Culture

Quelle est la hiérarchie entre les différents titres de noblesse?

Temps de lecture : 7 min

Ces titres ont peu à peu perdu leur signification historique pour devenir honorifiques.

Un participant de la Journée Grand Siècle, événement organisé chaque année à Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne), lors de l'édition du 26 juin 2016. |  Matthieu Alexandre / AFP
Un participant de la Journée Grand Siècle, événement organisé chaque année à Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne), lors de l'édition du 26 juin 2016. |  Matthieu Alexandre / AFP

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Quelle est la hiérarchie entre les différents titres de noblesse: marquis, archiduc, duc, comte, vicomte (et ceux que j'oublie)?»

La réponse de Jean Gould:

La hiérarchie des titres de noblesse va ainsi: prince royal, archiduc, prince, duc, marquis, comte, vicomte, baron, chevalier. Dans le Gotha, le catalogue de jeunes gens à marier qui existe depuis la fin du XVIIIe siècle, il y a deux parties: celle des familles régnantes ou ayant régné (royales, princières et ducales), et la seconde, celle des familles de l'aristocratie.

Les membres des premières pouvaient se marier entre eux sans déchoir. Dans le monde germanique, un prince qui mariait une simple comtesse était privé, ainsi que ses enfants, de ses droits dynastiques; son union était déclarée morganatique.

Historiquement, les titres de noblesse référaient à des fonctions militaires, à des fonctions honorifiques à la cour ou dans le conseil du roi. Dans la féodalité, le titre correspondait à la possession d'une terre et au pouvoir souverain sur celle-ci et ses habitants. Chaque seigneur était lié par les liens d'obligations et devoirs à son suzerain, jusqu'au roi.

Les serfs étaient attachés à la terre et attendaient protection de leur seigneur en cas de guerre. Ainsi on parlera d'aristocratie foncière, celle qui possède de grands domaines. Avec le temps, les titres ont été hiérarchisés en perdant un peu leur signification historique et devenant honorifiques. Selon les pays et les siècles, il y a des ajouts et des retraits.

Des prédicats de politesse y furent ajoutés, ils diffèrent selon les latitudes: Son Altesse Impériale, Son Altesse Royale, Son Altesse Sérénissime, Son Altesse, Votre Grâce, Monseigneur, «Your Lordship» («Votre Seigneurie»)… Certains titres de noblesse peuvent être portés par un membre d'une famille régnante, ce qui lui donnera préséance sur le porteur d'un même titre qui serait un simple aristocrate.

Propre comme un archiduc

En Grande-Bretagne, les enfants du monarque sont faits ducs à leur mariage; ils seront des ducs royaux tout en étant princes de Grande-Bretagne, ce qui leur donne droit au prédicat de HRH, Votre Altesse Royale («His Royal Highness» ou «Her Royal Highness»). Le titre d'archiduc est souvent porté par un descendant d'une famille régnante d'Europe centrale, celle d'Autriche-Hongrie, de Russie ou encore de certaines principautés allemandes. Les archiducs sont donc en général des princes du sang et prétendants au trône. L'Histoire a gardé mémoire des enfants et parents du dernier tsar, Nicolas II: les archiducs et archiducs assassinés.

La Première Guerre mondiale fut la conséquence de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d'Autriche-Hongrie et petit-neveu de l'empereur Joseph II, le veuf de Sissi, celle du film. Dans certaines principautés allemandes, le titre de duc était celui du souverain. Par exemple Albert prince de Saxe-Cobourg-Gotha, le mari de la reine Victoria, était le frère du duc régnant.

En France, le titre d'apanage de l'héritier du trône était dauphin, souverain du Dauphiné, qui avait été intégré à la couronne dans le passé.

À la mort de celui-ci, le titre, le chalet et le petit lopin de terre passèrent à un des princes de Grande-Bretagne puis à un neveu, lorsque le père de ce dernier, le duc d'Albany, fils de Victoria et d'Albert, mourut d'hémophilie, la maladie que le Reine transmit à certains de ses petits-fils –dont le tsarévitch. Pour la chronique, Charles-Édouard, qui avait perdu ses titres britanniques en 1917 et son duché après la Première Guerre, porta ensuite l'uniforme nazi. Curieusement, il ne fut pas invité au couronnement de sa cousine Beth en 1952.

En général, les enfants d'un duc souverain sont titrés prince avec le prédicat d'altesse sérénissime. En Angleterre, les enfants du souverain se voient attribuer lors de leur mariage un titre de duc royal, par opposition au duc de l'aristocratie. Ces titres sont transmissibles, les présents ducs d'York et de Gloucester sont les petits-fils de George V et donc cousins de Beth II.

L'héritier du trône, Charles, quant à lui, porte le titre de prince de Galles avant les titres de duc de Cornouailles et duc de Rothesay, qui sont tous des titres d'apanage, qui ne peuvent être portés que par l'héritier du trône. Ils y sont attachés à des revenus importants. Ces trois titres correspondent à chacun des trois royaumes unifiés sous la couronne au cours de l'histoire: la Galles, l'Angleterre et l'Écosse.

Puissance et gloire

En France, le titre d'apanage de l'héritier du trône était dauphin, souverain du Dauphiné, qui avait été intégré à la couronne dans le passé. En Espagne, le titre d'apanage de l'héritier du trône est prince des Asturies. Un prince du sang y est un infant ou une infante.

En France, il n'y avait que des princes du sang, sang royal, il va sans dire. Contrairement à la Russie, où le titre de prince était assez courant. Les quelques titres de prince qui existent officiellement en France ont été attribués par une puissance étrangère, le plus souvent le Saint-Empire germanique, par exemple le titre de prince de Broglie, qui d'ailleurs fut porté par un prix Nobel et membre de l'Académie française.

Napoléon fit de quelques-uns de ses généraux des princes: par exemple, Berthier fut fait prince de Wagram. Talleyrand fut fait prince de Bénévent. Sous le Premier Empire, les titres étaient conférés selon une certaine logique: baron pour un haut-fonctionnaire, par exemple le baron Haussmann, comte pour un ministre, duc et prince pour les militaires. En France, elle sera désignée comme noblesse d'Empire, par opposition à la noblesse d'Ancien Régime ou à la noblesse papale.

Il y a le «knight bachelor», le prix de consolation, qui est tout seul comme son nom l'indique.

En Grande-Bretagne, jusqu'aux années 1960, un ministre au terme de sa vie politique recevait le titre de baron et le Premier ministre, de comte. Un titre de noblesse appelle le prédicat de Lord; le titulaire du titre est nommé The Lord Mountbatten. L'enfant d'un aristocrate à partir de vicomte peut porter le titre de courtoisie de Lord, mais il ne sera pas The Lord, mais seulement Lord.

En général, les titulaires d'un titre de vicomte en montant sont titulaires de deux titres au moins: le principal et un titre subalterne. L'aîné des fils portera ainsi le titre le plus élevé avant celui de son père, et ainsi de suite pour les puînés ou ses propres fils. Les enfants de baron et les petits-enfants de comte (et plus) peuvent porter le prédicat de Honorable.

Par exemple, Sir Winston Churchill, petit-fils de Sa Grâce le duc de Marlborourgh, était honorable, son père était lord. Le fils aîné de ce duc porte aujourd'hui encore le titre de marquis de Blandford, et son propre fils porte le titre de comte de Sunderland. Les lords sont des très honorables.

Sous-titres

Il existe depuis le XVIe siècle, en Grande-Bretagne, le titre de baronnet, inférieur à celui de baron, qui correspondrait à celui de chevalier, mais héréditaire. Au Royaume-Uni, en dessous du titre de baronnet, il y a le titre de chevalier non héréditaire. Il se confère en tant que membre des échelons les plus élevés d'un ordre de chevalerie ou honorifique, par exemple, Chevalier Grand-Croix de l'Ordre du Bain ou encore Chevalier Grand-Croix de l'ordre de l'Empire britannique. En dessous, il y a le «knight bachelor», le prix de consolation, qui est tout seul comme son nom l'indique.

Ces titres de chevalier permettent de porter le prédicat de Sir ou Dame pour une femme qui en est titulaire, par exemple Dame Agatha Christie. Par contre, la femme d'un chevalier sera nommée Lady Cartier, et non pas Lady Hortense, ce qui est réservé aux femmes de Lord. Le baronnet est aussi un Sir. Par exemple, sir John Dermot Turing, 12e baronnet Turing, né en 1961, se consacre à faire connaître l'œuvre et la vie de son oncle Alan.

En Grande-Bretagne, l'appartenance à la noblesse permettait de siéger à la Chambre des Lords, au Parlement, et aussi de faire partie du cabinet, ce sans être élu.

Dans la noblesse écossaise, contrairement à la noblesse anglaise, il est possible de transmettre les titres de noblesse à une femme s'il n'y a pas d'héritier mâle. En anglais, on dira que la Lady est titulaire d'un titre «of her own right» («de son propre droit»), elle sera The Countess of Mar.

En Grande-Bretagne, l'appartenance à la noblesse permettait de siéger à la Chambre des Lords, au Parlement, et aussi de faire partie du cabinet, ce sans être élu. À noter: un député britannique qui héritait du titre de son père ou en recevait un, devenait inapte à siéger aux Communes, la chambre basse. Par exemple, le 6e Baron Carrington fut ministre de plusieurs portefeuilles dans les années 1970 et 1980.

Le droit des pairs héréditaires à siéger fut aboli en 1999; maintenant seuls les pairs à vie peuvent siéger à la Chambre des lords, sauf quelques quatre-vingt-dix lords héréditaires qui se font élire par les membres de la Chambre haute. Ainsi lord Baron Carrington, qui ne fut jamais député, à qui l'on tenait au cabinet, reçut en 1999 un second titre de baron Carington (avec un r, cette fois), mais à vie celui-là, ce qui lui permit de siéger à nouveau à la Chambre des Lords.

La hiérarchie des titres se double d'une seconde hiérarchie, celle du prestige, donnée soit par l'antériorité de la famille, de la terre qui y était attachée, du manoir, de l'attribution du titre, ou encore le fait qu'il ait été porté par un chevalier aux croisades, un héros national, un ministre important ou que la famille fut alliée à une famille royale.

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Cette seconde hiérarchie ouvre à toutes les interprétations et à tous les froissements de susceptibilité. Le duc de Saint-Simon dans ses Mémoires en fit grand cas. Heureusement, ces blessures d'amour-propre sont moins grandes aujourd'hui que sous Louis XIV.

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