Politique

Le second tour dira au reste du monde qui nous voulons être

Temps de lecture : 3 min

L'élection présidentielle française ne se joue jamais sur des enjeux de politique extérieure. Pourtant, s'il devait y avoir un déterminant du vote en phase avec ce que nous vivons, ce devrait être la politique extérieure: la guerre est là, à nos portes.

Dépouillement des votes à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle à La Possession (La Réunion), le 10 avril 2022. | Richard Bouhet / AFP
Dépouillement des votes à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle à La Possession (La Réunion), le 10 avril 2022. | Richard Bouhet / AFP

Les Françaises et les Français, et la France avec eux, sont désormais au pied du mur: dans quinze jours, une victoire de l'extrême droite est possible. Le tour de passe-passe réussi par Marine Le Pen étant non seulement qu'elle a fait oublier son nom –«On vote Marine»– mais aussi et surtout la nature de son programme, conforme aux fondamentaux traditionnels de l'extrême droite et que sa campagne, totalement axée sur le pouvoir d'achat, à un moment où cette revendication écrase toutes les autres, a intelligemment corrigé son image.

En fait, la France est coupée en trois: un premier tiers Macron, un deuxième d'extrême droite, et un troisième rassemblant les différents morceaux de la gauche. À l'issue du premier tour, il est parfaitement clair que la lutte finale entre le président sortant et Marine Le Pen sera arbitrée par l'électorat de la gauche.

Ce sont les électeurs et les électrices de gauche qui tiennent entre leurs mains notre destin. La plupart de ceux qui s'en réclament ont pris clairement position pour un vote en faveur d'Emmanuel Macron, afin de faire barrage à l'extrême droite. Jean-Luc Mélenchon lui-même, qui a bénéficié du vote «utile» que lui avait promis Ségolène Royal, a martelé que pas une voix ne devait aller à Marine Le Pen; il en a d'ailleurs été remercié par Emmanuel Macron, preuve s'il en était besoin que l'hypothèse de l'extrême droite à l'Élysée est prise très au sérieux.

Une nouvelle campagne est donc ouverte qui, souhaitons-le pour le président sortant, sera mieux conduite que celle qui vient de s'achever au soir du premier tour. On enseignera sans doute dans les écoles politiques comme un contre-modèle l'exploit qui a consisté pour Emmanuel Macron à tenir une conférence de presse de plus de trois heures d'où n'ont émergé que deux propositions: la retraite à 65 ans, perspective rejetée par deux Français sur trois, et la réforme du RSA perçue comme une concession faite à une droite qui stigmatise en permanence ce qu'elle nomme l'assistanat.

Le paradoxe dans lequel nous sommes est le suivant: l'élection présidentielle ne se joue jamais sur des enjeux de politique extérieure mais exclusivement sur les conditions de vie des Français. Cette campagne n'a pas fait exception puisque le thème du pouvoir d'achat a finalement tout emporté, y compris face au délire identitaire d'Éric Zemmour.

Pourtant, s'il devait y avoir un déterminant du vote en phase avec ce que nous vivons, ce devrait être la politique extérieure de la France. La guerre est là, à nos portes. Le tragique s'est réinvité, brutalement.

Or il se trouve que l'une des deux prétendants au poste de président, en charge de l'essentiel comme disait le général de Gaulle, se trouve avoir été financée par une banque proche de Vladimir Poutine. Il ne faudrait pas oublier qu'il y a cinq ans, Marine Le Pen est allée chercher à Moscou l'onction du président russe dont elle avait repris tous les éléments de langage à l'occasion de l'annexion par le même Poutine de la Crimée.

Pour Marine Le Pen, il n'y a jamais eu d'annexion puisque, disait-elle, la Crimée est russe… De la même façon, encore que davantage masquée cette fois, elle critique les sanctions déclenchées par les États-Unis et l'Union européenne après l'invasion de l'Ukraine, au motif que ces dernières seraient pénalisantes pour les Français.

Son modèle est en fait celui que représente Viktor Orbán qui a réussi en Hongrie, à force de propagande et de clientélisme, à faire perdurer un régime illibéral.

Voilà bien où se situe l'essentiel: voulons-nous rester en Europe pour continuer d'y prétendre à un leadership que les autres Européens, plus souvent qu'on ne le dit, nous reconnaissent? Ou voulons-nous placer la France sur le funeste chemin que lui a dessiné Boris Johnson, celui d'un Frexit qui ne dirait pas son nom?

Voulons-nous tourner le dos à nos alliances alors même que le dictateur Poutine réinstalle la guerre au cœur de l'Europe et cherche à fédérer autour de lui les mouvements d'extrême droite qui existent sur le Vieux Continent?

Oui, le vote du 24 avril prochain sera une manière de dire au reste du monde qui nous voulons être.

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