Monde

En Ukraine, statues de Lénine et drapeaux soviétiques réapparaissent dans les villes occupées

Temps de lecture : 2 min

La Russie cherche à réimposer les symboles de l'empire déchu dans les territoires occupés, tout en gommant l'identité nationale ukrainienne.

Cette photo prise à Donetsk le 18 janvier 2022 montre la statue de Lénine dans la capitale de l'État autoproclamé de la République populaire de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine. | Alexander Nemenov / AFP
Cette photo prise à Donetsk le 18 janvier 2022 montre la statue de Lénine dans la capitale de l'État autoproclamé de la République populaire de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine. | Alexander Nemenov / AFP

Le mot d'ordre du 24 février était la «dénazification», mais très rapidement, l'invasion de l'Ukraine par l'armée russe a pris des allures de colonisation. La semaine dernière, les habitants de la ville balnéaire de Henichesk, au bord de la mer d'Azov, dans le sud-est de l'Ukraine, ont vu une figure bien familière revenir sur la place centrale: une statue de Lénine a été érigée devant le bâtiment du conseil municipal, au sommet duquel ont été installés des drapeaux russes et soviétiques. Juste à temps pour célébrer l'anniversaire de la mort du leader de l'URSS, le 21 janvier.

Henichesk a fait partie des premières villes ukrainiennes prises par l'armée russe. Avec ses 20.000 habitants, elle pourrait bientôt faire partie d'une «République populaire de Kherson»: c'est en tout cas ce que craint le président Volodymyr Zelensky, qui accuse la Russie de vouloir organiser de faux référendums dans les territoires occupés, afin de déclarer l'indépendance dans les régions de Kherson et Zaporijjia.

Ce simulacre de référendum avait déjà scellé l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, et c'est par le même procédé que Vladimir Poutine s'était félicité de pouvoir reconnaître l'indépendance des territoires séparatistes de Donetsk et de Lougansk, trois jours avant le début de l'invasion de l'Ukraine.

Remodeler l'Ukraine

Depuis, les premiers objectifs affichés par les forces russes qui consistaient à «démilitariser» et «dénazifier» l'Ukraine ont laissé place à un discours ouvertement expansionniste de conquête des territoires ukrainiens. «Le nouvel objectif apparent est de créer un corridor terrestre s'étendant de l'est séparatiste, le long de la mer d'Azov, jusqu'à la Crimée. Ce corridor comprendrait les ports d'Odessa et de Mykolayiv, sur la mer Noire, qui seront des cibles futures une fois que la bataille pour le Donbass aura été gagnée. Le corridor serait relié à la Transnistrie, un territoire séparatiste de type soviétique situé en Moldavie, qui abrite déjà des "forces de maintien de la paix" russes», explique The Observer.

D'ici-là, c'est tout un travail de propagande, d'intimidation et de cooptation qui est mené par les Russes dans les territoires occupés. Arrestations, tortures, disparitions, massacres sont devenus des expériences bien familières dans les villes où les blindés russes ont roulé. Cette politique de destruction se double naturellement d'un contrôle de l'information, et de sa réécriture: les nouvelles autorités ferment les médias indépendants et coupent la télévision ukrainienne, pour les remplacer par des chaînes russes émettant depuis la Crimée.

À Henichesk, c'est le maire, Oleksandr Tulupov, qui a disparu le 9 mars, et qui a été remplacé par Gennady Sivak, un activiste pro-russe ayant vécu pendant huit ans en Crimée annexée. Les habitants rapportent que la ville fait l'objet d'une politique d'effacement l'identité nationale de l'Ukraine, et de «recommunisation» forcée.

Un communisme suranné

Si la révolution de Maïdan, en 2014, avait marqué le retrait des statues de Lénine et l'interdiction des slogans communistes par le Parlement ukrainien, les emblèmes de l'URSS font leur retour sur les territoires conquis –l'ironie étant qu'à l'été dernier, un essai signé par Poutine reprochait à Lénine d'avoir créé l'Ukraine en en faisant une république socialiste autonome en 1922. Pour l'historienne et journaliste Anne Applebaum, «comme la Russie moderne ne représente rien d'autre que la corruption, le nihilisme et le pouvoir personnel de Poutine, ils ont ramené les drapeaux soviétiques tout comme les statues de Lénine pour symboliser la victoire russe».

Yurii Sobolevskyi, vice-président du conseil régional de Kherson, affirme: «Leur intention est absolument transparente. Ils essaient de parasiter les sentiments nostalgiques de la population. Le problème est que ces sentiments n'existent presque pas dans la région [de Kherson]. Notre peuple vit dans le présent et a un avenir bien réel et prometteur. Mais les occupants ne comprennent pas. Par conséquent, le "spectacle de l'URSS" se poursuivra jusqu'à ce que les forces armées ukrainiennes libèrent notre territoire.»

Newsletters

Nous ne nous soucions déjà plus de la guerre en Ukraine

Nous ne nous soucions déjà plus de la guerre en Ukraine

Le pays du président Zelensky a pourtant besoin de notre attention. Et de notre soutien.

Aux États-Unis, le mur de séparation entre l'Église et l'État va-t-il céder?

Aux États-Unis, le mur de séparation entre l'Église et l'État va-t-il céder?

Les récentes décisions laissent entrevoir la possibilité pour les États fédérés d'établir une religion officielle ou de financer un culte. C'est ce que réclame America First Legal, association d'anciens officiels de Trump.

Au Nigeria, près d'une centaine de personnes ont attendu des mois la venue du Christ dans le sous-sol d'une église

Au Nigeria, près d'une centaine de personnes ont attendu des mois la venue du Christ dans le sous-sol d'une église

Finalement, c'est la police qui est venue.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio