Monde

Israël fait fi des affaires étrangères

Daniel Vernet, mis à jour le 02.06.2010 à 12 h 25

Netanyahou est arc-bouté à une politique sécuritaire dont il ne veut pas dévier. Et peu importe les (faibles) protestations internationales.

Un militant arrêté à bord d'un bateau pour Gaza sort de la prison d'Ella, Israël, le 2 juin 2010. REUTERS/Alberto Denkberg

Un militant arrêté à bord d'un bateau pour Gaza sort de la prison d'Ella, Israël, le 2 juin 2010. REUTERS/Alberto Denkberg

Plus encore que pendant la guerre du Liban ou celle de Gaza, où il pouvait compter sur la bienveillance des Etats-Unis présidés par George W. Bush, Israël se retrouve isolé après l'arraisonnement de bateaux  «humanitaires» en pleine mer le 31 mai.

Un bilan diplomatique dévastateur

Les protestations, les critiques de l'Etat juif, les condamnations de la Ligue arabe ne sortent pas de l'ordinaire du conflit proche-oriental. En revanche, les philippiques du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan devant le Parlement turc sont un peu plus inquiétantes pour Jérusalem qui a bien besoin d'un intermédiaire dans la région. Mais le gouvernement de Benjamin Netanyahou peut toujours penser qu'il en va de même pour la Turquie qui, si elle veut jouer un rôle de médiateur, ne peut pas se brouiller complètement avec lui.

L'indignation de l'Union européenne reste dans les limites de la politique déclamatoire de Bruxelles. Quant à l'administration Obama, elle a réussi à empêcher une condamnation d'Israël au Conseil de sécurité des Nations unies, au profit d'une résolution parfaitement indolore. S'il ne veut pas renoncer à tout moyen de pression sur le Premier ministre israélien, le président américain, quoi qu'il pense sur le fond, doit ménager les Israéliens. Il n'est pas sûr que Netanyahou lui en sache gré, car une des caractéristiques du gouvernement actuel à Jérusalem est qu'il ne semble accorder aucune attention à ce qu'on pense de lui à l'extérieur. Plus encore que ses prédécesseurs, il est arc-bouté à une politique sécuritaire dont il ne veut dévier à aucun prix. Le bilan diplomatique apparaît dévastateur à tout observateur honnête, mais les dirigeants israéliens n'en ont cure, sûrs de la pertinence de leur politique, voire de leur bon droit.

L'indifférence de Nétanyahou

Ce n'est pas la pression étrangère, de toutes les façons bien faible, qui les fera changer d'avis. Le blocus de Gaza leur apparaît comme la condition de la sécurité pour les agglomérations israéliennes qui se trouvent à portée des tirs du Hamas. L'argument de bon sens selon lequel cette attitude soude la population gazouie aux extrémistes au lieu de l'en éloigner, soit ne les convainc pas, soit les laisse indifférents.

L'opération maritime de ces derniers jours gênera le déroulement des pourparlers indirects que les Etats-Unis essaient de relancer entre Israël et l'Autorité palestinienne. Mahmoud Abbas est obligé de manifester d'une manière ou d'une autre son mécontentement afin de ne pas perdre toute crédibilité auprès de ses concitoyens. Mais là encore, il n'est pas sûr que Benjamin Netanyahou le regrette, qui n'a accepté ces pourparlers indirects que pour ne pas avoir l'air de dire non à toutes les propositions de Washington. Face à Barack Obama, il a marqué un point en se fichant comme d'une guigne des injonctions américaines de cesser la colonisation dans les territoires occupés et à Jérusalem-Est. Entre la référence rhétorique à l'Etat palestinien et un engagement sincère pour sa réalisation, il y a un pas que le chef du Likoud n'a pas franchi.

Pour autant, l'issue de la récente bataille navale n'a pas lieu de réjouir le gouvernement israélien. Même si celui-ci se pique de ne pas prêter trop d'attention à son image extérieure, agacer ses alliés n'est pas la meilleure manière de renforcer sa position. D'autre part, l'opération a de toute évidence été mal préparée et mal exécutée, ce qui après les déconvenues de la guerre du Liban puis de l'opération contre Gaza, jette une nouvelle fois le doute sur l'excellence de l'armée israélienne et la compétence de ses chefs.

Une remise en cause intérieure?

Si les Israéliens sont habitués à se ranger derrière leurs dirigeants quand la patrie semble en danger, ils n'en sont pas moins les critiques les plus acerbes de leurs erreurs. Rares sont encore ceux qui mettent en cause le bien-fondé de l'opération anti-flottille «humanitaire» mais déjà la presse s'interroge sur les modalités de l'intervention. Il est probable que bientôt son principe même sera contesté. Les Israéliens qui refusent l'obsession sécuritaire sont peu nombreux. Les tragiques expériences de ces dernières années ont décimé leurs rangs. Ils n'ont pourtant pas tous déserté et avec l'appui des amis de l'Etat d'Israël, de son existence et de sa sécurité, à l'étranger, y compris aux Etats-Unis, ils peuvent saisir la chance que leur donne encore la démocratie israélienne.

Daniel Vernet

Photo: Un militant arrêté à bord d'un bateau pour Gaza sort de la prison d'Ella, Israël, le 2 juin 2010. REUTERS/Alberto Denkberg

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Daniel Vernet
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Journaliste
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