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Pourquoi les ventes de voiturettes explosent

Bastien Bonnefous, mis à jour le 04.06.2010 à 11 h 46

Longtemps cantonnées aux campagnes, les «voiturettes» envahissent de plus en plus les centres-villes.

Fini les pots de yaourt ringards avec papys au volant qui provoquaient des bouchons sur les départementales. Place aux «Roadline» ou aux «Crossline» (le modèle type 4x4 !), des mini-voitures qui ont remplacé le design construction lego de leurs ancêtres par des courbes modernes et des équipements inattendus (vitres électriques, lecteur MP3, phares dernière génération...). Le tout pour s'afficher en ville, au point que le piéton distrait peut facilement confondre ces modèles d'Aixam, Microcar ou Ligier –principaux constructeurs de voitures sans permis en France– avec des citadines plus traditionnelles (Smart, Citroën C1, Austin Mini, Ford K...) qui ont popularisé les petits véhicules en centre villes.

Voiturette ou pétrolette, ces «quadricycles légers à moteur» –leur appellation officielle– gardent même le cap dans la tempête traversée par l'industrie automobile en ces temps de crise.  Avec 14.000 voitures sans permis produites chaque année en moyenne, le marché est certes bien loin de menacer les mini-citadines. Il n'empêche: les ventes se maintiennent à la campagne (environ 10% de hausse par an depuis trois ans) et désormais, non comptant de ressembler à des voitures «normales», elles investissent nos chaussées urbaines.

Une nouvelle clientèle: les jeunes

«Nous sommes passés d'une clientèle composée à 90% de retraités en zone rurale à 50% d'actifs urbains», explique Olivia Bicheron, responsable communication chez Aixam, le premier constructeur français et leader européen sur le marché. En dix ans, la firme d'Aix-les-Bains a doublé sa production et vu son image muter auprès de ses clients. Avant, la voiture sans permis était utile aux personnes âgées qui n'avaient pas le permis de conduire et qui vivaient seules ou isolées à la campagne. Aujourd'hui, ces véhicules sont de plus en plus recherchés par deux types de clients.

D'un côté, les jeunes urbains actifs qui n'ont jamais voulu ou pu passer le permis de conduire et qui ne se contentent plus des transports en commun dans les centres-villes. De l'autre, les adolescents entre 16 et 18 ans, qui n'ont pas encore l'âge de passer le permis, et dont leurs parents préfèrent les voir rouler en voiturette qu'en scooter.

Les contraintes techniques dictées par la législation qui encadre ces véhicules — limitation à deux places et 350 kilogrammes (à titre de comparaison, une Smart pèse 900 kg), bridage à 45 km/h et une puissance maximale de 4 kW — ont tendance à l'avantager pour une conduite en ville plutôt qu'à la campagne. Comble de l'ironie, ces voitures rejettent du coup un faible niveau de dioxyde de carbone (77,9 g de CO2 par km), ce qui permet aux marques de se positionner comme «voitures écolo».

Mais comme avec un scooter, impossible d'emprunter les voies rapides ou le périphérique. Depuis plusieurs années, les constructeurs tentent donc de faire évoluer ces normes européennes, pour permettre à leurs véhicules de rouler plus vite ou d'être plus lourds afin d'accueillir de nouveaux équipements comme la climatisation.

Concurrentes des scooters

«Aujourd'hui, nous sommes donc davantage des concurrents des fabricants de scooters que de grandes firmes automobiles», explique le responsable d'un garage du XIIe arrondissement de Paris spécialisé depuis dix ans dans la vente de voitures sans permis. «Les parents sont plus rassurés de voir leur enfant rouler dans ce type de véhicule que sur un scooter: il y a un habitacle, quatre roues, c'est plus confortable, on ne se mouille pas quand il pleut, on n'a pas froid l'hiver... », énumère le concessionnaire.

Résultat, toutes les marques ont fait évoluer leur gamme pour coller à cette nouvelle clientèle: modèles «City» ou «Premium», type cabriolet ou même mini-utilitaire, couleurs vives, intérieurs soignés, chromes... tout est bon pour plaire aux jeunes branchés. Sauf le prix: environ 10.000 euros, nettement plus élevé qu'un deux-roues. De quoi en faire une mobylette de riches? Les constructeurs justifient leurs tarifs par les coûts de fabrication de ces voitures produites en France et en petite quantité.

Mais l'engouement s'explique aussi par la crise du permis de conduire en France. Réformée en avril dernier, l'accession à la conduite est devenue depuis quelques années un véritable chemin de croix. Temps d'attente de plusieurs mois (entre 3 et 9 mois selon les auto-écoles), manque d'inspecteurs —et coût élevé— 1.200 euros en moyenne à condition de réussir l'examen du premier coup. A contrario, pour conduire une voiture sans permis, la marche à suivre est bien plus simple : si le conducteur est né avant le 1er janvier 1988, il peut prendre le volant sans condition. S'il est né après le 1er janvier 1988, il devra avoir 16 ans révolus et être titulaire du BSR option «quadricycle léger» (un examen théorique standard et une formation pratique de cinq heures sans examen).

Le gouvernement a donc décidé de revoir la copie pour rendre l'obtention du permis de conduire traditionnel plus rapide, moins chère et plus sûre. Il était temps: en 2009, selon le ministère de l'Intérieur, 79.764 automobilistes ont été verbalisés sans permis. Parmi eux, 27.944 étaient sous le coup d'un retrait et 51.820 ne l'avaient jamais passé. Sans compter ceux qui, pour l'instant, n'ont jamais été contrôlés.

Bastien Bonnefous

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Photo: Eriko Sugita/REUTERS

Bastien Bonnefous
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