Monde

La fin de Geert Wilders

Jean-Sébastien Lefebvre, mis à jour le 08.06.2010 à 14 h 45

Le 9 juin, les Néerlandais votent pour des élections législatives qui pourraient stopper l'ascension du populiste Gert Wilders.

Ses attaques frontales et dures envers l'Islam et ses prises de positions sur l'immigration ont fait de Geert Wilders une star médiatique dans toute l'Europe. Son court métrage, Fitna, comparant le Coran à Mein Kampf avait fait scandale. En 2004, l'Etat néerlandais est même allé jusqu'à mettre le populiste aux longs cheveux faussement blonds tirés vers l'arrière sous protection policière permanente: il craignait qu'il soit assassiné, à la manière du réalisateur Théo Van Gogh, par un intégriste musulman lui reprochant sa critique de l'Islam dans son film Submission.

Une victoire en demi-teinte

En 2009, son parti récolte 16% des voix aux élections européennes, obtenant ainsi le deuxième meilleur score derrière les Chrétiens-démocrates du CdA. Lors des élections municipales de mars 2010, les scores du PVV progressent encore dans certaines villes, comme à Almere (banlieue d'Amsterdam) ou La Haye (où siège le gouvernement): il récolte respectivement 21,6 et 17,8% des voix. Comment expliquer de tels scores dans ces villes? «La ligne politique du PVV se base sur la frustration de ceux qui sont sortis de leurs quartiers traditionnels. Almere est une ville composée de personnes qui vivaient auparavant à Amsterdam et qui ont déménagé dans les années 1990 pour chercher une maison en dehors du quartier ouvrier ou des appartements moins chers et plus grands et, aussi, pour se retrouver entre eux, là où ils pourraient se sentir chez eux», commente Lucia Brussa, sociologue néerlandaise spécialiste de l'immigration. Le jeu politique de Geert Wilders a donc consisté à miser sur la peur d'une «invasion» d'immigrés, mais aussi et surtout sur une islamisation de la société néerlandaise, avec mise en place de la charia. Selon les théories de Wilders, si les personnes migrantes ne sont pas une menace en tant que telle, l'Islam, qu'il taxe d'«idéologie totalitaire», en est une.

Toutefois, dans la nouvelle course électorale qui anime actuellement les Pays-Bas en vue des législatives du 9 juin, Geert Wilders et son parti pourraient connaître un premier revers électoral. Ce ne serait pas une défaite au sens propre, puisque le PVV est assuré d'obtenir plus de sièges à la Chambre basse qu'il n'en possède actuellement (9), mais il est fort probable qu'il ne confirme pas son rang de deuxième parti du pays. Ses discours ne feraient plus recette au pays de la tolérance?

Wilders, victime de la crise

«Il y a quelques semaines, l'immigration et la sécurité étaient les principaux sujets de débat. Mais aujourd'hui, les Néerlandais sont plus intéressés par la crise économique, le chômage, en relation avec ce qu'il s'est passé en Grèce. Et sur ces sujets, Geert Wilders s'est montré incapable de se présenter comme un acteur sérieux», analyse Bob Van Den Bos, universitaire et ancien parlementaire libéral du parti D66. Les électeurs sont repartis vers d'autres partis, en particulier le parti travailliste dirigé par Job Cohen, l'ancien maire d'Amsterdam.

«Auparavant, on observait des efforts délibérés de la part des politiques pour repousser le débat sur les problèmes économiques. Au début, cela semblait marcher. Mais c'est fini. Tous les citoyens qui ont investi pour leur retraite ont perdu jusqu'à 30% de leur argent. Ces gens-là veulent donc débattre de l'avenir économique, pas de l'immigration ou de la religion», analyse Abram de Swaan, sociologue néerlandais de renom.

En plus de la faiblesse de son discours économique, le PVV ne récoltera pas les voix des déçus de la droite traditionnelle. «Les électeurs chrétiens-démocrates ou libéraux n'iront pas voter Wilders, car ce dernier prône des idées de gauche sur le plan économique. Et l'électorat conservateur n'est pas prêt à remettre en cause le libre marché, le milieu bancaire et encore moins à se solidariser avec les socialistes. Je crois que Wilders et son parti ne sont absolument pas préparé à affronter la crise, dont ils deviennent une victime collatérale.»

Consensus et «wilderisation»

Durant les quatre dernières années d'ascension de Wilders, le climat politique s'est durci. Les attaques entre partis se sont faites plus violentes alors que la tradition néerlandaise est plutôt celle du consensus. Cette tactique était assumée par le PVV, qui voulait «faire bouger les lignes» et s'imposer dans le paysage médiatique. En réponse et profitant de l'opportunité, d'autres partis comme le D66, ont basé une partie de leur popularité sur cet affrontement, se présentant comme des remparts contre le trublion populiste. Encore une fois, le contexte de crise a changé la donne. Les Néerlandais sont à la recherche de stabilité et d'unité. Fatigués des guerres partisanes et préoccupés par leur avenir, ils se retournent ainsi vers les familles politiques traditionnelles.

Mais des traces resterons visibles: «Les discours des autres partis sur l'immigration ou l'islam ont changé. Alors qu'avant Wilders, personne ne voulait en parler de peur d'être accusé de racisme ou de vouloir stigmatiser une communauté, c'est aujourd'hui un sujet beaucoup plus ouvert et qui fait parti de l'offre politique. Et d'une manière générale, on peut noter que les discours sont plus stricts, que la période de laisser-aller est terminée», note Bob Van Den Bos. C'est donc le fond de commerce même du PVV qui progressivement a été siphonné par les autres formations politiques, amenant aussi une normalisation du débat.

Le culte de la «décence»

«Il ne faut pas non plus croire que Geert Wilders est raciste. Ce serait faux. Les immigrés n'ont jamais été discriminés aux Pays-Bas. Il a réussi à être populaire car il a joué sur un aspect de notre culture: nous sommes un pays de gens "décents", dans le sens où personne ne doit vouloir se différencier de son voisin. C'est très calviniste. Or, avec l'arrivée de personnes ayant des religions, des langues autres, et qui ont réclamé des droits à la différence, cela a provoqué des remous et Wilders a su surfer sur les vagues. Mais en même temps, il est allé trop loin dans les excès. Les gens ne le prennent plus au sérieux », analyse Bob Van der Los.

Après les dernières élections municipales, le parti de Wilders a refusé toute alliance, préférant se poser en opposition partout, et donnant ainsi l'image d'une formation qui finalement ne veut pas gouverner, ou alors seule. Quant à une possible alliance avec la droite traditionnelle néerlandaise, si elle n'est pas officiellement exclue, elle est peu envisageable. Les Chrétiens démocrates laissent planer le doute dans l'unique but de ne pas faire de Wilders un martyr, le permettant ainsi de se relancer.

Selon les derniers sondages, le PVV se classerait 4e, avec environ 10% des voix, soit 17 sièges sur les 150 de la Chambre basse. Loin des 16% des élections européennes. Sa plus grande chance pour peser au moment de la formation d'une coalition gouvernementale serait une dispersion de l'électorat entre les trois autres grands partis (Libéraux, Travaillistes, Conservateurs), lui donnant ainsi un éventuel rôle de faiseur de roi.

Jean-Sébastien Lefebvre

Photo: Suzanne Plunkett / Reuters

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