Culture

Valérie Trierweiler raconte sans détour la vie à l'Élysée dans un podcast

Temps de lecture : 5 min

Pour la première fois en France, l'ancienne conjointe d'un président décrit le «Château» de l'intérieur.

Valérie Trierweiler à l'Élysée, en 2013. | Lionel Bonaventure / POOL / AFP
 
Valérie Trierweiler à l'Élysée, en 2013. | Lionel Bonaventure / POOL / AFP  

«Depuis presque dix ans, la question qu'on m'a le plus posée est: “C'est comment la vie à l'Élysée?”» Le sujet a de quoi intriguer en effet, et les producteurs de Podcast Story, studio spécialisé dans les récits et les thématiques people ou d'actualité, l'ont bien compris. Coup de maître, ils ont réussi à convaincre la journaliste Valérie Trierweiler, compagne de François Hollande de 2005 à 2014, de raconter dans son tout premier podcast à quoi ressemble le quotidien dans l'épicentre du pouvoir.

Sorti entre les deux tours de l'élection présidentielle, Visite privée à l'Élysée, par Valérie Trierweiler donne à entendre une journée type au palais présidentiel. L'ancienne première dame y expose l'emploi du temps de la conjointe du président et des petites mains du «Château», comme on l'appelle dans la classe politique. Et c'est bien une vie de château que mène le couple présidentiel, si l'on en croit ce récit que l'on suppose fidèle à la réalité.

Réveil avant 7h, vêtements soigneusement pliés avec du papier de soie par une femme de chambre, petit déjeuner servi par un majordome dans de la porcelaine... «Une patte de croissant avalée, un baiser rapide et le voilà déjà parti à son bureau pour un jour sans fin. Le téléphone a déjà tant sonné», narre l'ancienne première dame sur un ton un peu las, qu'elle justifie par le stress de se retrouver derrière un micro pour la première fois, ou presque.

«Je participe aux “Grosses Têtes” sur RTL depuis peu, mais ce n'est pas la même chose que d'écrire et d'incarner un texte», nous apprend la journaliste par téléphone. Les auditeurs pourraient y soupçonner le souvenir mitigé de son passage à l'Élysée qui a pris fin brutalement après le scandale de la relation entre François Hollande et l'actrice Julie Gayet, mais la voix de la narratrice prend de l'aisance au fil du récit, effaçant ce sentiment.

Un lieu vivant et luxueux, mais impersonnel

Choix étonnant, ce n'est pas à la première personne que Valérie Trierweiler décrit l'Élysée dans ce podcast, mais à la troisième: «Pendant que le président enchaîne les rendez-vous et réunions, la première dame a rejoint son aile. Elle passe voir son secrétariat, prend connaissance des dernières demandes puis rejoint son bureau dans le salon des Fougères, installé là depuis Cécilia Sarkozy. [...] Une partie du courrier des Français lui a été sélectionnée, des réponses préparées. Pour la plupart, il ne reste qu'à signer. Comment pourrait-elle répondre elle-même aux 20.000 lettres environ qui lui parviennent chaque année? Impossible!»

«Je voulais que ce soit flou, que ça puisse être n'importe quel couple présidentiel», explique Valérie Trierweiler, qui admet cependant être consciente que les auditeurs viendront probablement écouter le podcast sur la seule base de son nom. «J'ai compris à l'époque où je vivais à l'Élysée, grâce aux témoignages du personnel, que peu importe le couple présidentiel, les choses se passaient presque toujours de la même façon. Ils vivent dans les mêmes pièces, dorment dans le même lit, se soumettent aux mêmes règles… C'est cette vie à huis clos que j'ai voulu raconter.» Invitée à plusieurs reprises par Brigitte Macron, elle a pu constater par elle-même que les présidents changent mais que l'Élysée reste.

Pendant les dix-sept minutes que dure le podcast, s'enchaînent les moments de la journée et avec eux, les pièces du palais, décrites avec la précision de quelqu'un qui a vécu entre ses murs. «Lorsqu'ils reçoivent la famille ou les amis, le dîner se déroule dans la salle à manger privée. À moins que ce ne soit dans la bibliothèque Napoléon dans l'aile Madame, juste à côté du bureau des premières dames, le salon des Fougères. Cette bibliothèque est un des lieux favoris de tous les présidents, l'une des pièces les plus chaleureuses sur les 365 du palais. 40 mètres carrés sur les 12.000 que compte le palais. Là où De Gaulle, Pompidou, Mitterrand et Sarkozy ont choisi de réaliser leur photo officielle.» Plus qu'une visite guidée, Valérie Trierweiler donne à entendre un lieu vivant et luxueux, certes, mais très impersonnel. Le président n'en a même pas la clé.

Peu d'allusions à François Hollande

Malgré la nappe sonore qui oscille entre la musique d'ascenseur et de relaxation, on se prend de curiosité pour ce récit d'insider, le premier livré par une ancienne première dame de France. Raconter, démystifier, ouvrir les portes, faire fi du protocole: à l'époque déjà, Valérie Trierweiler avait pris l'initiative de doter son cabinet d'un compte Twitter officiel et d'une communication plus ouverte. Mais pas de là à parler du vis-à-vis dans les appartements privés du couple présidentiel.

Dans le podcast, la journaliste ne se concentre pas uniquement sur leur vie, mais rend hommage au travail du personnel de l'Élysée, à commencer par celui de la brigade du chef Fabrice Desvignes –injustement prénommé Frédéric dans le podcast. Viennent ensuite la sommelière, les tapissiers, les imprimeurs, les fleuristes et autres artisans qui grouillent dans les sous-sol du «Château».

«Ils travaillent dans des conditions difficiles, sans jamais voir la lumière du jour, mais ils se sentent honorés de travailler dans le saint des saints», confie Valérie Trierweiler au téléphone. Elle évoque sans détour le sort des standardistes «délocalisés» par Emmanuel Macron dans un autre bâtiment à quelques centaines de mètres, «malheureuses et malheureux comme les pierres de se sentir relégués».

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Vider l'Élysée

Mis à part quelques phrases bien senties («la conseillère installée là [...] était au courant de toutes les allées et venues de ce dernier, à l'instar d'une gardienne d'immeuble»), le ton est moins amer que dans Merci pour ce moment, récit autobiographique sorti quelques mois à peine après la rupture du couple Hollande-Trierweiler. «Ça fait presque dix ans, les choses sont loin derrière moi. Je n'ai aucun problème à y revenir maintenant», commente-t-elle. Les allusions à son ex-conjoint restent rares.

Mais pourquoi parler dans un podcast, elle qui a été pendant trente ans journaliste de presse écrite jusqu'à son licenciement récent de Paris Match? «J'écoute beaucoup de podcasts et de radio, j'adore ça. J'ai d'abord voulu faire une série de podcasts sur la méritocratie, un sujet qui me tient à cœur.» Approchée par Podcast Story, le tout jeune studio de Sébastien Cauet et Jean Isnard, elle accepte de collaborer.

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On lui demande si elle voudrait bien raconter ses années à l'Élysée avant de réaliser sa série sur les transfuges de classe. Elle accepte volontiers, heureuse de pouvoir répondre une bonne fois pour toutes à la question qu'on lui pose depuis des années. Preuve que même huit ans plus tard, on ne se défait jamais complètement de son statut de première dame.

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