Attali: désintoxiquer les banques
Les banques ont financé elles-même leur sauvetage en prêtant aux Etats qui se portaient à leur secours. Un système pernicieux et dangereux.
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C'est très exactement ce qu'on fait les banques depuis deux ans. Dans un premier temps, confrontées à des risques majeurs de liquidité, elles ont obtenu des Etats des aides passagères, sous forme d'augmentation de capital ou de prêts.
Autotransfusion
Mais en réalité, comme aucun nouvel impôt spécifique n'a été levé pour financer cela, les Etats ont emprunté pour pouvoir verser cet argent aux banques. Mais à qui les Etats ont-ils emprunté? A ceux qui voulaient bien leur acheter leurs bons du Trésor, c'est-à-dire, en premier lieu, aux mêmes banques, qui pouvaient leur prêter puisque leurs fonds propres étaient reconstitués.
Autrement dit, les banques ont, dans leurs passifs, de l'argent prêté par les Etats, et, dans leurs actifs, le même argent prêté aux Etats. Autrement dit encore, les banques financent elles-mêmes leur sauvetage par les Etats.
Aujourd'hui, elles cherchent à cacher la présence de ces bons et obligations, si fragilisés, dont elles étaient auparavant si fières. En particulier, nul ne sait plus très bien en Europe dans quelles banques se trouvent les 2.600 milliards de dollars de bons du Trésor émis depuis le début de la crise par les Etats.
Un tel dopage a atteint aujourd'hui ses limites. Les Etats sont trop endettés pour émettre plus de bons du Trésor. Et les banques comprennent qu'elles ne peuvent plus se financer ainsi par leur propre effet de levier. Tous devinent que ce système ne peut pas durer.
Les banques, à court de liquidité, se tournent alors vers les Banques centrales, qui leur fournissent à bas coût l'argent que les banques peuvent ensuite prêter aux gouvernements. Un peu comme un drogué, qui ne peut plus utiliser son propre sang, devenu inefficace, et qui a recours à du sang artificiel, fabriqué par une machine. De la création monétaire pure.
Jusqu'à ce que l'on se rende compte que l'argent que fournit la Banque centrale aux banques privées, peut ne pas être remboursé et que les Banques centrales peuvent enregistrer des pertes, qui devront, ultimement, être financées par les actionnaires des Banques centrales, c'est-à-dire les Etats. Ce qui signifie que les Etats devront alors, une fois de plus, emprunter sur les marchés, c'est-à-dire en particulier aux banques, de quoi financer les pertes qu'elles auront créées. Ce détour de plus n'aura donc rien changé.
On n'échappe donc pas à la nécessité de désintoxiquer les banques, c'est-à-dire de régler leur problème de solvabilité et pas seulement de liquidité. Et de les financer par autre chose que de l'emprunt, c'est-à-dire par des actionnaires. Et si nul actionnaire privé ne se révèle capable de financer l'amélioration nécessaire des fonds propres des banques, les contribuables devront devenir les actionnaires.
C'est pour ne pas affronter ce moment de vérité qu'on continue à laisser croire que la croissance réglera toutes les difficultés. Si elle n'est pas au rendez-vous, la désintoxication sera sévère. Elle marquera, comme pour toute personne privée confrontée à un tel problème, le commencement de l'espoir, de la responsabilité et du respect de soi.
Jacques Attali
À LIRE ÉGALEMENT SUR LE MÊME SUJET: Attali-Minc: la facture de la crise n'est pas payée, L'Europe rase gratis et Banques: nationalisez les toutes!
Photo: les banquiers américains convoqués à la Maison Blanche par Barack Obama / Reuters
Mis à jour le 07/06/2010 à 9h44









































A propos des banque, de leur rôle, de leur fond, j'ai plusieurs question.
1. L'argent prêté par les banques, ce n'est pas l'argent de leur Bénéfices, c'est bien l'argent de l'épargnant? Les banques prêtent donc contre rémunération l'argent que les épargnants leurs ont confiés?
2. Théoriquement, sur quoi se base le taux d'intérêt? Je ne l'ai jamais compris. Si un billet e 100 euros est payable (=équivalent)a quelques grammes d'or, comment peut on justifié que ce billet de 100 Euro se transforme en billet de 105 euros? à moins que l'on est trouvé la pierre philosophale et qu'on ne m'ai rien dit!
3. Peut on imaginer un monde, libérale, mais sans taux d'intérêt? n'est ce pas là la cause de l'inflation?
En remerciant les personnes qui voudront bien me répondre!
Le taux d'intérêt finance le risque de non remboursement (il doit couvrir les pertes des prêts non remboursés : plus le risque est élevé, plus des prêts ne seront pas remboursés, plus le taux d'intérêt est élevé), les frais de gestion (les employés de la banque, les dividendes des actionnaires, l'infrastructure mobilière et immobilière...), l'inflation (le prêt est à perte si le taux d'intérêt est inférieur à l'inflation, mais comme vous le pressentiez, c'est un cercle vicieux : plus l'inflation est forte, plus l'intérêt est fort, plus l'inflation est forte...), et les bénéfices éventuelles pour le prêteur (soit l'épargnant si l'épargne-compte est rémunéré, soit l'actionnaire-propriétaire de la banque).
Cher Jacques Attali,
votre système de comparaison hémato-monétaire est astucieux et pertinent.
L'autre système, celui que vous décrivez entre "la" Banque et "les" Etats est celui
d'une étrange lessiveuse qui, en quelque sorte, transforme du "bon" argent public
en moins bon. Cette farce coûteuse ne peut que réjouir ses dindons ultimes,
les citoyen(ne)s contribuables. Si elle est coûteuse, la farce se doit
d'être juteuse aussi.
Pour qui ? Autrement dit : très bien, la désintoxication du secteur (à supposer
qu'il soit consentant !) mais ne conviendrait-il pas aussi de casser la filière,
d'en dissuader les pourvoyeurs de se servir au passage et d'en persuader
les planteurs de changer leur culture ? En clair, pourquoi la puissance publique
(si elle l'est encore un tant soit peu) ne tenterait-elle pas d'inverser la relation
parasite entre un secteur bancaire privé ultra favorisé et le besoin de financement
de l'économie ?
N'a-t-il pas fallu un degré de consanguinité incroyable entre "le" politique
et "le" financier pour parvenir à légaliser autant d'appauvrissement public
au bénéfice de si peu de profiteurs ? La gangrène est si avancée
qu'un badigeon cosmétique dispensera-t-il longtemps d'entreprendre
la chirurgie reconstructrice nécessaire ?
Le mélange des genres n'est pas souvent le signe d'un progrès en matière de diversité.
Il masque plutôt des pratiques critiquables - sinon condamnables -
et contribue à les pérenniser.
Anémicalement.
Intéressant, mais le problème ne marquerait-il pas les limites de la comptabilité à partie double? Ne faudrait-il pas ajouter une troisième dimension, la mise en réseau de tout a rendu interchangeable à tout moment telle ou telle 'qualité' comptable, le réseau retourne nécessairement à sa matrice réticulaire (pour reprendre le terme de Gilles Polycarpe dans le Réseau et l'infini)? Le tout est de savoir qui est cette matrice, l'état ou la banque, la datasphère de l'argent (à l'image des darkpools)? En somme, peut-il y a voir un maître de ce qu'est vraiment le passif, de qu'est vraiment l'actif si ceux-ci sont constamment interchangeables selon les connexions au sein du Réseau-monde? En conclusion, la bonne vieille comptabilité à partie double génoise du monde statique médiéval a des allures plutôt ringardes, donc on ne peut que se planter en l'utilisant encore et toujours.
@UcCaBaRuCcA
- vos question montrent que vous faites partie des 99% qui ne comprennent pas ce qui se passent.
- seul un méchant financier peut répondre à vos questions. Et encore un très vilain.
1) Rien à voir.
Les banques ont des fonds propres réglementés (Bale II). Quand elles prêtent, on estime la somme à risque (RWA : Risk Weighed Average - les AAA étant sans risques - objet de cet article). Pour faire simplet, elles doivent avoir 10% des RWA en FP.
2) Question trop vaste. Vous n'avez effectivement rien compris. Keynes évoque très bien l'illusion monétaire.
Depuis 1971, l'or n'est plus un étalon monétaire.
3) Encore perdu : les taux d'intérêts sont un curseur pour lutter contre l'inflation.
Hayek et Friedman expliquent cela très bien.
Les plus grands économistes libéraux : Friedman (qualifié récemment de criminel contre l'humanité par Rocard !) et Hayek sont contre l'inflation, ils préconisent un controle stricte des masses monétaires. On s'est souvenu d'eux dans les années 70. On risque de les rappeler dans quelque temps (mais cette fois ils sont morts)
A gauche (Keynes), on préconise un peu d'inflation (par manipulation monétaire) comme un impôt que le peuple ne comprend pas.
effectivement j'ai du mal avec la finance et les banques, mes questions étaient des vrai questions et je vous remercie d'avoir répondu!
Pour résumer, et voir si j'ai bien compris:
1. 10% de l'argent que prêtent les banques n'est pas puisé dans la caisse des épargnants mais dans les fonds propres de chaque banques. Si c'est bien ça ca ne change pas la donne. En prenant l'exemple Grec, le pays a donc emprunter aux Européens qui ont emprunté aux banques de l'argent qui a 90% est de propriétés des épargnant du monde entiers (et donc y compris Grec). Moralement je veux bien justifier que les banques prêtent leur fond propres (10%) avec un taux d'intérêt, mais est ce juste qu'elle prêtent de l'argent qui ne leur appartiens pas au même taux?
2. La monnaie n'est plus indexé sur l'or depuis 1971. OK je prend note (tardivement...). Je me rappelle de Keynes et de l'illusion monétaire, si je ne me trompe pas c'était la différence entre l'inflation perçu et l'inflation réel. Mais ma question était plus sur le taux d'intérêt dans sa forme originale, sur quoi ce base-t-il? est il juste de pouvoir vendre de l'argent (avec une plus-value) comme si c'était un bien quelconque? Un veau que l'on acheté a un prix X qu'on nourrit pendant des annees devient une vache que l'on revends a un prix X+N, le surplus est justifier par la nature du produit qui a subi une transformation, mais l'argent est un moyen de payement, et ne se transforme pas, d'où mon incompréhension sur l'origine morale du taux d'intérêt (et non pas sur l'origine économique). En outre j'aimerai bien lire une projection d'un monde sans taux d'intérêt pour voir les conséquences que ça aurait.
3. Je sais que le taux d'intérêt est un outil pour lutter contre l'inflation, mais je regardais la chose dans l'autre sens: Imaginons une société théorique ultra simplifié, ou tout est stable, les prix ne changent pas etc. avec pour seul paramètre un taux d'intérêt à 5%, celui ci ne provoquera t il pas à long terme de l'inflation à 5% ?
En tout cas je vais relire les classiques parce que effectivement c'est brouillon dans ma tête. Et merci de me répondre c'est bien le seul endroit ou on peut discuter de ça.
1) ça a complètement à voir vu que les RWA sont en théorie majoritairement composés de l'épargne : c'est le rôle des banques. Le système actuel permet de prêter de 8 à 25 fois les actifs mais c'est par un jeu comptable et une prise de risque que l'on croit mesurée. La crise financière montre que le risque a été mal contrôlé. Désolé Dubon mais au départ, c'est UcCaBaRuCcA qui a raison.
2) Là encore UcCaBaRuCcA a raison : depuis 1971, ce n'est pas l'or effectivement mais la confiance dans le fait de pouvoir échanger le billet contre une production qui fait la valeur du billet. Certes, il ne s'agit plus de l'échanger en théorie contre de l'or mais ça revient au même si l'on prend l'or comme une marchandise nominale. Bref, l'esprit y est. D'ailleurs, il reste une forme d'illusion qui fait que l'or reste une valeur refuge : les marchés en restent à cette sorte de fondamental donc.
3) Là Dubon, c'est totalement faux : le taux d'intérêt devrait s'adapter à l'inflation. Mais il a un impact évident de retour puisque c'est un prix (le prix de l'argent). Le taux d'intérêt de la banque centrale est évidemment un prix très important qui impact forcément l'inflation (la profusion d'échanges implique que le prix de l'argent impact fortement l'inflation). Mais c'est le marché global avec tous ses prix qui impact l'inflation. Pour faire plus court, c'est la relation entre la disponibilité de la monnaie par des consommateurs sur un marché et du nombre de produits sur le même marché qui va permettre d'établir un prix moyen. L'ensemble des marchés et des prix moyens va permettre de calculer l'évolution du prix d'un panier moyen, ce qui donne un chiffre très imparfait appelé inflation. En gros, si ce panier moyen vaut 100 euros en année N et qu'il vaut 105 euros en année N+1, l'inflation est dite de 5%.
Je m'arrête là sur ce thème très complexe.
Mais tout ça pour dire que le néophyte UcCaBaRuCcA avait une bien meilleure compréhension de l'économie que le très vilain financier (je reprends vos qualificatifs).
Pour finir, y a-t-il de grands économistes libéraux quand on voit dans quelle galère ils nous ont mis? Mais sont-ils libéraux? Je lisais A. SMITH hier qui critiquait les mercantilistes et là, je me suis dit qu'en fait les prétendus libéraux modernes n'étaient que des mercantilistes : un vrai libéral (au sens de SMITH, père du libéralisme) ne soutient pas la compétitivité artificiellement, soutient l'impôt des états et soutient l'harmonisation fiscale. On est loin des concepts monétaristes d'Hayek et Friedman. En fait, Rocard a certainement raison et un procès serait peut être utile...
Au fait, A. SMITH explique que l'inflation est naturelle en expansion car elle est la résultante naturelle de la division du travail. Lire aussi Olivier BLANCHARD du FMI à ce sujet.
Très bonne idée la projection d'un monde sans taux d'intérêt. Disons sans taux d'intérêt réel peut être pour qu'il n'y ait pas de perte à prêter de l'argent tout de même.
@UcCaBaRuCcA
Le business des banques (proche des assurances) c'est de prêter l'argent qu'elles n'ont pas sauf les fonds propres qui sont un fond de garantie obligatoire (idem assurances). D'ailleurs moins elles ont de FP et plus c'est rentable (voir concept equity cash flow et auteur comme Damodaran ) d'où la tentation et le désastre actuel ( Comme les assurances, les banques ont des sinistres = prêts non remboursés)
La morale c'est une autre histoire – Un magasin qui achète et fait x 2 est-ce moral ?
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J'ai pris la peine d'ouvrir le dossier BNP Paribas (rapport annuel 2009).
Fonds propres : 80,3 milliards €
Actif financiers 1 839 milliards € (dont prêts immo etc...) dont RWA : 620 milliards €
BNP Paribas devrait à la louche avoir 10% x 620 = 62 milliards de fonds propres.
BNP a donc une marge de 18 milliards de FP et pourrait prêter plus, mais a choisi de ne pas le faire. (Attali semble approuver cette prudence)
BNP est considérée comme très solide.
Au 19ème siècle, il fallait 20% de FP. (Adam Smith est mort au 18è)
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L'inflation : c'est un terme auquel on peut connecter n'importe quoi. Le terme est devenu restrictif et politique : « le panier de la ménagère ».
Avant de parler de monnaie et taux d'intérêt il faut d'abord regarder ce qu'on achète avec. La monnaie n'est qu'un service juridique et mathématique qui en lui même n'a aucune valeur.
Pour raisonner il faut éliminer le paramètre monétaire.
L'exemple du veau est intéressant. Je me souviens des pratiques qui fixait les honoraires du boucher en morceau de viande ( et pas en monnaie). Idem pour les champs loués au nombre de sac de blé.
Il est là le modèle sans inflation, sans intérêts, peu de monnaie, des emprunts privés, autonome, démographie stable, peu d'énergie et il a tenu des siècles et des siècles.
Maintenant depuis peu, il y a un nouveau modèle. Pour que les prix ne changent pas il faudrait déjà que la production ne change pas ( comment faire avec les ressources naturelles qui s'épuisent? ), il faudrait aussi que la demande ne change pas. Il faudrait une démographie stable ... les salaires constants ... Il ne faudrait aucune catastrophe naturelle, pandémie, guerre ... Il faudrait des producteurs qui ne changent jamais leur prix ...
Ensuite il faudrait que la masse monétaire suive cette production. Et tout ça de manière planétaire. Un système si facile à mettre en oeuvre que la FED ne publie même plus M3.