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Hadopi a fait chuter le téléchargement, selon Mitterrand

Slate.fr, mis à jour le 04.06.2010 à 11 h 06

Le ministère de la Culture estime que l'adoption des lois Hadopi 1 et Hadopi 2 en 2009 a déjà eu un effet significatif sur le téléchargement peer-to-peer, alors que les lois ne sont toujours pas appliquées et que les premiers mails d'avertissement n'arriveront pas avant l'été.

Dans une réponse à une question écrite du député UMP Christian Vanneste, Frédéric Mitterrand reprend les conclusions d'une étude contestée de chercheurs du pôle télécoms de l'Université de Rennes (télécharger en PDF):

[L'étude] met à jour un résultat positif puisque 15% des internautes qui utilisaient les réseaux de pair à pair déclarent avoir cessé de télécharger sur ces réseaux. L'adoption des lois Création et Internet, qui ont institué la Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (HADOPI), a donc d'ores et déjà eu un effet dissuasif significatif, alors même que la Haute Autorité n'est pas encore pleinement opérationnelle.

Mais le ministère de la Culture poursuit sa lecture de l'étude en discréditant cette fois-ci une autre de ses conclusions:

En outre, l'augmentation de 3 % du nombre de pirates n'apparaît pas comme un chiffre représentatif sur le plan statistique, de l'avis même de l'un des auteurs de l'étude, puisqu'il est calculé à partir d'une sous-partie de l'échantillon ne représentant que 6 personnes.

Selon Frédéric Mitterrand, l'étude a raison quand elle dit que le nombre de téléchargements par peer-to-peer a baissé, mais pas quand elle dit que le nombre de «pirates» a augmenté. Ces résultats paradoxaux s'expliquent par la migration des «pirates» vers d'autres modes de téléchargement, comme l'expliquaient les chercheurs rennais (ce qu'oublie de mentionner Mitterrand):

Parmi ceux qui ont cessé de télécharger dans les réseaux peer-to-peer, seulement un tiers a renoncé à toute forme de piratage numérique, alors que les deux tiers restant se sont tournés vers des pratiques alternatives de piratage échappant à la loi Hadopi comme le streaming illégal (Allostreaming…) ou le téléchargement sur des sites d’hébergements de fichiers (Megaupload, Rapidshare).

Le ministère de la Culture aurait pu relever que toute l'étude est contestable statistiquement: les résultats ne se basent que sur une population de «2.000 individus représentatifs de la population de la région Bretagne» et l'enquête téléphonique est un biais quand on parle de pratiques illégales.

David el Sayeg, secrétaire général du Snep, le regroupement des maisons de disques, s'était bien gardé lors de sa publication de l'étude en mars dernier d'en tirer des conclusions sur la baisse du téléchargement:

Il ne s’agit que d’un sondage sur une population non-identifiée. A dire vrai, seule une analyse des réseaux et notamment des flux issus des ports peer-to-peer permettrait de garantir la véracité des faits énoncés. Or il n’en est rien s’agissant de l’étude en question qui se contente d’un relevé d’opinions et d’intentions. Demandez aux personnes qui abandonnent leur chien avant un départ en vacances: ils vous répondront dans une grande majorité que celui-ci a la rage!

[Lire la réponse du ministère du Culture sur le site de l'Assemblée Nationale]

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Photo: Flickr/CC licence Attribution/RossinaBossioB

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