Politique

La tripartition, clé de voûte du nouveau monde politique français

Temps de lecture : 2 min

Tripartition, effondrement du PS et de LR: le premier tour confirme la mutation de notre vie politique.

Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon devancent très largement leurs autres adversaires. | Nicolas Tucat / AFP
Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon devancent très largement leurs autres adversaires. | Nicolas Tucat / AFP

Le premier tour de cette élection présidentielle confirme la tripartition de l'électorat et l'installation de trois pôles sensiblement équivalents en poids relatif.

Entre 20 et 28%, Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon dominent le champ électoral et définissent les trois pôles de notre vie politique. Les autres candidatures, in fine, relèvent sinon de l'épiphénomène, du moins du très relatif quant à l'importance de leur poids politique.

Les soutiens d'Éric Zemmour ont ainsi oublié que sur le marché électoral, la marque Le Pen avait plusieurs décennies d'ancienneté et portait une signification claire. Le Pen est électoralement aussi identifiable que Frigidaire. C'est une leçon que Marion Maréchal devra méditer: sa vision de l'avenir de la droite radicale risque d'achopper sur la réalité des réflexes électoraux comme sur celle du champ électoral.

Effritements en pagaille

La chute des candidatures Zemmour et Pécresse est consubstantielle à l'enfermement de leurs campagnes respectives. En ne cessant, ces dernières semaines, de se définir, d'invoquer leur propre définition de la droite, question au demeurant légitime, ils ont cessé de parler à leur électorat pour parler à leur noyau de sympathisants les plus politisés.

À gauche, l'émiettement et la marginalisation guettent toutes les formations politiques, sauf La France insoumise qui capte le vote d'un électeur sur cinq. Le PS est laminé et le PCF fait à peine mieux qu'aux dernières européennes. Yannick Jadot est sous la barre des 5%. La domination de LFI, pour cause de «vote utile» en faveur de Jean-Luc Mélenchon, est totale. PCF, PS, EELV, sous la barre des 5%, se préparent à des législatives compliquées.

Emmanuel Macron a solidifié un bloc central dans notre vie politique. Bénéficiant du ralliement d'électeurs de droite (Valérie Pécresse plongeant), le président sortant fait du bloc électoral qui le porte le pivot de la vie politique française. Entre gauche radicale et droite radicale, il impose un bloc qui, aussi bien sociologiquement qu'idéologiquement, dispose d'une cohérence certaine.

À la fois rassemblement des familles politiques qui ont gouverné sous la Ve République (de Jean-Pierre Chevènement à Jean-Pierre Raffarin) et liquidateur des mêmes forces politiques, le macronisme est un champ politique autonome qui révèle un processus sociologique déterminant pour nos démocratie: l'autonomisation relative des élites.

Rassembler malgré tout

Le second tour est loin d'être gagné. De l'abstention relative des partisans des autres candidats dépendra l'issue du scrutin. Personnalité polarisante, le président sortant suscite des comportements passionnés et peu prévisibles. Ainsi, dans l'isoloir, le renfort des électeurs de Jean-Luc Mélenchon est loin d'être acquis.

Il lui faudra accomplir quelques actes susceptibles de convaincre des familles politiques et des groupes sociaux peu enclins à la mansuétude à son égard. Pour la première fois sous la Ve République, l'extrême droite peut remporter l'élection directrice de notre vie politique: l'élection présidentielle.

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