Économie

Attali: désintoxiquer les banques

Temps de lecture : 2 min

Les banques ont financé elles-même leur sauvetage en prêtant aux Etats qui se portaient à leur secours. Un système pernicieux et dangereux.

Une des formes les plus classiques et les moins faciles à déceler de dopage consiste à se réinjecter son propre sang. Selon les médecins, cette méthode permet d'augmenter la capacité d'endurance grâce à une amélioration du transport d'oxygène. Les globules rouges sont en bien plus grand nombre dans un sang prélevé au moment où l'athlète est reposé.

C'est très exactement ce qu'on fait les banques depuis deux ans. Dans un premier temps, confrontées à des risques majeurs de liquidité, elles ont obtenu des Etats des aides passagères, sous forme d'augmentation de capital ou de prêts.

Autotransfusion

Mais en réalité, comme aucun nouvel impôt spécifique n'a été levé pour financer cela, les Etats ont emprunté pour pouvoir verser cet argent aux banques. Mais à qui les Etats ont-ils emprunté? A ceux qui voulaient bien leur acheter leurs bons du Trésor, c'est-à-dire, en premier lieu, aux mêmes banques, qui pouvaient leur prêter puisque leurs fonds propres étaient reconstitués.

Autrement dit, les banques ont, dans leurs passifs, de l'argent prêté par les Etats, et, dans leurs actifs, le même argent prêté aux Etats. Autrement dit encore, les banques financent elles-mêmes leur sauvetage par les Etats.

Aujourd'hui, elles cherchent à cacher la présence de ces bons et obligations, si fragilisés, dont elles étaient auparavant si fières. En particulier, nul ne sait plus très bien en Europe dans quelles banques se trouvent les 2.600 milliards de dollars de bons du Trésor émis depuis le début de la crise par les Etats.

Un tel dopage a atteint aujourd'hui ses limites. Les Etats sont trop endettés pour émettre plus de bons du Trésor. Et les banques comprennent qu'elles ne peuvent plus se financer ainsi par leur propre effet de levier. Tous devinent que ce système ne peut pas durer.

Les banques, à court de liquidité, se tournent alors vers les Banques centrales, qui leur fournissent à bas coût l'argent que les banques peuvent ensuite prêter aux gouvernements. Un peu comme un drogué, qui ne peut plus utiliser son propre sang, devenu inefficace, et qui a recours à du sang artificiel, fabriqué par une machine. De la création monétaire pure.

Jusqu'à ce que l'on se rende compte que l'argent que fournit la Banque centrale aux banques privées, peut ne pas être remboursé et que les Banques centrales peuvent enregistrer des pertes, qui devront, ultimement, être financées par les actionnaires des Banques centrales, c'est-à-dire les Etats. Ce qui signifie que les Etats devront alors, une fois de plus, emprunter sur les marchés, c'est-à-dire en particulier aux banques, de quoi financer les pertes qu'elles auront créées. Ce détour de plus n'aura donc rien changé.

On n'échappe donc pas à la nécessité de désintoxiquer les banques, c'est-à-dire de régler leur problème de solvabilité et pas seulement de liquidité. Et de les financer par autre chose que de l'emprunt, c'est-à-dire par des actionnaires. Et si nul actionnaire privé ne se révèle capable de financer l'amélioration nécessaire des fonds propres des banques, les contribuables devront devenir les actionnaires.

C'est pour ne pas affronter ce moment de vérité qu'on continue à laisser croire que la croissance réglera toutes les difficultés. Si elle n'est pas au rendez-vous, la désintoxication sera sévère. Elle marquera, comme pour toute personne privée confrontée à un tel problème, le commencement de l'espoir, de la responsabilité et du respect de soi.

Jacques Attali

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