Santé / Monde

La guerre me déprime et j'ai une rhinite

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] J'éternue aussi souvent qu'une bombe s'abat sur l'Ukraine. C'est dire si j'ai le moral.

Il me faut dénazifier mon nez. | Diana Polekhnina via Unsplash
Il me faut dénazifier mon nez. | Diana Polekhnina via Unsplash

Peu avant l'invasion de l'Ukraine, j'ai commencé à éternuer sans raison. Sitôt levé, le concert d'éternuements débutait. Trois paquets de mouchoirs plus tard, j'en étais toujours à expulser de mes cavités nasales suffisamment de postillons pour les commercialiser sous forme de bouteilles d'eau minérale. Au début, je ne me suis pas inquiété: Poutine finirait bien par se calmer et mon rhume passerait comme une cigogne dans le ciel de Moscou.

Une semaine plus tard, je faisais moins le malin. Non seulement Poutine avait mis ses menaces à exécution mais mon état empirait. Mes éternuements étaient si répétés que de quitter une pièce sans un mouchoir pour m'accompagner revenait à traverser un champ de bataille sans un casque pour se protéger –une folie furieuse. J'éternuais avec une sauvagerie telle que mon chat en bondissait à chaque fois de frayeur avant de se précipiter toutes affaires cessantes sous le lit, abri de fortune d'où il ne ressortirait qu'une fois l'alerte levée quand s'estomperait la vague de mes expectorations détonantes.

Quand il fut bien clair que la guerre déclenchée par Poutine serait une guerre au long cours, que mes éternuements ne disparaîtraient pas de sitôt, je m'en allai réclamer de l'aide à mon pharmacien. Tout comme l'OTAN, son champ d'intervention était des plus encadrés: «C'est une rhinite que vous avez. Il n'y a pas grand chose à faire si ce n'est d'endurer en silence. Vous pouvez toujours prendre des antihistaminiques, c'est mieux que rien, mais cela ne changera pas le cours de la guerre. Pour arriver à dénazifier votre nez, il faudrait d'abord connaître la nature de vos allergies, autant dire qu'il faut vous préparer à un conflit long avec des morts et des rechutes en pagaille.»

C'était bien ma veine. De quelles allergies pouvaient-ils s'agir? À ma connaissance, rien n'avait changé à la maison. Mieux, cet été, un purificateur d'air m'avait été livré afin de parer à toutes agressions extérieures. On n'était jamais assez prudent. Surtout quand on partageait une frontière avec un despote irascible dont les foucades étaient aussi légendaires qu'imprévisibles. Un jour, il envahissait le Donbass, le lendemain c'était au tour de vos hémorroïdes de conquérir vos bases arrières.

J'entrais donc en résistance. Une résistance acharnée qui au début du moins déstabilisa mon adversaire. Grâce à l'appui massif de mes antihistaminiques, je parvins à reprendre en partie le contrôle de mes parois nasales. Mes crises d'éternuements s'estompèrent quelque peu. De toute évidence, mes allergènes avaient sous-estimé ma capacité de réaction. Ils avaient misé sur une conquête éclair, un raid express sur mon nez et voilà qu'ils devaient désormais affronter un adversaire déterminé qui portait son courage en bandoulière.

Il ne fallait jamais sous-estimer un juif, qu'il se nomme Zelensky ou Stabilovitsch. C'était la leçon à retenir de la première semaine de combat. Évidemment quand Poutine menaca de recourir à des armes nucléaires, je sentis ma détermination vaciller. De toute évidence, je n'étais pas de taille à résister. Heureusement, mon pharmacien ne se démonta pas. De derrière son comptoir, il me tendit un spray nasal de dernière génération capable de moucheter les velléités guerrières de n'importe quel ennemi.

Depuis, la situation a tendance à se stabiliser. La rhinite est maîtrisée mais la partie est loin d'être gagnée. C'est surtout le moral qui m'inquiète. L'attaque de la maternité de Marioupol m'a porté un coup et des idées noires me sont venues. De toute évidence, l'ennemi est prêt à tout pour triompher. Son cynisme est total. S'il le faut, il n'hésitera pas à employer des armes chimiques pour parvenir à ses fins, des subterfuges face auxquels tous les sprays de la terre seront inutiles. Face à une telle éventualité, je me sens désarmé, au bord de l'éternuement final. Comme écoeuré. Mon nez ne pèsera pas lourd face à de pareils assauts. Il cédera et avec lui, l'Ukraine toute entière.

À cette heure, j'ignore toujours à quoi je suis allergique. Peut-être à la guerre. Ou à Poutine. À tous ces sinistres personnages qui ont besoin de recourir à la violence pour se donner le sentiment d'exister. Au sentiment d'impunité dont ils se prévalent. À leur indécrottable vanité. À ces joutes imbéciles auxquelles ils se prêtent pour asseoir leur domination. À leur bêtise qui les aura empêchés de lire les romans de William Faulkner lequel écrivait dans Le Bruit et la Fureur, l'un des plus grands romans jamais écrits: «Aucune guerre n'est jamais remportée. Elles ne sont même jamais combattues. Le champ de bataille ne fait que révéler à l'homme sa folie et son désespoir.»

À vos souhaits!

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