Le commerce équitable pour assurer une juste rémunération aux producteurs
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Le commerce équitable pour assurer une juste rémunération aux producteurs

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Slate.fr

Le mouvement international Fairtrade/Max Havelaar garantit aux producteurs des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine une meilleure rémunération pour couvrir leurs coûts de production et leur permettre de prendre leur avenir en main. L’ONG plaide, en concertation avec l’ensemble des acteurs, pour l’atteinte à terme d’un revenu vital permettant de leur offrir des conditions de vie dignes.

Café, thé, chocolat, bananes… il est devenu banal d’acheter au supermarché des produits provenant de Côte d’Ivoire, du Guatemala, du Pérou, du Cambodge ou de la République dominicaine. Mais notre consommation s’effectue bien souvent au détriment des producteurs et des travailleurs des pays du sud, situés tout au début de la chaîne de production.

En effet, les prix des matières premières, fixés sur des marchés internationaux, sont déconnectés du terrain et des coûts de production et le rapport de force est complètement déséquilibré en faveur des acheteurs.

Quant aux travailleurs des grandes plantations, pour des productions comme la banane et le thé par exemple, ils sont souvent exploités et privés de leurs droits sociaux. On voit donc bien comment le commerce mondialisé, lorsqu’il n’est pas régulé, peut contribuer à l’appauvrissement de ceux qui produisent notre nourriture et creuser les inégalités.

Le modèle du commerce équitable

Le commerce équitable a émergé il y a plusieurs décennies pour combattre ces dérives et permettre aux producteurs des pays du sud notamment, de vivre décemment.

L’ONG Max Havelaar France est l’un des principaux acteurs de ce modèle économique éthique. Elle fait partie du mouvement international Fairtrade/Max Havelaar qui a lancé, en 1988, un système de commerce équitable labellisé, fondé sur des cahiers des charges précis dont le respect est contrôlé par l’organisme indépendant FLOCERT.

Le label Fairtrade/Max Havelaar garantit ainsi: une meilleure rémunération des producteurs et des travailleurs agricoles à travers un prix minimum garanti et une prime de développement, des conditions de travail décentes (respect de leurs droits fondamentaux, règles sanitaires et dispositions sociales), ainsi que le regroupement en coopératives. Parce que cette population se trouve en première ligne face aux conséquences déjà concrètes du changement climatique (épisodes de sécheresse, cyclones ou inondations), le label comprend également des critères environnementaux afin de préserver les ressources naturelles et les écosystèmes: interdiction des OGM et des produits chimiques dangereux, incitation à l’agriculture biologique, etc.

Pour des millions de consommateurs, le label est devenu le gage d’un mode de production respectueux des travailleurs locaux et de leurs droits. Il leur permet de consommer sans contribuer à l’appauvrissement ou à l’exploitation des populations des pays d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine. Autrement dit, en achetant des produits labellisés Fairtrade/Max Havelaar, les consommateurs ont la garantie que les producteurs reçoivent une rémunération plus juste.

Victor Samuel Galix et Dixon Ramirez, producteurs de café à la coopérative COCAOL au Honduras - Crédit: Sean Hawkey

Qu’est-ce que le prix juste?

Mais que signifie un prix juste? C’est un prix qui permet de payer décemment tous les intervenants de la chaîne de production et de garantir des conditions de travail décentes. Malheureusement, la course aux prix bas dans les magasins est connue pour la destruction de valeurs qu’elle peut produire en termes d’impact social et environnemental. Les producteurs, 1er maillon de la chaîne sont les plus souvent impactés négativement. D’où l’importance d’un modèle qui les protège des aléas du marché.

Le prix minimum garanti, un filet de sécurité

C’est là qu’intervient le mouvement Fairtrade/Max Havelaar et le prix minimum garanti, qui est l’un des piliers de son système. Il s’agit du montant minimum que les acheteurs doivent verser aux producteurs en échange de leurs produits ou matières premières pour couvrir leurs coûts de production. Ce prix est régulièrement réévalué par Fairtrade/Max Havelaar afin de coller au plus près de la réalité économique de terrain.

Ce prix minimum garanti est particulièrement nécessaire lorsque les cours des matières premières dégringolent. Il joue ainsi le rôle de filet de sécurité pour les producteurs dont les coûts de production, eux, n’ont pas baissé. Quand le cours des matières premières est plus élevé que le prix minimum garanti, c’est bien sûr le cours des matières premières qui s’applique. Ce prix étant un socle minimum obligatoire, les entreprises engagées avec Max Havelaar France peuvent acheter à des niveaux plus élevés, beaucoup le font.

Ainsi, le prix mondial du café était en 2019-2020 d’environ 2$/kg, quand le prix minimum garanti Fairtrade/Max Havelaar s’établissait à 3,2$/kg. En Côte d’Ivoire, premier pays producteur de cacao dans le monde, le prix de cette matière première est défini par l’État et ne permet généralement pas aux agriculteurs de couvrir les coûts de production. L’activation du prix minimum garanti sur la récolte 2021-2022 a ainsi représenté 121,70 dollars par tonne en plus du prix fixé par le gouvernement ivoirien.

Le déclenchement du prix minimum Fairtrade/Max Havelaar face à l’évolution des prix du marché du café - Crédit: Max Havelaar France

La prime de développement pour financer de projets économiques et sociaux

Une rémunération juste doit aussi permettre aux producteurs de pérenniser leur activité. C’est l’objectif de la prime de développement. Cette somme revient directement aux coopératives d’agriculteurs qui votent démocratiquement pour en déterminer l’usage.

Ils peuvent collectivement choisir de la reverser comme un revenu supplémentaire directement aux exploitants dans les périodes les plus creuses, ou de l’investir dans du matériel de production ou dans des formations pour de meilleures pratiques agricoles. Cette somme peut également financer des infrastructures qui bénéficient à toute la communauté comme des écoles, des centres de soins, des puits d’eau potable, des routes, etc, ...

Centre de santé financé grâce à la prime de développement à La Santa Cruz en République Dominicaine - Crédit: Fairtrade / José García

Comment définir et garantir un revenu vital avec tous les acteurs?

Le revenu vital correspond au montant nécessaire à un foyer pour garantir des conditions de vie décentes à l’ensemble de ses membres. Un montant qui varie en fonction des régions et des pays. S’il couvre les coûts de production de l’exploitation, le prix minimum garanti équitable ne permet pas toujours aux producteurs d’obtenir un tel revenu. D’autres charges que les charges d’exploitation entrent en jeu dans la vie de ces agriculteurs : nourriture pour toute la famille, eau potable, logement, frais de santé et d’éducation, vêtements, etc. D’autres revenus et ressources aussi sont à prendre en compte dans le foyer : cultures vivrières, activités salariées hors exploitation familiale, etc, ...

C’est pourquoi depuis 2017, le mouvement Fairtrade/Max Havelaar sensibilise les acteurs économiques et les consommateurs à la nécessité d’un revenu vital pour les producteurs.

Pour le définir, une coalition internationale, appuyée par des chercheurs, travaille région par région et tient compte, par exemple, de la taille des exploitations, de leurs rendements agricoles, des coûts de production et des ressources alimentaires issues de ces exploitations.

Les éléments d’un revenu vital - Crédit: Max Havelaar France

Changer vraiment la donne: l’exemple de la filière cacao

Pour donner une direction claire à l’industrie du chocolat et aux pouvoirs publics, le mouvement Fairtrade/Max Havelaar a calculé, avec l’aide d’autres acteurs du développement et sur la base de recherches et d’études, le prix de référence qui permet d’atteindre ce revenu vital. La définition de ce prix de référence permet de quantifier l’écart entre les prix actuels du marché et le prix qui devrait être payé pour assurer le développement durable de la filière cacao par exemple. L'augmentation de 20% du prix minimum garanti en 2019 est la première étape d'une approche graduelle visant à combler cet écart de prix. Cette augmentation a permis de réduire l’écart de 40% entre le prix minimum garanti et le prix de référence.

Du fait de la concurrence souvent dure entre acteurs du chocolat, il est très important que cet objectif d’améliorer réellement et rapidement le revenu de tous les cacaoculteurs soit partagé. Dans ce but, l’association Max Havelaar France a soutenu et signé l’Initiative française pour un cacao durable en octobre 2021, rassemblant pour la première fois l’Etat français, les industriels du chocolat et les acteurs majeurs de la grande distribution, mais également le milieu de la recherche et les ONG. Un des engagements principaux de l’initiative est d’atteindre un revenu décent pour les cacaoculteurs et leurs familles d’ici à 2030 pour tout le chocolat français.

Pour tout savoir sur le commerce équitable, lisez notre dossier

Demain sera équitable!

Photo illustration: Cynthia Arefi, productrice de cacao au sein de l’Asuadai Cocoa Farmers Cooperative Society au Ghana - Crédit: Fairtrade/Fairpicture

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