Monde

La «Flottille de la paix» est-elle vraiment un convoi humanitaire?

Solène Cordier, mis à jour le 02.06.2010 à 12 h 26

Ou un convoi de «militants»?

«Israël attaque un convoi humanitaire turc», «Dix-neuf morts après l'assaut de la flottille d'aide humanitaire». Le bilan de l'intervention armée israélienne au large de Gaza est encore incertain: on évoque entre dix et dix-neuf morts selon les sources. Et l'adjectif «humanitaire» est systématiquement utilisé pour décrire le convoi des six bateaux partis de Chypre dimanche après-midi avec l'objectif de rompre le blocus de Gaza, en vigueur depuis juin 2007.

Compte tenu de la gravité de l'attaque, l'étude de la sémantique peut sembler secondaire. Elle a pourtant son importance. Les ONG «opérationnelles» jointes par Youphil n'ont pour l'heure aucune position officielle. A titre individuel, des humanitaires contestent cependant l'usage du qualificatif «humanitaire». Pour eux, l'opération au dénouement tragique sur le Mavi Marmara est avant tout une action militante.

A bord des navires attaqués, environ 10.000 tonnes d'aide humanitaire, dont de la nourriture, des vêtements, des maisons préfabriquées, des aires de jeux pour enfants, des fournitures scolaires...  et des centaines de militants pro-palestiniens de 17 pays, plus ou moins liés au mouvement Free Gaza, qui se définit sur son site comme un réseau d'«observateurs des droits humains, travailleurs humanitaires et journalistes». De quoi alimenter la confusion.

Un débat évidemment politique

Pour Caroline Abu-Sada, chercheuse spécialiste des Territoires palestiniens occupés, il faut établir une distinction entre le travail des humanitaires sur la bande de Gaza et l'objectif des militants à bord de ces navires. Lorsque «le Premier ministre danois utilise le terme de "militants humanitaires civils", inconnu jusqu'alors», les ONG gagneraient à se positionner, souligne-t-elle.

Au-delà du seul aspect sémantique, la confusion entretenue par plusieurs médias et personnalités politiques alimente un débat évidemment politique. D'ailleurs peut-on, aujourd'hui, prôner une levée du blocus de Gaza sans s'aventurer sur ce terrain? Les travailleurs humanitaires veulent y croire, assurant que leur travail dépend forcément de leur impartialité et de leur relative indépendance vis-à-vis de l'agenda politique.

Au contraire, Rony Brauman, ancien président de Médecins sans Frontières, estime que le contexte palestinien empêche d’établir une distinction claire entre les motivations des uns et des autres. «Le blocus de Gaza est à l’intersection de plusieurs intentions, humanitaires pour les uns, politiques ou religieuses pour d’autres», indique-t-il. Et d’ajouter qu’avec cette opération, «le monde est obligé de se confronter à la réalité du blocus».

Il semble nécessaire d'expliquer que les militants présents sur les navires étaient dans une démarche différente de celle des ONG palestiniennes et internationales qui, au quotidien, œuvrent pour faire entrer les 200 camions d'aide sur la Bande de Gaza et tenter de subvenir aux besoins sur place.

Ne pas confondre humanitaire et militantisme

D'un côté, des centaines de militants sur un navire, qui veulent alerter l'opinion publique mondiale sur les conséquences désastreuses du blocus pour les populations civiles, de l'autre, des centaines d'humanitaires qui travaillent aux côtés des Gazaouis. Des rôles différents, même si évidemment, ces deux mondes sont parfois perméables.

Nul doute que la médiatisation qui a suivi l'attaque du convoi - bien plus importante, comme le relève Caroline Abu-Sada, que celle qui a suivi l'attaque du 27 décembre 2008, qui signait le début de la guerre de Gaza — aura un impact sur le travail des humanitaires sur place et surtout sur les Gazouis.

Solène Cordier

Cet article a été précédemment publié sur Youphil

Photo: Le Mavi Marmara, à son départ d'Istanbul, le 22 mai 2010. REUTERS/Emrah Dalkaya

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