Boire & manger

«Top Chef» saison 13, épisode 5: fade comme un bouillon sans sel

Temps de lecture : 5 min

Cette semaine, une intervention s'impose. 

Quand l’émission prend le temps de faire un aparté sur les chaussettes de l'un des candidats, tu sais qu’il ne se passe vraiment rien d’excitant. | Capture d'écran via 6play
Quand l’émission prend le temps de faire un aparté sur les chaussettes de l'un des candidats, tu sais qu’il ne se passe vraiment rien d’excitant. | Capture d'écran via 6play

Elis, surnommé Pépère, nous a quittés. Après une lutte acharnée comme candidat solitaire puis membre de la brigade Viel, le jeune homme a tiré sa révérence lors d'une élimination bouleversante. «Tous ces candidats-là m'ont aidé à me surmonter», a-t-il dit en rendant hommage aux autres cuisiniers. «J'ai jamais eu des amis comme ça, réels. J'étais souvent vu comme le vilain petit canard parce que je ne savais ni lire, ni écrire, et je me suis accroché, à me dire qu'il faut toujours me battre.»

C'était un adieu sincère, déchirant, et pas une personne dans la salle n'a gardé les yeux secs. Malheureusement, c'était aussi le seul moment saillant d'un épisode qui, tel un bouillon sans sel, manquait cruellement de saveur.

Dieu quand il a fait son planning pour 2022.


Deux heures avant…

Première épreuve

Pour la première épreuve, «Top Chef» accueille Clare Smyth, la seule cheffe britannique à avoir 3 étoiles. Sa spécialité, c'est de transformer les pommes de terre en chef-d'œuvre, et de rendre hommage à des produits humbles. Cette semaine, elle demande aux candidats de sublimer l'oignon, parce qu'en général, «ce n'est pas le personnage principal, ce n'est pas la star du plat, il est relégué au second plan». C'est vrai que l'oignon, c'est un peu le Amy Adams de la cuisine: toujours excellent, mais rarement reconnu à sa juste valeur.

L'épreuve se déroule, comme d'habitude, sans aucun imprévu: tu sais qu'il ne se passe vraiment rien d'excitant quand l'émission prend le temps de faire un aparté sur les chaussettes de Sébastien… Parmi les seuls trucs notables, il y a quand même Paul Pairet qui nous sort le jeu de mots le plus désastreux de l'histoire du langage: «Il va voir de quel oignon je me chauffe» (+1 pour l'absurdité, quand même). Quant à Lilian, la présence de Clare Smyth lui fait atteindre le point «j'ai toujours été élevé par des femmes». Astuce: si vous mettiez autant de cheffes que de chefs, à la fois chez les candidat·es et chez les invité·es, vous n'auriez pas besoin de vous gargariser à chaque fois qu'une meuf est invitée.

Heureusement que j'ai appris à bullshitter à Sciences Po, parce qu'il se passe archi rien dans cette épreuve. La dégustation commence, et même Clare Smyth sent qu'il faut meubler: elle passe cinq bonnes minutes à décrire l'assiette avant de la manger. MANGE TON OIGNON CLARE, AU MOINS ON IRA SE COUCHER PLUS TÔT.

Quand ton pote te raconte une anecdote plus longue que la Bible.

Encore une fois, les candidats prouvent leur niveau d'exception. Toutes les assiettes sont sublimes et impossibles à distinguer, on dirait des Miss France. Tout se passe bien, jusqu'au moment où on découvre que les bleus ont appelé leur plat «Onion save the queen». C'est comme si Alain Ducasse allait à «Top Chef US», et qu'on lui servait que des plats intitulés «Aux choux élysées», «Liberté, égalité, framboisier» ou «Voulez-vous couscous avec moi».

Mais le pire, c'est l'annonce du classement des équipes, ou: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Au lieu de qualifier deux brigades et d'envoyer les deux autres en deuxième épreuve, on nous embrouille une nouvelle fois avec cette histoire de «la deuxième brigade enverra un candidat sur trois en deuxième chance, puis la troisième brigade enverra deux candidats sur trois, puis la dernière brigade»… Vous n'avez rien compris? C'est normal. Le tout annoncé, évidemment, dans le désordre.

La brigade rouge arrive donc deuxième, et Darroze envoie Louise en deuxième épreuve. La brigade orange arrive troisième, et Viel envoie Elis et Arnaud en deuxième épreuve. Les violets, qui n'étaient que deux, se qualifient haut la main pour la semaine suivante, et les Etchebestos arrivent dernier et partent tous en deuxième épreuve. Ça va, vous suivez?

Quand tu apprends qu'en cyrillique, le «u» se dit «i», le «n» se dit «p» et le «p» se dit «r».

Deuxième épreuve

La deuxième épreuve est présidée par Dominique Ansel, notre fierté nationale qui a inventé le cronut. Il a aussi créé un dessert intitulé «Heartbreak», qui rappelle aux clients ce qu'ils mangent quand ils ont le cœur brisé. «95% des gens mangent de la glace», nous dit Ansel. Je me sens visée par ce dessert et ça ne me plaît pas du tout. Le principe consiste à carboniser le dessert, sur lequel est écrit «I love you». «C'est comme l'amour, ça commence comme quelque chose de très très joli, très merveilleux, et quand ça ne marche pas, ça finit en cendres.» Dominique, qui t'a fait du mal comme ça? En tout cas, si vous voulez connaître vos dates d'ovulation, il suffit de voir si ce dessert vous fait pleurer.


L'objectif de l'épreuve sera donc de faire un «dessert vivant», qui va se transformer lors de la présentation. Ce chef pâtissier a quand même l'air d'être un fou furieux, et ça, c'est la France qu'on aime. Après tout, les chefs espagnols n'ont pas le monopole du n'importe quoi.

Malheureusement, on repart vite sur une épreuve assez monotone, malgré le montage en flashbacks qui nous montre la présentation des desserts avant leur préparation. Louise veut rendre hommage à son enfance et a «voulu faire quelque chose de régressif [...] avec du lait de chèvre», et un bouillon de chou rouge. Clairement une expérience universelle pour tous les enfants du monde.

On passe à Pascal, et allez, encore un qui nous sert un tas de feuilles. Heureusement, c'est la première fois qu'on entend Pascal parler pendant plus de 3 secondes, et son acceng est merveilleux. Son dessert s'appelle «Balade d'automne», contrairement à celui d'Arnaud, qui s'appelle «Balade en forêt». Objectif 2022: arrêter de vouloir nous faire manger des feuilles. Quant à Elis, également inspiré par le thème de la forêt, il a décidé de ne pas trop se prendre la tête et de juste servir un chocolat chaud agrémenté d'une branche.

Quand tu crois que Dominique Ansel est un castor.

Enfin, Mickaël prépare un narguilé au houblon, et Sébastien un toast caramélisé par le fer à repasser de sa grand-mère. L'astuce est à retenir, ça sera peut-être utile quand le gaz coûtera tellement cher qu'il faudra cuire nos pâtes au briquet.

Tout ça devrait être fun, et pourtant… on s'ennuie ferme. C'est moi, ou cette saison de «Top Chef» manque de piquant, de croquant, de texture? Que se passe-t-il? Est-ce que c'est parce que les candidats sont extrêmement bons? Ou parce qu'ils sont tous relativement normaux? Ils sont bien, ils sont sympas, ils sont respectables. Mais c'est pas ça qu'on veut. Rendez-nous les «vamos» de Diego, les dérives scatologiques d'Arnaud, la tête de mule de Jordan, les blagues adorablement nazes de Mallory.

Ce qui manque à cette saison, c'est sans doute un peu de personnalité. C'est comme le «débat» présidentiel de TF1 sur l'Ukraine: aucune interaction entre les candidats, ça donne une émission forcément très plate. On espère que «Top Chef» va se ressaisir, parce que le monde est déjà assez mal barré comme ça. Si on n'a même plus notre dose d'endorphine du mercredi soir, que nous restera-t-il?

Bonus

Logan était une des personnalités les plus amusantes de l'émission, et cette semaine, son absence s'est fortement fait ressentir. Gardez les candidats marrants!!

Quand tu repars en voyage pour la première fois depuis 2019:

Glenn Viel est vraiment le parfait remplaçant de Michel Sarran: une présence rassurante, un coaching sympathique… et un bilan catastrophique :/

Quand tu croises les conséquences de tes actes:

Pronostic: Lilian sera finaliste. Avec Louise, peut-être?

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