France

Procès Kerviel-Messier: embouteillage de ténors

Bastien Bonnefous, mis à jour le 02.06.2010 à 14 h 58

Les procès de Jean-Marie Messier et Jérôme Kerviel s'ouvrent en juin à Paris. A chaque fois, on retrouve les mêmes grands noms du barreau.

En juin, le tribunal de grande instance de Paris va voir défiler ce qui se fait de mieux et de plus cher chez les robes noires françaises. Le planning des débats à la 11e chambre correctionnelle a même été spécialement organisé pour que ces ténors du barreau puissent être présents aux audiences des deux procès.

Le 2 juin débute en effet le procès de Jean-Marie Messier et six autres prévenus dans l'affaire Vivendi-Universal (VU). L'ancien PDG de la multinationale est soupçonné par la justice d'avoir caché des malversations dans les comptes de VU entre 2000 et 2002. Le 7 juin, c'est au tour de l'ancien trader de la Société générale, Jérôme Kerviel, de s'asseoir sur le banc des prévenus. La banque l'accuse d'être le seul responsable, à hauteur de 4,82 milliards d'euros, des pertes découvertes dans le groupe en janvier 2008.

Les deux procès doivent durer jusqu'à la fin du mois de juin. Mais les audiences à la 11e chambre auront lieu alternativement le lundi, mardi et mercredi après-midi pour le procès Kerviel; le mercredi matin, jeudi et vendredi après-midi pour le procès Messier. Un casse-tête d'agenda pour éviter tout télescopage chez les avocats.

Olivier Metzner pour Kerviel mais plus pour Messier

Jérôme Kerviel doit être défendu par Francis Tissot, mais aussi et surtout par Olivier Metzner. Le ténor l'a rejoint depuis un an en remplacement d'une autre pointure des prétoires, Eric Dupont-Moretti. A l'époque, c'était la troisième fois que l'ex-trader changeait d'avocat. A 60 ans, Me Metzner est considéré comme le n°1 actuel parmi les grands pénalistes. Rien que cette année, il a été de toutes les affaires qui comptent: il a défendu et obtenu une relaxe pour Dominique de Villepin dans le procès Clearstream, il conseille Continental Airlines dans le procès Concorde, il assiste également l'ancien dictateur panaméen Manuel Noriega, l'Ordre des médecins dans son différend avec le docteur Stéphane Delajoux, ou encore Françoise Bettencourt, la fille de Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France avec son empire L'Oréal... Ouf !

Dans les années 1980, ce fils d'agriculteurs normands est un des premiers avocats à être passé du monde des truands aux grands noms de l'establishment. Peu éloquent, il est réputé le champion du vice de procédure. Par le passé, cet amateur de havanes et de musique classique –grand connaisseur de Verdi– a défendu plusieurs partis politiques de tout bord, mais aussi la Scientologie, l'ancien PDG d'Elf Loïk Le Floch-Prigent, Jacques Crozemarie dans l'affaire de l'ARC, ou Bertrand Cantat lors du procès de Vilnius. Il est également l'avocat du groupe Bouygues.

Comble de l'ironie, Olivier Metzner devait être également l'avocat de Jean-Marie Messier, mais au dernier moment, l'homme d'affaire a préféré changer de conseil. Officiellement en raison de l'agenda surchargé de Me Metzner. Officieusement, Messier n'a peut-être pas eu très envie que son image soit brouillée par défenseur interposé avec celle de Jérôme Kerviel.

Pierre Haïk, de Pasqua à Messier

A la place, Jean-Marie Messier a donc fait appel à Pierre Haïk, autre habitué des procès sous haute pression médiatico-judiciaire. Comme son confrère Metzner, Me Haïk a lui aussi débuté avec les petits trafiquants, souvent avec son ami Thierry Herzog –aujourd'hui avocat de Nicolas Sarkozy– au point qu'à l'époque, les deux hommes étaient surnommés «les trois H » pour « Herzog, Haïk et héroïne». Peu à peu, cet ancien instituteur et psychologue –un parcours atypique dans le monde du droit– va devenir un nom incontournable dans les dossiers en col blanc. La rumeur l'a même longtemps désigné comme «avocat du RPR» et membre du «cabinet noir» chargé de déminer les affaires concernant Jacques Chirac lorsque celui-ci occupait l'Elysée.

Récemment, Pierre Haïk a défendu Charles Pasqua devant la Cour de justice de la République, ou Arcady Gaydamak, l'homme d'affaires franco-russe au centre du trafic de ventes d'armes à l'Angola, «l'Angolagate». Il est aussi l'avocat et l'ami de Laurent Gbagbo, le président de la Côte d'Ivoire. Par le passé, il a déjà croisé le fer avec Olivier Metzner lors du procès Elf quand il défendait Alfred Sirven.

Jean Veil sur tous les fronts

Mais Metzner et Haïk ne sont pas les seuls ténors de ces deux procès Messier-Kerviel. Outre Jean-Michel Darrois qui défend Vivendi-Universal en tant que partie civile –son cabinet d'affaires est le premier en France, au centre notamment de toutes les opérations boursières et financières (l'OPA de Nestlé sur Perrier, de Sanofi sur Aventis, de Total sur Elf, la fusion GDF-Suez, le rapprochement entre New York Stock Exchange et Euronext...)– l'autre grande robe noire de ces futures audiences reste Jean Veil.

Le fils de Simone Veil réussit le tour de force d'être présent dans les deux dossiers. Avocat de la Société Générale contre Jérôme Kerviel, il défend également Guillaume Hannezo, ancien directeur financier de Vivendi-Universal, co-prévenu de Jean-Marie Messier. Une charge de travail maximum pour cet habitué des gros dossiers. A la tête d'un des cabinets les plus influents de France, réclamé par plusieurs grandes entreprises et VIP, cet homme rond et discret a su se rendre indispensable dans tous les milieux d'affaires.

Jean Veil a été l'avocat de Dominique Strauss-Kahn dans l'affaire de la Mnef ou plus récemment au procès Clearstream. Il a défendu le Crédit Lyonnais dans le contentieux opposant la banque à Bernard Tapie. Il a également conseillé Elf, L'Oréal, Total, Publicis, BNP-Paribas... Il assiste enfin Jacques Chirac poursuivi dans plusieurs dossiers politico-financiers.

Désormais accaparés par les cols blancs, ces ténors n'ont guère plus de temps à consacrer aux petits truands. Un empêchement de fait qui ne déplaît par forcément à ces derniers. «On a perdu les voyous parce qu'ils se disent: vu ceux qu'il défend, si je le choisis, les juges vont penser que je suis un gros poisson. C'est pas bon pour moi, ça!», avait même expliqué en 2008 Pierre Haïk.

Bastien Bonnefous

Photo: Robe d'avocat, costume judiciaire / Justice.fr

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