Société / Tech & internet

Pourquoi se faire ghoster est si douloureux

Temps de lecture : 2 min

Des psychologues se sont intéressés aux conséquence de cette pratique, qui consiste à mettre fin à une relation en disparaissant du jour au lendemain.

Les relations rompues de cette manière ont en moyenne duré six mois, selon une étude. | relaxhotels via Pixabay
Les relations rompues de cette manière ont en moyenne duré six mois, selon une étude. | relaxhotels via Pixabay

Jennice Vilhauer est psychothérapeute à Los Angeles. En 2015, alors qu'elle exerçait son métier depuis dix ans, elle s'est rendu compte qu'un nombre croissant de patients lui racontaient s'être fait «ghoster»: ils se sont retrouvés du jour au lendemain sans nouvelles d'un proche (la plupart du temps un partenaire romantique), toute communication arrêtée d'un seul coup. Le New Scientist s'est intéressé aux effets psychologiques de cette pratique.

Quand elle a commencé à publier ses observations sur internet, Jennice a reçu de nombreux témoignages faisant ressortir que les nouvelles technologies et moyens de communication, comme les réseaux sociaux, semblaient augmenter la fréquence de ce type de rupture. Des chercheurs de la l'Université Wesleyenne ont réalisé une étude en 2021 indiquant que «les réseaux sociaux jouent un rôle à part entière dans le ghosting» parce qu'ils permettent l'anonymat. Selon un témoin, «c'est plus facile de se cacher derrière un écran».

La psychothérapeute insiste: la peine et la douleur ressenties sont bien réelles, parce qu'il s'agit d'une forme de rejet social. Une étude de 2011 prouve d'ailleurs que lorsqu'on montre des photos de leur ex-partenaire à des personnes quittées, la région du cerveau qui s'active est la même que celle de la douleur physique. À noter cependant que cette recherche ne porte pas spécifiquement sur le ghosting, mais sur toutes les formes de rejet social.

Pas seulement des courtes relations

Néanmoins, les études dédiées au ghosting donnent parfois des résultats contradictoires. Un travail de 2021, par exemple, indique que les personnes quittées de cette manière déclarent de plus hauts taux d'anxiété. Un autre réalisé en 2019 montre à l'inverse que les relations s'achevant pas un ghosting n'ont pas d'impact significatif sur l'ampleur de la détresse ressentie. En revanche, cette dernière recherche a identifié que les relations qui se sont terminées de cette manière ont duré en moyenne six mois; la pratique ne concerne donc pas uniquement de très courtes unions.

La peine particulière associée au ghosting pourrait également être liée à un biais de notre mémoire appelé «fin de crête». Le psychologue Daniel Kahneman et ses collègues l'ont démontré dans une expérience en 1993. Les participants devaient plonger leur main dans une eau gelée pendant soixante secondes. Puis une nouvelle fois pendant quatre-vingt-dix secondes, la température augmentant graduellement pendant les trente dernières secondes. La grande majorité des participants à qui les chercheurs demandèrent de retenter l'une ou l'autre des expériences choisirent la seconde. Ainsi, selon l'interprétation des psychologues, la durée de la douleur comptait moins que la manière dont elle s'achevait: la fin d'une expérience compte énormément dans le souvenir que l'on garde de celle-ci.

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Un autre effet négatif spécifique au ghosting est le besoin –inassouvi– de savoir: qu'est-il arrivé à cette personne? Car le problème, avec cette pratique, est qu'elle laisse imaginer toutes sortes de possibilités, notamment les scénarios les plus catastrophiques, comme des accidents. Arie Kruglanski, de l'Université du Maryland, explique d'ailleurs que l'invention du terme «ghosting» a déjà aidé certaines personnes à se sentir mieux.

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