Parents & enfants / Santé

Cours l'été et grandes vacances l'hiver: une piste pour contrer le Covid-19

Temps de lecture : 5 min

Ce changement de calendrier scolaire permettrait d'éviter que les mois d'hiver se transforment en calvaire.

Depuis le 14 mars, le masque n'est plus obligatoire à l'école. À quel prix? | Martin Bureau / AFP
Depuis le 14 mars, le masque n'est plus obligatoire à l'école. À quel prix? | Martin Bureau / AFP

Hospitalisations en baisse mais contaminations de nouveau en hausse: c'était le bilan effectué le 11 mars par le ministre de la Santé Olivier Véran. Autant dire que l'allègement des mesures sanitaires à partir du 14 mars, avec notamment la fin de l'obligation du port du masque sauf dans certains lieux-clés, semble un rien précipité.

En particulier, les enfants de France ont pu se rendre à l'école sans masque pour la première fois depuis deux ans. Si l'on comprend que cela sonne pour eux comme une nouvelle réjouissante, ce gain de liberté risque fort d'avoir des conséquences à plus ou moins court terme.

La pandémie n'est pas derrière nous. Comme l'explique la journaliste Rachel Gutman dans un article de The Atlantic, on peut tabler sur le fait que le Covid-19 va pointer régulièrement le bout de son nez durant les années à venir, nouvelle maladie saisonnière dont nous nous serions évidemment bien passé.

C'est pourquoi, toujours sur The Atlantic, sa consœur Elizabeth G. Dunn s'interroge: comment faudrait-il procéder afin d'empêcher que le nombre de cas positifs ne flambe de nouveau en milieu scolaire? Bien que pouvant sembler fantaisiste ou inapplicable, sa proposition principale a de quoi faire réfléchir.

Pour la journaliste, le Covid-19 ayant tendance à être plus coriace sur une période s'étendant de novembre à mars, il pourrait être futé de repenser intégralement le calendrier scolaire des prochaines années. Avec une idée majeure: puisque l'été est apparemment bien moins risqué d'un point de vue covidien, autant faire classe en juillet et en août, quitte à déplacer les grandes vacances durant les mois d'hiver.

Casse-tête chinois

Nombreux sont les parents qui, durant certains mois de la saison hivernale, ont dû multiplier les arrêts afin de s'occuper de leur progéniture, que celle-ci ait été testée positive au Covid-19 ou qu'elle soit simplement considérée comme cas contact.

Le 9 janvier, le secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale (SNPDEN), Bruno Bobkiewicz, indiquait sur France Info que 10% des enseignants étaient alors absents (et pas souvent remplacés), ainsi que 15% des élèves. Nous ne sommes pas à l'abri de revenir tôt ou tard à de tels chiffres.

Pour les parents, il a souvent fallu jongler. Dans les 21% de familles monoparentales, il n'y avait généralement pas le choix: si le parent responsable –la mère, dans 82% des cas– avait un emploi, il lui fallait alors s'absenter, ou tenter de télétravailler –dans les secteurs où c'est possible– tout en gardant les enfants covidés ou sans enseignant.

Les familles constituées de deux adultes, qu'elles soient recomposées ou non, avaient davantage le choix, même si les femmes ont bien souvent été au four et au moulin. On rappelle que pendant le premier confinement, les femmes avaient été deux fois plus nombreuses que les hommes à renoncer à leur travail pour s'occuper de leurs enfants...

«L'idée de l'école tout l'été vous rend triste? Il y a plus triste encore: le fait que des enfants passent leur mois de juillet à jouer à Fortnite pour que le temps s'écoule plus vite.»
Elizabeth G. Dunn pour The Atlantic

Dans l'idée, inverser le calendrier scolaire permettrait de concentrer la scolarisation des élèves sur des périodes plus clémentes en matière de risque sanitaire, faisant ainsi diminuer les risques pour la santé des uns et des autres, et rendant la situation plus gérable pour les parents. Et ce n'est pas si inconcevable, explique Elizabeth G. Dunn, qui en profite pour désacraliser les vacances estivales, leurs moments passés au grand air et leurs séjours en station balnéaire.

Les vacances d'été, un leurre

On pourrait en effet s'insurger en affirmant que faire travailler les enfants en juillet et en août revient à les enfermer durant les plus belles journées d'été et à les priver de leurs traditionnelles vacances à la mer. Les chiffres mis à disposition reflètent une autre réalité: 40% de la population française ne part pas en vacances, expliquait Le Monde en 2019.

D'après une étude menée par l'Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (OVLEJ), 2 millions d'enfants ont été privés de tout départ en vacances lors de l'été 2020, ce mot étant pris au sens large puisqu'il désigne ici tout séjour d'au moins une nuit. Or les vacances d'été durent quasiment soixante jours.

Il ne faut pas se leurrer, explique la journaliste de The Atlantic. Si pour un certain nombre d'enfants, été rime effectivement avec baignade en eau salée, randonnées en montagne ou vacances chez les grands-parents, nombreux sont les jeunes gens qui passent deux mois à leur domicile –ou qui, au mieux, bénéficient des accueils de loisirs mis à disposition par les municipalités. Bref, idéaliser l'été, c'est notamment oublier cette partie de la population qui n'a absolument pas la possibilité d'emmener ses enfants en vacances, par manque de moyens ou de congés.

Faire cours l'été pourrait s'avérer plutôt agréable, quitte à aménager un brin les horaires, et à condition de pouvoir bénéficier de conditions optimales.

«Les parents continuent à travailler, écrit Elizabeth G. Dunn, et les enfants passent moins de temps à jouer au baseball ou à bâtir des châteaux de sable qu'à être scotchés au canapé avec un iPad. L'enfant moyen passe alors cinq heures par jour devant un écran –ce qui n'inclut pas l'utilisation de supports éducatifs– et moins de jeunes gens ont le permis de conduire. L'idée de l'école tout l'été vous rend triste? Il y a plus triste encore: le fait que des enfants passent leur mois de juillet à jouer à Fortnite pour que le temps s'écoule plus vite.»

Réinventer l'hiver

Les grandes vacances d'hiver auraient un autre goût que celles d'été. Elles n'empêcheraient pas les activités d'extérieur, mais celles-ci seraient différentes. Et cela permettrait même aux enfants d'acquérir une plus grande culture du froid et du dehors, à l'image de ce que m'avait décrit Sarah Wauquiez, consultante spécialisée dans l'enseignement hors les murs, pour un article que j'avais écrit sur le sujet. S'habiller chaudement et se protéger de la pluie, ça s'apprend. «À la longue, ça n'est plus un problème», affirmait-elle, en citant notamment l'exemple danois.

En un sens, faire cours l'été pourrait s'avérer plutôt agréable, quitte à aménager un brin les horaires, et à condition de pouvoir bénéficier de conditions optimales: bâtiments ne se transformant pas en fours à chaleur tournante dès les premiers rayons de soleil, protocoles permettant de s'assurer que chaque élève s'hydrate suffisamment...

Interrogé par The Atlantic, l'historien de l'éducation John L. Rury rappelle qu'au XIXe siècle, il y avait classe à la fois en été et en hiver afin que les enfants soient disponibles pendant l'automne et le printemps, au moment des semis et des récoltes agricoles. Aux États-Unis, les vacances d'été ont finalement été instaurées quelques temps après la guerre de Sécession.

Sont-elles pour autant gravées dans le marbre, dans notre pays comme ailleurs? «C'est devenu un modèle culturel, explique-t-il, et ces choses résistent au changement.» Au bout d'un certain nombre d'hivers perturbés par le Covid-19, dont on rappelle qu'il n'est pas une simple «grippette» (vous vous souvenez d'Agnès Buzyn?), le besoin de bouleverser le calendrier finira peut-être par s'imposer néanmoins.

Newsletters

La revanche des dragons

La revanche des dragons

Si vous aviez dit à un joueur de Dungeons & Dragons de 1980 que son loisir préféré deviendrait un jour le comble du cool dans la pop culture, il vous aurait probablement regardé avec de grands yeux. Et pourtant, ces dernières années, le premier jeu de rôle de l’histoire s’est imposé comme un des piliers de la pop culture.

Les animaux de compagnie impactent fortement le développement des enfants

Les animaux de compagnie impactent fortement le développement des enfants

Plusieurs études suggèrent que vivre avec un animal influence la santé physique, les compétences sociales et même le développement cognitif des plus jeunes.

Un bébé qui vous fixe vous juge-t-il?

Un bébé qui vous fixe vous juge-t-il?

Ce ne serait pas étonnant: le sens moral se développe dès les premiers mois de la vie.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio