Santé / Société

Vous voulez un conseil pour aller voter dimanche? Portez un masque

Temps de lecture : 5 min

Le protocole sanitaire recommandé par le gouvernement dans les bureaux de vote est dramatiquement insuffisant. Alors préparons-nous.

Dans un bureau de vote avant le second tour des élections municipales à Paris, le 26 juin 2020. | Bertrand Guay / AFP
Dans un bureau de vote avant le second tour des élections municipales à Paris, le 26 juin 2020. | Bertrand Guay / AFP

Le 10 avril prochain marque le premier tour de l'élection présidentielle française. Celle-ci survient après un mandat dont près de la moitié aura été marquée par la pandémie de Covid-19. Elle survient également dans un contexte épidémique assez peu réjouissant malgré les yeux détournés de nos gouvernants et la lassitude de la population et de bon nombre de médecins hospitaliers, qui en viennent à négliger les risques de Covid long, de formes graves et de nouvelles mutations virales.

Nous écrivons ces lignes le 3 avril 2022. S'il est possible qu'aujourd'hui nous atteignons le pic de cette nouvelle vague due au sous-variant BA.2 d'Omicron, en revanche le faible nombre de tests pratiqués nous invite à penser que la réalité est largement sous-estimée. Les Britanniques ont observé un ratio de 1 à 10 entre l'incidence calculée à partir des notifications par les tests PCR et par les données de leur échantillon représentatif de la population invitée à se prêter à un test hebdomadaire.

Ainsi, par simple extrapolation à la situation française, l'incidence que nous prévoyons pour la semaine à venir serait plutôt de 16.450 nouvelles contaminations pour 100.000 habitants, soit 1,5 million de cas par jour, et non 150.000 par jour comme Santé publique France le rapporte! Le taux de circulation virale serait ainsi considérable en France, le deuxième plus élevé d'Europe, juste derrière l'Allemagne (incidence redressée de 19.810 prévue au 8 avril).

Un protocole inexistant

Malgré ces indicateurs qui n'invitent pas franchement à la détente, le protocole sanitaire annoncé par le gouvernement dans les bureaux de vote nous semble bien léger. Comment ne pas évoquer les élections municipales de mars 2020 où la protection des assesseurs et des votants avait été plus que négligée, alors que le pays s'apprêtait à être confiné pour la première fois? N'a-t-on donc rien appris de cette pandémie?

Résumons ce qui est prévu pour dimanche prochain:

  • Aucun pass sanitaire/vaccinal ne sera demandé ni aux assesseurs ni aux votants à l'entrée des bureaux de vote, et ainsi aucune preuve de vaccination ni de test négatif.
  • Aucune jauge ne sera mise en place.
  • Le masque ne sera pas obligatoire. Il est simplement recommandé aux personnes immunodéprimées et/ou à risque de forme grave, aux aidants, aux personnes symptomatiques, cas contact et aux personnes testées positives.
  • Les personnes se sachant positives au Covid-19 pourront aller voter.

Dans la mesure où l'on sait désormais que la quasi-totalité des transmissions se fait par voie aéroportée (postillons mais surtout aérosols en milieux clos et mal ventilés) et que de la quantité de virus à laquelle une personne est exposée, que l'on appelle la dose virale infectante, dépend la gravité de l'infection et possiblement la survenue de Covid longs, nous craignons en particulier pour la santé des assesseurs qui passeront de longues heures dans un environnement faiblement sécurisé.

Ils risquent en effet d'être exposés massivement et inutilement aux gouttelettes et micro-gouttelettes de personnes positives au Covid-19, qu'elles soient asymptomatiques ou symptomatiques, préalablement testées positives ou non. Si des masques chirurgicaux devraient être mis à disposition dans les bureaux de vote, leur caractère non obligatoire rendra leur port plus qu'aléatoire, réduisant la protection des personnes venues voter et surtout des assesseurs. A minima, on aurait aimé que des masques de type FFP2 soient fournis à ces derniers, ainsi qu'à toutes les personnes qui reviendront le soir pour aider au dépouillement.

Pourquoi un tel manque de préparation?

Idéalement, on se serait attendu à ce que le port du masque soit rendu obligatoire à l'entrée des bureaux de vote –rappelons qu'il l'est encore dans les établissements de santé ainsi que dans les transports en commun. Porter le masque n'est pas quelque chose de discriminant pour accéder au vote et c'est finalement un geste très simple eu égard à ses bénéfices.

Une promotion et une facilitation du vote par procuration auraient pu être mises en place au moins pour les personnes positives au Covid-19 et les personnes vulnérables. En effet, à ce jour, il est toujours nécessaire de se déplacer au commissariat pour faire valider son identité ce qui oblige à rompre l'isolement ou la quarantaine.

En outre, on aurait pu espérer un peu de préparation et, pourquoi pas, la mise en place du vote par correspondance au moins pour ce scrutin à risque. En effet, nous avons dépassé depuis longtemps la phase de sidération face au virus et à la pandémie, et nous savons désormais les difficultés à prévoir son évolution. Pourquoi ne pas avoir pensé les élections en contexte de forte circulation virale?

Nous avons du mal à comprendre ce manque de préparation alors qu'une multiplication de cas entre les deux tours au sein des personnes ayant participé au vote pourrait se retourner en une erreur politique majeure.

Le rôle de la ventilation

Du côté de l'hygiène des bureaux de vote, le protocole oscille entre reconnaissance a minima de la transmission par aérosols (il est recommandé d'aérer dix minutes par heure et de s'équiper en capteurs de CO2) et obstination à penser la transmission manuportée dont on rappelle qu'elle est au plus anecdotique selon toutes les connaissances actuellement rassemblées sur la pandémie.

La mise à disposition de gel hydro-alcoolique et de matériel (stylos, urnes, isoloirs) nettoyé de manière fréquente au cours du scrutin ne distrait-elle pas de la mise en œuvre de vraies mesures de prévention de la transmission par voie aérosol du coronavirus et de la grippe (qui elle aussi flambe actuellement sur le territoire métropolitain)?

Question aérosol, c'est un premier pas de recommander l'aération. Mais la mesure de la concentration de CO2 dans les bureaux de vote aurait dû être rendue obligatoire afin d'aider à piloter l'aération, par exemple en ouvrant dès que le seuil des 800ppm est dépassé. En outre, fixer un temps de dix minutes par heure pour aérer une pièce ressemble à fonder la levée des mesures sanitaires sur un calendrier et non sur des indicateurs épidémiologiques pertinents, ce sont quand même des politiques publiques conduites avec un bandeau sur les yeux!

En effet, tout dépend de la configuration de la pièce, de son taux d'occupation, du taux de CO2 mais aussi de la température extérieure. En effet, si les échanges d'air se font particulièrement bien lorsqu'il fait froid dehors, quand la température est la même dedans comme dehors –c'est souvent le cas au printemps– les échanges d'air se font beaucoup moins bien et il faudrait parfois maintenir portes et fenêtres ouvertes en permanence.

Reste aussi que tous les lieux de vote ne disposent pas de fenêtres ou de moyens d'aération suffisants. Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir prévu de s'équiper en purificateurs d'air dotés de filtres HEPA ou de dispositifs équivalents?

Quelques conseils malgré tout

Aujourd'hui, il incombe aux personnes les plus fragiles et celles qui les entourent de se protéger car elles ne peuvent désormais compter que sur elles-mêmes pour s'assurer de leur sécurité sanitaire.

Alors, si nous avons un message à faire passer aux votants et aux assesseurs, ce serait de porter un masque (FFP2 pour les assesseurs) pour se protéger mais aussi pour protéger les personnes les plus vulnérables et qu'elles ne soient pas stigmatisées en étant les seules à être masquées.

Alors, nous ne pouvons que recommander aux assesseurs particulièrement vulnérables, notamment non triplement vaccinés ayant des comorbidités ou immunodéprimés, de passer leur tour pour encadrer ce scrutin.

Aux autres assesseurs, nous recommandons donc:

  • De porter un masque FFP2 en continu.
  • De s'équiper d'un capteur de CO2 si le bureau de vote n'en a pas.
  • De privilégier repas et pauses café uniquement si la concentration de CO2 est inférieure à 600ppm ou sinon à l'extérieur.
  • D'ouvrir fenêtres et portes autant que possible, pour maintenir une concentration de CO2 toujours au-dessous de 800ppm.

Nous enjoignons les personnes positives au Covid, ainsi que toutes celles qui ont des symptômes évocateurs le jour du scrutin et qui se déplacent néanmoins, de porter un masque FFP2 et de ne pas le retirer. Et à tous de ne pas trop s'attarder sur place. Faisons en sorte que ce scrutin se passe le mieux possible et qu'il ne crée pas une nouvelle flambée des indicateurs.

Newsletters

Allons-nous tous stocker notre caca dans des banques?

Allons-nous tous stocker notre caca dans des banques?

C'est en tout cas ce que préconisent nombre de spécialistes.

Vous voulez vivre longtemps? Soyez optimiste

Vous voulez vivre longtemps? Soyez optimiste

De récentes études analysent le pourquoi du comment voir le verre à moitié plein permet d'augmenter son espérance de vie et d'être en meilleure santé.

À quoi ça sert de voir un psy quand on est vieux?

À quoi ça sert de voir un psy quand on est vieux?

Lorsque l'on a 80 ans, l'idée n'est pas forcément de changer de vie. Mais il est aberrant d'imaginer qu'une vieille personne ne puisse pas bénéficier d'un travail psychique.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio