredi du mois d'avril, je me suis assise dans l'arrière-salle de l'établissement pendant que Marjorie Eisen et Jeana Nam répondaient à des appels de femmes cherchant à obtenir des soins. L'une d'elles, que j'appellerai Rebecca, a dit à Jeana Nam qu'elle avait fait plusieurs tests de grossesse qui avaient tous été négatifs, mais qu'elle était sûre d'être enceinte. Elle avait un retard de six jours dans ses règles. «Vous pouvez venir pour faire une échographie, mais il est vraiment peu probable que l'on puisse voir quelque chose si vos tests ont été négatifs, lui a répondu Jeana Nam. Je ne voudrais pas vous faire dépenser 100 dollars [96 euros, ndlr] pour rien.»

Rebecca venait d'emménager au Texas et elle n'avait ni assurance maladie, ni médecin traitant à consulter en cas de retard de règles. Elle a insisté pour avoir un rendez-vous dans la journée. Jeana Nam lui donna rendez-vous et, après avoir raccroché le téléphone, me dit: «Elle était là: “C'est à cause de cette loi, ça me rend folle!” Ça la rassurera peut-être de voir un utérus vide à l'échographie.»

Entre deux appels, les conseillères parlent des patientes qui, en raison du calendrier serré, de la précision cruelle de l'interdiction de l'avortement et des aléas de la vie quotidienne, n'ont pas pu faire leur IVG à temps. L'une d'elles avait eu du retard dans ses règles, mais le test de grossesse qu'elle avait fait chez elle était négatif. Le médecin du HWRS lui avait conseillé d'en refaire un une semaine plus tard. Trois semaines après, lorsqu'elle s'était souvenue qu'elle devait faire un nouveau test, il était positif. Elle s'était immédiatement précipitée à la clinique pour faire une échographie, mais il était déjà trop tard pour qu'elle puisse avorter comme elle le souhaitait.

Afin de bien renseigner les patientes sur les délais, Catalina Leaño note soigneusement tous les détails sur chaque échographie. S'il y a une vésicule vitelline dans le sac gestationnel, «le fœtus commencera à en sortir au bout d'un jour ou deux. Puis, un jour plus tard, les cellules cardiaques commenceront à battre ensemble, détaille-t-elle. Donc, je dis à la patiente qu'elle est en avance, mais à cause de cette loi ridicule, elle n'a vraiment qu'un jour ou deux pour revenir. Parce que si elle revient le troisième ou quatrième jour, je ne peux pas garantir qu'il n'y aura pas de battements de cœur.»

Quitter le Texas pour une IVG

Les conseillères disent toujours aux patientes que si elles ne sont pas certaines de vouloir mettre un terme à leur grossesse, il vaut mieux qu'elles attendent d'être prêtes, même si cela implique de sortir de l'État. Mais elles ne peuvent pas non plus déterminer avec une certitude exacte le moment où chaque grossesse franchira le seuil à partir duquel l'avortement sera illégal. «C'est un processus biologique, explique Catalina Leaño. Je ne peux que me fier à mon intuition. Et ça ne laisse pas aux femmes assez de temps pour y réfléchir sereinement. Alors, elles se décident dans la précipitation et c'est là que viennent les regrets.»

«Est-ce que l'État veut vraiment que les femmes prennent plus le temps d'y réfléchir? Non. Il veut juste contrôler les femmes.»
Kathy Kleinfeld, fondatrice de la Houston Women's Reproductive Services

Kathy Kleinfeld, fondatrice et administratrice de la clinique, est habituellement un monstre de calme, de professionnalisme et de bonne humeur, mais elle n'a pu s'empêcher de sortir de sa réserve lorsque je lui ai parlé des conséquences de la loi. «C'est tout de même très ironique, parce que le Texas est cet État qui vous dit: “Oh, attendez, il faut vingt-quatre heures. Après l'échographie, il faut que vous rentriez chez vous pour y réfléchir, parce qu'on veut que vous soyez sûre”, s'agace-t-elle. Toute cette pression sur “On veut que vous soyez vraiment sûre de votre choix avant de passer à l'acte”, et ils instaurent une interdiction à six semaines, ce qui fait que les femmes n'ont que quelques jours pour découvrir qu'elles sont enceintes, faire leur choix, trouver un rendez-vous et enfin avorter?! Qu'est-ce que c'est que cette histoire?! Est-ce que l'État veut vraiment que les femmes prennent plus le temps d'y réfléchir? Non. Ils veulent juste contrôler les femmes

Lorsque la loi est entrée en vigueur, les employées de la clinique se sont mises à diriger les patientes qui n'avaient pu réaliser d'IVG au Texas vers un annuaire en ligne des centres d'avortement américains, avec des filtres en fonction de la distance et de la capacité d'accueil aux différents stades de la grossesse.

Mais elles ont découvert que beaucoup de patientes étaient souvent trop sous le choc de la nouvelle –beaucoup d'employées me les ont décrites comme des «biches prises dans des phares»– pour assimiler une recommandation aussi banale. Aussi, les conseillères ont commencé à leur poser des batteries de questions afin de les aider à mieux cerner les options s'offrant à elles: «Est-ce que vous avez le permis de conduire?»; «Est-ce que vous pouvez prendre l'avion?»; «Connaissez-vous quelqu'un dans un autre État qui pourrait vous aider?»; «Est-ce que vous connaissez quelqu'un d'autre qui aurait besoin d'une IVG –et, si oui, est-ce qu'elle aurait une cousine ou une tante qui pourrait vous héberger?»

Elles remettent également aux patientes un document qui indique le numéro d'une hotline en cas de besoin d'aide financière, ainsi que les coordonnées d'autres centres situés à Tulsa (Oklahoma), Denver (Colorado) et Fort Lauderdale (Floride), que Kathy Kleinfeld connaît et auxquels elle fait confiance.

Raz-de-marée anti-IVG

En dehors de l'État, les cliniques les plus proches se trouvent en Louisiane. Mais comme la plupart des patientes ne peuvent pas prendre l'avion, l'Oklahoma est une meilleure solution. Les cliniques d'IVG de Louisiane étant désormais inondées de patientes du Texas, leurs carnets de rendez-vous sont pleins plusieurs semaines à l'avance. En outre, comme au Texas, la loi y impose deux visites en personne à vingt-quatre heures d'intervalle.

Autre signe de l'effondrement total de l'accès aux cliniques d'avortement dans le sud des États-Unis: la clinique de Houston reçoit maintenant fréquemment des patientes en début de grossesse qui arrivent de Louisiane, même en dépit de l'interdiction qui frappe le Texas, parce qu'elles ont pu y obtenir un rendez-vous plus rapidement que dans leur État. Il existe une loi similaire en Oklahoma, mais le premier rendez-vous peut se dérouler par téléphone, ce qui permet aux Texanes de faire l'aller-retour en une seule journée (éreintante). Au cours des derniers mois, les Texanes se sont plus rendues en Oklahoma pour avorter que dans n'importe quel autre État.

Mais cette solution pourrait bientôt disparaître également. Au début du mois de mai, Kevin Stitt, le gouverneur de l'Oklahoma, a signé une loi qui, quand elle prendra effet en août, rendra illégal tout avortement, à l'exception de ceux pratiqués dans le but de sauver la vie de la femme enceinte. Un projet de loi distinct, fonctionnant de la même manière que la loi texane pour ne pas dire qu'elle interdit tous les avortements –en s'appuyant sur la méthode des chasseurs de primes, qui a permis à la loi de rester en vigueur alors même qu'elle est contestée au tribunal–, y a également été adopté. Si le projet passe au Sénat, il prendra effet dès que Kevin Stitt l'aura signé.

«Cet exemple démontre que les personnes qui ont les ressources, les moyens et les compétences finissent par obtenir ce qu'elles veulent.»
Kathy Kleinfeld, fondatrice de la Houston Women's Reproductive Services

Sortir de l'État semble être une solution tout simplement impossible pour certaines Texanes enceintes. «Elles nous supplient carrément: “Je ne peux aller dans un autre État. Mes parents ne sont pas au courant”; “Mon mari va me tuer”; “Je n'ai pas assez d'argent. Mes enfants dépendent de moi. Je suis la seule à gagner de l'argent”, confie Catalina Leaño. Ça nous fend le cœur.»

D'un certain point de vue, l'affluence de personnes qui suivent leurs cycles de près et qui détectent leurs grossesses à un stade précoce témoigne de leur détermination et de leur résilience. «Ça prouve l'ingéniosité des femmes, constate Kathy Kleinfeld. Nous savons que les femmes finiront toujours par obtenir les services dont elles ont besoin. L'histoire l'a montré à maintes reprises. Cet exemple démontre une fois de plus que, malgré les lois qui rendent les choses plus difficiles, les personnes qui ont les ressources, les moyens et les compétences peuvent et finissent par obtenir ce qu'elles veulent.»

Toutefois, cette aptitude à parvenir à ses fins peut aussi être perçue comme un signal de détresse, car elle provient d'une population terrorisée dont l'État s'est approprié les capacités procréatrices. La souffrance dont est témoin le personnel des cliniques d'avortement du Texas est le signe d'une crise nationale des droits humains qui se profile à l'horizon. Ce qui a été décidé, c'est la désintégration éclair d'infrastructures spécialisées qui ont sauvé la vie d'innombrables patientes –et ont amélioré de façon spectaculaire les perspectives physiques, mentales et économiques de générations entières de femmes– dans les décennies qui suivirent l'arrêt Roe v. Wade.

Un raz-de-marée de législations anti-IVG déferle dans différents États américains, en partie dans le but d'inciter la Cour suprême à affaiblir ou annuler l'arrêt Roe v. Wade. Si cela se produisait, nous en payerions le prix durant des décennies, car les femmes seraient criminalisées et condamnées à la pauvreté faute d'avoir eu accès à un avortement légal.

Impossible de prendre des nouvelles

Pour l'instant, Kathy Kleinfeld tient à jour le compte de toutes les patientes que la clinique a reçues pour des échographies et qui, lorsqu'une activité cardiaque fœtale a été détectée, ont été renvoyées. Cette liste comporte plus de 200 noms, sans compter les milliers de personnes qui ont appris au téléphone, alors qu'elles essayaient de prendre rendez-vous, que leur grossesse était trop avancée pour que l'on puisse s'occuper d'elles au Texas.

À moins que ces femmes ne reviennent à la clinique de Houston pour le suivi, Kathy Kleinfeld ne saura jamais comment elles se sont débrouillées. Une autre professionnelle de la ville qui pratique des IVG a confié à la fondatrice de la HWRS qu'elle avait tenté de joindre ses anciennes patientes afin de prendre de leurs nouvelles, mais qu'elle avait eu beaucoup de mal à le faire. Elle s'est vite aperçue qu'elles ne voulaient sans doute pas qu'une personne qui n'avait pas pu leur venir en aide leur rappelle leurs difficultés passées.

Catalina Leaño dit qu'elle se souviendra toujours d'une femme paniquée qui l'avait suppliée de faire exception à la règle. La patiente avait raconté qu'un peu plus d'un mois auparavant, elle s'était réveillée, désorientée, dans une chambre d'hôtel un peu louche. Elle était persuadée que quelqu'un avait drogué sa boisson. Elle n'avait pas de moyen de contraception, parce qu'elle n'était pas active sexuellement. Ce jour-là, à la clinique, Catalina Leaño a réalisé une échographie qui a révélé un mouvement des cellules cardiaques du fœtus. Elle a dû renvoyer la femme chez elle.

Plusieurs semaines après, elle a hésité à recontacter la patiente pour savoir comment elle allait, mais elle s'en est empêchée. «Lorsqu'on pratique des IVG, on aimerait bien pouvoir pendre des nouvelles des gens, mais on n'a pas envie de rappeler aux patientes ce qu'elles ont vécu, de les replonger dans cette période de leur vie, affirme-t-elle. Je me pose des questions et je les garde pour moi, vous voyez? C'est juste que… je ne veux pas les blesser. Je ne veux pas leur rappeler tout ça.»

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