Médias / Monde

À la télévision russe, Poutine est un sauveur et un libérateur

Temps de lecture : 2 min

Pour le magazine The Atlantic, Olga Khazan a regardé la télévision russe pendant une semaine. 

Le président russe Vladimir Poutine lors d'un conférence à Moscou en décembre 2021. | Natalia KOLESNIKOVA / AFP
Le président russe Vladimir Poutine lors d'un conférence à Moscou en décembre 2021. | Natalia KOLESNIKOVA / AFP

«Dans la version russe de la guerre, les Russes sont des libérateurs, les Ukrainiens des Nazis, et l'Occident une bande de menteurs hypocrites», voilà comment la journaliste Olga Khazan résume sa semaine de télévision russe pour le magazine The Atlantic. Dans l’univers parallèle de ces chaînes, le mot «guerre» est même désormais interdit. Pour le peuple russe, la télévision est l’une des seules sources d’informations disponibles puisque le gouvernement de Vladimir Poutine a restreint l’accès aux autres: les médias indépendants ont été bloqués, Facebook et Twitter interdits.

À la télévision étatique russe, les talk-shows en plateau sont légion. Ils sont l'occasion de relayer massivement le discours prôné par le Kremlin. Que ce soit les présentateurs ou les intervenants, les consignes sont respectées à la lettre, donnant l’impression d’«une boucle sans fin» dans laquelle tout le monde est d’accord, décrit la journaliste. On y entend que «l’Ukraine va être nettoyée», «ramenée à l’ordre» ou encore que «les Ukrainiens ne comprendront la vérité qu’un fois le pays libéré». Pour accompagner les mots, le «Z» que l'on a pu voir sur les tanks russes, signe de soutien à l’intervention militaire, est partout.

Distorsion de la réalité

Sur la chaîne 1, Olga Khazan a aussi vu quelques reportages réalisés en Ukraine, une femme y affirme que «ça fait des années que nous vous attendions», présentant l’armée russe comme libératrice. Le reporter enchaîne sur des soi-disant témoignages de soldats ukrainiens ayant rendu les armes. Les gardes russes chargés de les surveiller sont montrés comme étant bienveillants, les laissant appeler leur mère, boire et manger. Impossible de savoir la part de réalité dans ce reportage, même si il donne surtout l’impression de «singer une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux dans laquelle des soldats ukrainiens offraient à des captifs russes du thé et un coup de téléphone», rappelle la journaliste.

Autres cibles de la première chaîne russe: les réseaux sociaux et les «fake news» propagées sur Facebook, l'ingérence des États-Unis, le comportement de l'Europe. Le réseau social est accusé de diffuser de fausses informations, les Américains sont critiqués pour leur «boycott» des commerces russes mais aussi pour leur invasion de l'Irak.

Pour justifier les décès enregistrés dans les troupes russes, les Ukrainiens sont systématiquement blâmés. Une partie du peuple ukrainien serait manipulée pour servir de «boucliers humains» et empêcher l'autre partie du peuple de fuir grâce aux couloirs humanitaires mis en place par la Russie. L’attaque d’un groupe de journalistes anglais est attribuée à l’Ukraine. Globalement, les pertes ukrainiennes sont imputées à une forme de guerre civile.

Beaucoup de Russes y croient, «l’alternative –celle d’une invasion injustifiée, où les Russes sont les envahisseurs– est trop horrible à entendre», écrit Olga Khazan. Tous les journalistes qui ont essayé de diffuser un contre-discours ont été forcés de fuir le pays. La majorité des Russes soutiennent leur président, qu'ils ne jugent pas responsable de la situation en Ukraine. Ils sont les victimes de la guerre de l’information qui se joue sur le territoire russe.

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