Politique

Même sous tranquillisants, Marine Le Pen fout les jetons

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Lors du débat, si elle nous est apparue comme absente, presque atone, ses propos eux n'avaient rien d'apaisant.

Cool as a cucumber, diraient les anglo-saxons. | Ludovic Marin / AFP
Cool as a cucumber, diraient les anglo-saxons. | Ludovic Marin / AFP

Je devrais commencer à m'inquiéter. Non seulement je partage avec Marine Le Pen l'amour des chats, mais visiblement aussi celui des tranquillisants. Tout consommateur de Valium, Xanax, Lexomil, Temesta et autres benzodiazépines aura reconnu dans la prestation de la candidate RN lors du débat télévisé les effets de leur utilisation. Absence au monde, voix un brin pâteuse, manque de combativité, comme sous l'effet d'une substance émolliente rendant le cerveau aussi agile qu'un hippocampe à l'heure de la sieste.

Cool as a cucumber, diraient les anglo-saxons.

J'entends bien que Marine Le Pen avait comme souci premier d'éviter de répéter les erreurs du débat de 2017 où elle était apparue si confuse, si peu préparée à l'exercice, si bêtement vénéneuse que même ses plus fervents supporters s'en étaient trouvés tout marris. En ce sens, on peut dire que son intervention a été couronnée de succès: elle fut si calme, si douce, si ailleurs qu'elle donnait l'impression de se remettre à peine d'une séance d'hypnose sous anesthésie générale.

Son esprit qui, certes, ne brilla jamais par sa légèreté ou son allégresse, était ce soir-là particulièrement engourdi. Jamais elle ne fit montre d'une pugnacité qui aurait pu déstabiliser un tant soit peu son adversaire, comme si son obsession à apparaître la plus conciliante possible avait annihilé chez elle toute appétence pour le combat politique, toute envie d'apparaître comme la première des opposantes.

Obsédée par l'idée de laver l'affront du débat précédent, elle resta donc sage au-delà de toute mesure. Comme si, au fond, ce débat ne l'intéressait guère. Tout au long de la confrontation avec Emmanuel Macron, elle demeura dans cette impassibilité de l'être qui, loin de ressembler à de la sérénité, s'apparentait plutôt à une forme de lassitude, une fatigue qui sonnait comme l'aveu de sa possible voire probable défaite. «Qu'on en finisse au plus vite et que j'aille me coucher», semblait-elle nous dire avec sa voix éteinte, presque atone, où l'on sentait poindre le début d'une résignation.

Et même si, sur le fond, elle resta fidèle à elle-même, patriote et nationaliste jusqu'à l'écœurement, à cet attachement quasi obsessionnel à la nation française, il manquait une flamboyance, un allant capable d'emporter l'adhésion, de susciter l'enthousiasme, de fédérer les indécis. À tout cela, elle préféra la prudence, la douceur maternelle d'une femme chez qui pourtant l'amour du prochain ne transparaît guère, ou alors seulement quand il est pauvre, en souffrance mais surtout français.

Si bien que sa prétendue humanité, affichée à tous ses discours et encore l'autre soir comme preuve de sa dédiabolisation, possède tous les atours d'une escroquerie intellectuelle. Comment peut-on être à la fois sensible aux souffrances de l'autre et en même temps conditionner cette empathie à l'aune de son état civil? Toute entreprise humaniste a par essence vocation à l'universalisme, et non point à ce sectarisme teinté de nationalisme où la souffrance de l'autre interpelle seulement quand celui-ci est né sous un drapeau français.

D'un débat à l'autre, ce qui frappe chez madame Le Pen, c'est sa farouche médiocrité, alliée à une certaine paresse à étudier. N'eût-elle été la fille de son père (et quel père!), on doute qu'elle eût connu une carrière autre que celle d'un individu lambda chez qui on cherche en vain la moindre trace de flamboyance. C'est probablement là son côté «rassurant»: quand il l'écoute, le couillon de service se sent en terrain connu. Aucun risque qu'il se retrouve dépaysé ou en proie à une quelconque perplexité.

Tout est simple, carré, basique chez Marine Le Pen et tient en quelques mots: l'enfer, c'est les autres tant qu'ils ne sont pas français. Sitôt les étrangers mis à la porte ou renvoyés chez eux, le pays renouera avec son âge d'or. L'argent coulera à flots, et puisque les criminels auront été châtiés, la racaille emprisonnée, les clandestins arrêtés, les femmes voilées dévoilées, la France redeviendra la France, une France française avec plein de petits Français qui feront des enfants français qui parleront français et pas arabe, chinois, swahili ou russe. Enfin, si, peut-être russe tout de même!

Décidément, comme je l'écrivais dans une de mes précédentes chroniques, si Marine passe, moi je me casse de France.

Et pourtant, je vis déjà à l'étranger.

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