Politique

Les promesses de Jean-Luc Mélenchon sur l'énergie sont-elles réalisables?

Temps de lecture : 5 min

​​​​​​​Nationalisation d'EDF, isolation des passoires thermiques et approvisionnement à 100% en énergies renouvelables d'ici à 2045: Jean-Luc Mélenchon a déployé un programme énergétique ambitieux. Et sérieux? Focus sur trois des mesures annoncées.

Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France Insoumise (LFI) pour l'élection présidentielle 2022, souhaite sortir du nucléaire et passer à un approvisionnement à 100% en énergies renouvelables. | Sébastien Bozon / AFP
Jean-Luc Mélenchon, le candidat de La France Insoumise (LFI) pour l'élection présidentielle 2022, souhaite sortir du nucléaire et passer à un approvisionnement à 100% en énergies renouvelables. | Sébastien Bozon / AFP

Avec lui, l'atome, c'est fini. Le constat posé par le livre-programme L'Avenir en commun de Jean-Luc Mélenchon semble sans appel: «Le nucléaire n'est plus une solution d'avenir. Une bifurcation de notre modèle énergétique s'impose.» Pour l'Insoumis, cette transition ne peut se passer que par le désinvestissement massif des énergies fossiles et fissiles, au profit des renouvelables.

Dans le cas d'une victoire aux élections présidentielles, la sortie complète du nucléaire sera fixée à 2045. Soit le scénario le plus ambitieux des six présentés à l'automne 2021 par RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité français, dans son rapport sur les «Futurs énergétiques 2050». D'autant que le bouquet énergétique de la France se compose à 40% de nucléaire, 28% de pétrole, 16% de gaz naturel, et seulement 14% d'énergies renouvelables.

La mer à l'horizon

Pour compenser l'énergie de l'atome, Jean-Luc Mélenchon a tourné son regard vers la mer. La France y dispose d'une surface maritime de 11 millions de kilomètres carrés. Autant d'espaces où développer les filières d'énergies marines serait possible: hydroliennes, éolien en mer, centrales houlomotrices [l'énergie des vagues, ndlr], installations maréthermiques…

Pour Alexis Monteil-Gutel, responsable de projet Énergies renouvelables chez CLER, le réseau pour la transition énergétique, le pari est prometteur: «La France est l'un des rares pays à bénéficier d'un fort potentiel de développement dans les différentes énergies renouvelables marines. Si aucun projet de parc n'est en cours d'utilisation, ils sont déjà un début de réalité industrielle, en particulier au Havre où 1.000 personnes ont déjà été embauchées.»

Une perspective qu'appuie le rapport RTE: «Cette technologie a connu une baisse rapide des coûts d'installation au cours des dernières années, ce qui en fait désormais une des filières les plus prometteuses pour la production d'électricité bas-carbone à long terme.» Au point de combler les besoins français? Le responsable du transport d'électricité se montre pondéré. Selon ses calculs, «une hypothèse prudente correspondant à une capacité comprise entre 0 et 3 GW d'énergies marines en 2050, avec de premières installations mises en service à partir des années 2030.»

Pour parvenir à ses fins, Jean-Luc Mélenchon devra donc également réussir à développer un nombre considérable d'énergies renouvelables terrestres. «L'enjeu est moins d'un caractère réaliste que d'une planification et d'un redéploiement industriel, pointe Alexis Monteil-Gutel. On bénéficie aujourd'hui de l'avance prise par d'autres pays pour développer une industrie des énergies renouvelables qui soit compétitive.»

Nationaliser EDF: bon plan économique, mais pas diplomatique

Visant à regagner en «souveraineté» sur le secteur des énergies, Jean-Luc Mélenchon souhaite stopper la libéralisation du marché de l'électricité et du gaz, et renationaliser les pôles de production d'EDF et d'Engie. Son ambition: garantir une production d'électricité fiable et peu onéreuse. Une promesse qui peut faire mouche à l'heure où la facture d'électricité se creuse et où le marché de l'énergie déraille.

D'autant qu'EDF vacille: les arrêts de tranche s'accumulent par défaut de compétence technique. Le projet d'EPR de Flamanville a pris 11 ans et 12,7 milliards d'euros de retard. Dernier traumatisme en date: l'exécutif a forcé l'énergéticien à plafonner à 4% la hausse des tarifs réglementés de l'électricité en février, là où ils auraient dû atteindre 35% sur la facture des Français. Pour y parvenir, EDF doit revendre à ses concurrents une part de son électricité à prix cassé, pour des pertes estimées entre 7,8 et 8,4 milliards d'euros.

Sur le flanc des finances, une renationalisation pourrait s'avérer rentable à long terme pour l'État, qui possède aujourd'hui 83,9% du groupe. Récupérer les parts restantes coûterait cinq ou six milliards d'euros. Un investissement qui pourrait être contrebalancé par les bénéfices futurs. Jusqu'à peu, l'exécutif récoltait 3 à 4 milliards de dividendes sur les bénéfices du groupe. Mais se réapproprier EDF pourrait froisser la Commission européenne, qui demande le démantèlement de l'opérateur historique pour aboutir à une concurrence équitable sur le marché de l'électricité.

700.000 rénovations de logements par an

Pour atteindre la neutralité carbone et réduire la facture d'électricité, le député des Bouches-du-Rhône mise aussi sur la rénovation des passoires thermiques. Il faut dire qu'avec 44% de l'énergie consommée chaque année en France, et l'émission de 123 millions de tonnes de CO2, le secteur est particulièrement gourmand. Pour résorber les 5,6 millions de foyers mal isolés, principalement habités par des familles modestes, l'Insoumis fixe le cap à 700.000 rénovations de logement par an. Il promet «de privilégier les rénovations complètes», «[d']interdire réellement les locations de passoires thermiques», de «renforcer les programmes de détection des passoires thermiques» et de «cibler les aides à la rénovation en fonction du revenu des ménages».

«Jean-Luc Mélenchon ne loupe pas les marches: il s'aligne sur 2050, se projette sur le contrôle, ce qui est un élément défaillant aujourd'hui et laisse la porte ouverte à beaucoup d'excès sur le sous-marché de la rénovation énergétique, observe Danyel Dubreuil, coordinateur de l'initiative «Rénovons!» chez CLER. Il ne loupe pas non plus la cible socialement pour que les ménages précaires puissent accéder à des interventions de qualité, sans mettre des sommes qu'ils n'ont pas.»

Les bénéfices d'une telle opération ne sont pas négligeables. Une rénovation efficace des passoires thermiques permettrait, selon les estimations de Rénovons!, d'alléger de 10,8 milliards d'euros la facture énergétique des Français. Soit 1.100 euros par ménage et par an. Sans compter les bénéfices pour le système de santé, qui se verrait épargner les soins respiratoires, dermatologiques et psychologiques provoqués par la vie dans un logis précaire. Le développement du secteur pourrait même aboutir à «100.000 emplois en 10 ans, dont 35.000 qui resteront pérennes à la fin du plan de restauration», assure Danyel Dubreuil.

Reste à orienter efficacement les propriétaires qui font face aux difficultés techniques pour jauger les solutions qui leur sont appropriées, et au millefeuille de financement, dont les dénominations changent régulièrement. Si le candidat de La France insoumise propose de mettre en place un «guichet unique» dédié aux propriétaires, les mesures de clarification restent à développer. «Le secteur politique de la rénovation déstabilise énormément les acteurs, qui n'ont pas de permanence sur les systèmes d'aides, pointe Danyel Dubreuil. Il y a un effort de rationalisation et de lisibilité à faire. [Jean-Luc Mélenchon] s'intéresse beaucoup aux outils, mais pas forcément au pilotage et la clarté de ce pilotage pour les acteurs

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Pour financer ce changement de braquet, le député de Marseille prévoit «un plan massif de 200 milliards d'euros d'investissements écologiquement et socialement utiles», sans préciser finement le détail de ces investissements. Pour l'abonder, il promet «d'annuler les cadeaux fiscaux accordés sans contrepartie aux plus grandes entreprises», et «[d']utiliser cet argent pour investir et rétablir des pôles publics dans l'énergie, les transports et la santé».

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