Monde

Attaque de la flottillle pour Gaza: qu'en dit la presse israélienne?

Slate.fr, mis à jour le 02.06.2010 à 1 h 33

L'ensemble des journaux israéliens s'accordent pour considérer l'opération du commando de Tsahal de lundi comme un échec. Du Yediot Aharonot qui titrait «PIÈGE» en lettres rouges à Maariv qui demandait «À qui la faute?», l'unanimité est de mise. Mais de fortes nuances se dégagent quant au bienfondé même de l'assaut contre la «flottille». Quand certains éditorialistes dénoncent la violence de l'armée, d'autres accusent le Hamas et ses partisans d'avoir tendu un piège.

Gideon Levy du journal Ha'aretz (gauche) décrit le raid comme une «opération mini-Plomb Durci». L'éditorialiste du quotidien israélien dresse en effet une comparaison avec l'intervention israélienne à Gaza fin 2008. Pour lui, les deux actions ont été préparées et menées de la même manière. Pour Levy, les conséquences médiatiques et diplomatiques seront tout aussi désastreuses pour Israël aujourd'hui qu'il y a un an et demi.

Si Plomb Durci était un tournant dans l'attitude du monde à notre égard, cette opération est le second film d'horreur d'une série apparemment en cours. Israël a prouvé hier qu'elle n'avait rien retenu du premier film.

Et en guise de conclusion, il ajoute:

Une fois de plus hier, et ce n'est pas la première fois, Israël a semblé s'écarter du vaisseau-mère et perdre contact avec le monde –qui n'accepte pas ses agissements et ne comprend pas ses motivations.

Dans le même quotidien, Ari Shavit parle d'un «fiasco en pleine mer». Il s'en prend à la médiocrité des dirigeants (une ritournelle de la presse israélienne). Il cible trois hommes en particulier: Benjamin Netanyahu, le Premier ministre, Ehud Barak, le ministre de la Défense et Moshe Ya'alon, le ministre chargé des questions stratégiques.

Pendant la guerre du Liban en 2006, j'avais écrit que ma fille de 15 ans l'aurait conduite de façon plus judicieuse que le gouvernement Olmert-Peretz. Nous avons progressé. Aujourd'hui, il est clair que mon fils de 6 ans aurait fait bien mieux que le gouvernement actuel.

Et le chroniqueur de s'interroger:

Qui est à la barre de l'Etat et vers quelle catastrophe les capitaines de ce navire d'imbéciles nous entraînent?

Ze'ev Segal réclame quant à lui la mise en place d'une commission judiciaire pour enquêter sur le raid et son déroulement.

Seule une telle commission, et la publication de la majorité de son rapport, pourraient gagner la confiance israélienne et internationale et empêcher que des conclusions hâtives condamnent Israël, avant que toute information pertinente soit examinée.

Dans le Yediot Aharonot (tabloïd généraliste), le journaliste Yoaz Hendel souhaite en revanche qu'Israël cesse de s'excuser. Qu'il y ait des morts est certes déplorable, mais la réaction israélienne est celle d'un pays démocratique dont la souveraineté territoriale a été menacée.

Tant que l'Etat d'Israel n'aura pas abandonné ses efforts pour limiter le ravitaillement militaire de Gaza, tant que nous ne transigerons pas sur le droit des habitants du Sud [d'Israël, dans la région de Sdérot, à côté de Gaza] à vivre en paix et tant que nous ne voudrons pas que des roquettes tombent sur Tel-Aviv, il n'y a pas d'autre choix que de contrôler tout ce qui entre dans la bande de Gaza.

Pour Hendel, l'action humanitaire est une provocation et une menace potentielle. L'image d'Israël n'en ressort pas grandie, mais la vie de ses habitants n'est pas mise en péril.

L'image désastreuse du pays préoccupe néanmoins un autre éditorialiste du journal, Roni Sofer. Ce dernier s'émeut que «pendant de longues heures, les sévères accusations contre la violence d'Israël, accompagnées de manifestations enflammées en Turquie et de très dures condamnations de par le monde, soient restées sans réponse israélienne.»

Pour le Jerusalem Post (un quotidien anglophone plutôt marqué à droite), l'affaire a été montée de toutes pièces par le Hamas et  ses partisans. Zvi Mazel revient ainsi sur les propositions israéliennes de débarquement dans le port d'Ashdod, toutes rejetées par l'équipage. Malgré les multiples avertissements du gouvernement Netanyahu, les «soi-disants» humanitaires ont persisté. Dès lors, l'intervention militaire, aussi musclée fut-elle, était légitime.

Israël avait le droit d'arrêter la flottille selon le droit international. On peut aussi se demander où étaient toutes les organisations pacifistes et leurs militants pendant les huit ans où le Hamas a inondé le sud de milliers de roquettes. Où étaient-ils quand Shalit a été capturé? Où étaient-ils quand le Hamas s'est emparé de la bande de Gaza dans un coup d'Etat sanglant? Ont-ils protesté contre les massacres qui avaient lieu?

Face à la réprobation internationale prévisible, Israël doit gérer son isolement. Le journaliste invoque le livre des Nombres (23:9): «Voici, c'est un peuple qui habitera seul, et il ne sera pas compté parmi les nations.»

David Horovitz regrette lui qu'Israël ne se soit pas mieux préparé. Il aurait notamment souhaité que soient mises à profit «six décennies de relations diplomatiques avec la Turquie –dont le gouvernement finance majoritairement cette flottille, et dont plusieurs ressortissants font partie des victimes». Pour l'éditorialiste, il s'agit désormais d'une course contre le temps pour limiter les dégâts.

Gil Hoffman enfin craint des temps difficiles à venir:

Les victimes sont claires: l'image fragile d'Israël et le peuple palestinien à Gaza qui, une fois de plus a été utilisé par ses prétendus amis, mais absolument pas aidé.

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Photo: The beginning of the beginning / dov via Flickr CC License by

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