Sciences

Sexe dans l'espace: les agences rechignent à se pencher sur le sujet

Temps de lecture : 3 min

Du côté de la Nasa comme chez SpaceX ou Blue Origin, on se cache les yeux comme si le sujet n'existait pas.

La question du sexe plaisir dans l'espace n'a quasiment jamais été abordée par les entreprises. | Peter bo via Unsplash
La question du sexe plaisir dans l'espace n'a quasiment jamais été abordée par les entreprises. | Peter bo via Unsplash

En 2021, raconte Mic, une équipe canadienne composée de cinq scientifiques a publié une tribune enjoignant les principales entreprises liées à la conquête spatiale à «embrasser une nouvelle discipline» d'études, considérée comme indispensable dans le cadre des projets d'installation de l'espèce humaine sur d'autres planètes. Un nom a même été donné à ce nouveau champ de recherche encore inexploré: la «sexologie spatiale», c'est-à-dire «l'étude scientifique de l'intimité et de la sexualité hors de la Terre».

«La science nous emmènera peut-être vers d'autres contrées, écrivent les auteurs et autrices de l'article, mais ce sont les relations humaines qui détermineront si une nouvelle civilisation basée sur le voyage dans l'espace est viable.» Il est vrai que jusqu'ici, si la psychologie des voyageurs spatiaux a déjà été abordée, les aspects liés à la vie intime et sexuelle ont souvent été sagement laissés de côté.

Maria Santaguida, psychologue à l'université de Concordia (Montréal) et co-autrice de l'article en question, tient à rappeler que son groupe n'est pas le premier à pointer du doigt cet impensé de la vie spatiale. Elle cite par exemple un article lié au sujet qui date de 1988. Même l'art a commencé à s'emparer de cette thématique en imaginant par exemple des dispositifs permettant à deux astronautes de pouvoir copuler malgré les problèmes liés à l'apesanteur, comme l'évoquait Wired.

En réalité, du côté des agences spatiales, le sujet continue à être assez tabou. Si la sexualité reproductive a parfois été évoquée, le sexe purement destiné au plaisir n'est généralement pas pris en compte. Ce que confirme un porte-parole de la NASA, qui affirme à Mic qu'«il serait inapproprié de faire des commentaires sur ce sujet». Les autres agences n'ont pas souhaité s'exprimer à ce propos.

Pour les observateurs, ce silence est lié au fait que le tourisme spatial n'est pas la priorité des agences comme la NASA, et que par conséquent il ne semble pas que le sexe dans l'espace constitue un thème essentiel. Comme les relations affectives ou sexuelles entre astronautes sont fortement déconseillées afin de ne mettre aucune mission en péril, il n'y a apparemment aucune raison d'explorer le sujet plus en profondeur.

Cette règle du «no zob in job» n'a d'ailleurs pas toujours été respectée, puisqu'en 1992, durant leur phase d'entraînement avec la NASA, les astronautes Mark C. Lee et Jan Davis ont eu un coup de cœur réciproque, qui s'est soldé par un mariage célébré en secret.

Tellement de questions

Il y aurait pourtant tant de questions à se poser, au-delà des interrogations (certes importantes) sur les effets des voyages spatiaux sur la physiologie et la fertilité des êtres humains. Si la reproduction animale en milieu spatiale a été étudiée, les humains sont encore et toujours laissés de côté. La façon de pratiquer le sexe en composant avec les contraintes liées à l'espace, ou encore la gestion des fluides, sont des questions passionnantes, qui non seulement éveillent la curiosité, mais qui en plus finiront un jour ou l'autre par devenir des préoccupations de premier ordre.

Les avancées sur le sujet pourraient bien venir des entreprises privées, qui souhaitent tout mettre en œuvre pour que le tourisme spatial soit aussi épanouissant que possible. Chez SpaceX (Elon Musk) ou Blue Origin (Jeff Bezos), on se pose probablement ces questions, estiment les spécialistes. Mais Musk a par exemple déjà fait savoir que les effets de l'espace sur les humains ne l'intéressaient guère, et qu'il était surtout soucieux de savoir comment pouvoir envoyer des hommes et des femmes sur Mars de façon fiable, rapide et peu coûteuse.

Il faudra donc attendre que les moyens de transport soient mis en place pour que les questions liées au séjour dans l'espace soient réellement étudiées. Autant dire que cela risque encore de prendre quelques décennies avant que la question du sexe spatial soit réellement prise au sérieux. Mais les sociétés se trouveront tôt ou tard au pied du mur, explique Dave Anctil, scientifique canadien qui a cosigné la tribune sus-citée.

Reste que la sexologie spatiale ne sera pas un domaine facile à explorer. Mettre en place des expériences solides et éthiques risque de relever de la gageure, comme l'expliquait National Geographic dès 2018. C'est justement pour cette raison qu'il faut prendre le problème à bras le corps dès maintenant, comme l'explique Simon Dubé, lui aussi co-auteur de l'article. La science sera très certainement capable de procéder à des études de qualité, à condition d'y mettre les moyens et de se laisser le temps nécessaire.

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