Santé

Covid-19: pendant l'accalmie, préparons l'avenir

Temps de lecture : 9 min

L'allègement progressif des mesures sanitaires laisse quasiment penser que la pandémie est derrière nous. Mais la prudence est de mise, et la réflexion sur la gestion des prochaines vagues éventuelles devrait être lancée dès maintenant.

Nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve, et un des scénarios possibles, le pire, serait l'émergence d'un nouveau variant. | Erin Cho via Unsplash
Nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve, et un des scénarios possibles, le pire, serait l'émergence d'un nouveau variant. | Erin Cho via Unsplash

Le 11 février dernier, le Danemark a annoncé qu'il envisageait de suspendre progressivement sa campagne de vaccination contre le Covid-19. Est-ce à dire que le gouvernement danois estime que la vaccination ne sert à rien ou ne sert plus à rien? Non. Il ne faut en effet pas se méprendre. Les vaccins contre le Covid sont toujours vus par Copenhague comme efficaces et utiles.

Seulement, avec 81,3% de la population entièrement vaccinée et au vu des courbes d'hospitalisation et de décès, les Danois estiment que la couverture vaccinale est suffisante à ce jour. Ils considèrent également que la quatrième dose n'est pas nécessaire pour les personnes âgées, et que les moins de 18 ans n'ont pas à faire de dose de rappel.

Reste que l'annonce du 11 février 2022, guidée par l'Autorité danoise de la santé et des médicaments, a tout de même de quoi surprendre. En effet, non seulement le Danemark n'est pas en tête des pays européens les plus vaccinés, mais surtout, il vient tout juste d'amorcer sa décrue épidémique, et les hospitalisations restent encore en hausse, même si le nombre de patients en réanimation a légèrement diminué. De plus, les décès sont à un niveau record dans le pays.

Mais la population danoise affiche depuis le début de la pandémie un haut niveau de confiance en son gouvernement, qui dit être serein quant à l'avenir. Difficile de prendre les autorités danoises pour des béni-oui-oui, pour des boute-feu ou des risque-tout. Elles affichent une performance sanitaire qui peut faire pâlir d'envie plus d'un gouvernement européen, avec une mortalité par Covid plus de trois fois inférieure à celle du Royaume-Uni, 2,7 fois inférieure à celle de la France, 2,2 fois inférieure à celle de la Suède voisine, et seulement plus élevée que celle de la Finlande et la Norvège.

Ainsi, quand le Danemark décide quelque chose en matière de santé publique et notamment dans la gestion de la pandémie, il est toujours intéressant de l'écouter, de l'observer et de l'analyser.

Le pouvoir danois estime explicitement qu'aujourd'hui, face à un Omicron relativement peu sévère dès lors qu'il y a une immunité cellulaire largement acquise et que le système de santé tient le choc, alors la vaccination de masse n'a, au moins pour un temps, plus sa place dans la lutte contre le Covid. Pas plus que les autres mesures sanitaires qui ont entièrement été levées depuis le 1er février dernier.

Sur les traces du Danemark?

Que penser? En sommes-nous là en France? Difficile à dire.

À l'heure où nous écrivons ces lignes, on assiste à un bel effondrement du nombre de nouvelles contaminations, ce qui est très favorable, même si les hospitalisations baissent plus lentement et que le nombre de décès reste assez stable et encore beaucoup trop élevé –nous y reviendrons plus loin.

Nous ne sommes pas si à la traîne concernant la vaccination, puisque 80,5% de la population est vaccinée –soit 94% de la population éligible. Ce chiffre nous fait nous poser la question: peut-on faire encore mieux pour ce qui est de la protection vaccinale?

Un des scénarios possibles, le pire, serait celui de l'émergence d'un nouveau variant qui échapperait totalement à l'immunité conférée par les vaccins actuels.

Peut-être, mais on peut sans doute se dire que la vaccination de masse, dans les centres, ne va pas tarder à atteindre ses limites. Il restera une fraction de réticents, voire d'opposants au vaccin, qu'il sera impossible de convaincre, même s'il ne faut pas arrêter les politiques destinées à approcher les populations les plus précaires et les plus éloignées du soin comme par exemple les migrants, les sans-papiers, les travailleuses du sexe, etc.

Mais n'anticipons pas, car aucune décision n'est encore annoncée en France à propos du devenir à court terme des centres de vaccination. Les commandes et livraisons de vaccins marquent certes un peu le pas, mais ne tarissent pas.

En outre, nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve, et un des scénarios possibles, le pire, serait celui de l'émergence d'un nouveau variant qui échapperait totalement à l'immunité conférée par les vaccins actuels. Ce scénario nous ramènerait à la situation de 2020 et exigerait de compter sur de nouveaux vaccins, probablement un peu plus rapides encore à mettre au point, puis à une nouvelle campagne de vaccination.

Même si pour l'heure la situation épidémique s'améliore, il devient crucial que nos gouvernements ainsi que les laboratoires pharmaceutiques profitent de l'accalmie non pour tourner la page, mais pour anticiper et préparer une éventuelle nouvelle vague que tous se féliciteront de ne pas voir revenir. On entend parfois un discours qui laisserait penser qu'avec l'accalmie ce serait désormais à la population de se responsabiliser, qu'il y aurait un transfert de compétences de l'État vers le citoyen. Alors que c'est justement le contraire.

Tant que le virus circule à un haut niveau dans la population, on demande beaucoup à chacun pour se protéger et pour protéger les autres. Il est demandé à chaque individu d'appliquer les gestes barrières, de se vacciner, de s'isoler en cas de positivité ou de contact. On ne peut pas voyager librement, il faut effectuer des tests fréquemment. Nous ne pouvons pas combler les salles de spectacles ni les stades sportifs. Chacun doit présenter un laisser-passer pour aller boire un verre ou partager un repas au restaurant.

Aux pouvoirs publics de jouer

Bref, l'accalmie signifie pour le citoyen qu'on va enfin le laisser tranquille, qu'on ne lui demandera plus rien ou presque. C'est donc bien aux pouvoirs publics qu'il va incomber de dresser des premiers bilans, de tirer des leçons pour ne pas commettre les éventuelles erreurs passées, et d'améliorer les dispositifs de surveillance et d'anticipation.

En effet, nous avons largement passé la phase initiale de la sidération et de l'urgence, nous avons acquis des connaissances sur le virus et pris un certain recul sur ce qui marche ou non.

Que cela ne nous empêche pas d'œuvrer pour rendre les masques FFP2 plus accessibles, notamment pour les personnes les plus vulnérables ou exposées et leur entourage.

Le premier aspect sur lequel les pouvoirs publics auront à se pencher est la question de l'amélioration de la qualité de l'air intérieur. Il y a désormais un large consensus scientifique pour affirmer que le SARS-CoV-2 se transmet essentiellement par les aérosols contaminés de notre respiration en milieu clos et mal ventilé. En nous focalisant sur l'hygiène des mains et la désinfection des surfaces, on a gaspillé beaucoup d'attention, de ressource et d'énergie dans notre lutte contre le Covid.

On a perdu un temps précieux depuis deux ans de pandémie en omettant d'améliorer substantiellement la qualité de l'air intérieur avec pour objectif de viser une qualité la plus proche possible, sur le plan du risque microbiologique, de celle de l'air extérieur, où ne surviennent que moins de 10% des contaminations.

Nous ne prétendons pas que c'est un problème facile à résoudre. L'ensemble des constructions modernes repose aujourd'hui sur une parcimonie énergétique du bâti, qui peut être en contradiction avec la recherche d'une meilleure ventilation des espaces clos recevant du public. Ouvrir les fenêtres et renouveler l'air ne doit pas se penser aux dépens de la lutte contre le réchauffement climatique.

Il existe des procédés complémentaires de filtration et de purification de l'air. Tout cela doit se concevoir et se décider avec des spécialistes, des aérosols, des ingénieurs et des architectes. Mais il manque des normes contraignantes nous garantissant, lorsque nous allons au restaurant, au bar, au travail, à l'école, à la maison ou dans les transports publics, que nous respirons un air qui minimise les risques de contaminations microbiennes par voie aérosol. Que cela ne nous empêche pas d'œuvrer pour rendre les masques FFP2 plus accessibles, notamment pour les personnes les plus vulnérables ou exposées et leur entourage.

Surveillance

Ces masques, nous pourrons envisager de les retirer lorsque les indicateurs repasseront au vert, c'est-à-dire au-dessous d'une incidence de 50 pour 100.000, à la condition de les recommander à nouveau si l'incidence revenait à repasser au-dessus du seuil.

Un autre progrès auquel on peut s'atteler pendant une accalmie serait de revisiter en profondeur la surveillance épidémiologique. Le changement de paradigme que nous proposons d'envisager serait de commencer par se poser la question de l'utilité et l'intérêt des tests. Nous en voyons trois.

La première raison d'effectuer un test est de pouvoir faire bénéficier de traitements précoces une personne à risque chez qui la positivité du test est parfois une sentence de mort. Il s'agit des personnes vaccinées mais immunodéprimées, des personnes très âgées immunosénescentes, et des personnes non vaccinées mais atteintes de comorbidités.

Si on veut disposer d'estimations plus précises d'un phénomène de grande ampleur, il n'y a qu'à mettre en place des sondages représentatifs de la population.

La deuxième raison est d'armer le diagnostic médical en cas de suspicion d'infection chez une personne sans facteurs de risque. En cas de symptômes ou de contact à risque, nous avions l'habitude jusqu'à présent de faire des tests PCR. Nous recommanderions ici d'effectuer un autotest, et en cas de positivité sur une forme clinique bénigne rapidement résolutive, de procéder à un isolement pendant cinq jours. Le médecin, sur prescription, doit bien sûr toujours pouvoir demander un PCR pour son patient, mais il ne serait plus systématique.

La troisième raison enfin est de nourrir la veille sanitaire. Nous avons pris l'habitude de voir s'égrener chaque soir les chiffres de Santé publique France repris sur les réseaux sociaux et dans la presse. Le problème est que ces chiffres sont extrêmement imprécis, de l'aveu même des autorités de santé et des experts.

Ainsi, les Centers for Disease Control and Prevention nord-américains ont déclaré qu'il y avait un facteur de 1 à 4 d'imprécision sur les chiffres rapportés à la veille sanitaire. Donc, appliqué à la France, quand on nous rapporte 400.000 cas dans les vingt-quatre dernières heures, peut-être y a-t-il eu 1,6 millions de contaminations sur le territoire?

On imagine que les autorités aimeraient quand même avoir des chiffres plus précis pour piloter correctement la pandémie. Si on veut disposer d'estimations plus précises d'un phénomène de grande ampleur, il n'y a qu'à mettre en place des sondages représentatifs de la population, par exemple des échantillons de 1.000 personnes tirées au sort et qui seraient volontaires pour donner un peu de leur salive régulièrement, salive sur laquelle on ferait alors des tests PCR. Les Britanniques font quelque chose qui y ressemble. En plus, cela permettrait d'étudier aussi la grippe et d'autres virus respiratoires.

Plus jamais

Finalement et sans délai, nous pouvons désormais viser un objectif zéro mort du Covid que nous appelons d'un cri: «plus jamais ça». Il est effet devenu insupportable de savoir qu'il y a encore 200 à 300 morts en France quotidiennement à cause de ce virus. Certes il va falloir mettre tout en œuvre en matière de prévention (gain des derniers points de couverture vaccinale, amélioration de la qualité de l'air, usage des masques en lieux clos, recours aux anticorps monoclonaux en prophylaxie pour les personnes immunodéprimées).

Mais nous devons nous donner les moyens de traiter les personnes susceptibles d'être gravement malades du Covid, puisque nous disposons de l'arsenal thérapeutique nous permettant de le faire. Toutes les personnes éligibles pour ces traitements ont-elles pu recevoir à temps les antiviraux, les anticorps monoclonaux ou les médicaments anti-inflammatoires adaptés à leur situation? Nous devons nous poser la question de savoir si nous faisons vraiment tout ce qui est possible de faire pour éviter ces décès.

Il est impératif d'œuvrer, à l'instar des vaccins, pour une plus grande accessibilité des traitements en France et à travers le monde. Il convient aussi que les pouvoirs publics et les fabricants ne relâchent pas leurs efforts pour la recherche et le développement de vaccins et de médicaments plus efficaces, plus maniables et plus accessibles pour la prévention et le traitement des formes graves de Covid.

Nous entendons déjà les ricanements de ceux qui préfèreront baisser les bras, de ceux qui nous diront que zéro décès est une utopie contre-productive. Nous réfutons ces arguments. Nous pensons avoir besoin au contraire d'un objectif très ambitieux. Nous voudrions que chacune des morts que nous apprenons le soir sur nos écrans de smartphone soit évitable. Nous ne sommes pas de doux rêveurs.

Bien sûr, il y aura des personnes qui succomberont malgré l'admirable acharnement des personnels soignants à vouloir les sauver. Bien sûr, il y aura des larmes qui ne pourront sécher chez ceux qui se dépensent sans compter depuis le début de la pandémie: soignants, proches aidants, personnels des maisons de retraite, familles et amis. Ce que nous demandons, c'est que ne vienne pas s'y ajouter la colère de n'avoir pas pu disposer au moment opportun des médicaments efficaces indiqués parce qu'ils ne sont pas dans la pharmacie de l'hôpital, parce qu'ils seraient trop coûteux, ou parce qu'ils ne seraient pas encore disponibles.

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