Louise Bourgeois: la sculpture de la révolte

Elle a puisé dans son histoire personnelle pour mener un combat artistique et féministe.

L'artiste Louise Bourgois dont les sculptures exploraient les relations tumultueuses entre femmes et hommes, est décédée lundi 31 mai à New York. Elle avait 98 ans. Sa très longue carrière lui a permis de devenir au cours des dernières années une figure emblématique et un mythe notamment auprès d'une nouvelle génération d'artistes féminines.

Rarement un travail d'artiste n'a été aussi marqué par une histoire personnelle. Louise Bourgeois revendiquait l'origine de son travail dans son enfance et son adolescence, dans son désir de régler des comptes avec la figure d'un père détestée et de transcender celle d'une mère adorée. Sa première installation en 1974 Destruction du Père est un retour sur cette vie familiale ou sa mère, son frère et sa sœur sont représentés autour d'une table soumis à la tyrannie du père, qui finira sous la table dévoré par la fratrie. Une violence extrême pour exprimer le malaise qui la hantait depuis son enfance: les trahisons extraconjugales de son père, notamment avec une préceptrice anglaise.

Née en France, à Paris le 25 décembre 1911, Louise Bourgois avait des parents restaurateurs de tapisseries anciennes. Si elle avouait s'y être intéressée dès son jeune âge, elle reconnaissait aussi que cela n'avait absolument pas influencé sa future carrière artistique.

Apres un court passage à la Sorbonne, elle choisit l'école du Louvre puis des Beaux Art, suivant parallèlement l'enseignement de l'atelier Fernand Léger. En 1938, elle épouse l'historien d'art américain, Robert Goldwater, spécialiste des  arts premiers. Elle émigre à New York. Elle ne quittera plus cette métropole prenant en 1955 la citoyenneté américaine.

Même si sa première exposition de peinture a lieu dans une galerie dès 1945, ce n'est qu'au milieu des années 70, qu'elle accède à une certaine notoriété, comme sculpteur. Travaillant dès l'origine sur une très grande diversité de matières: bois, métal, latex, marbre ou bronze. Ses premières sculptures, des totems, définissent déjà ses thèmes de prédilections l'homme, la femme, explorant la sexualité, les relations de corps empreints toujours d'émotions violentes comme la haine ou la jalousie allant parfois jusqu'à la mort.

Son travail est dès l'origine influencé par les surréalistes beaucoup d'entre eux ayant émigré à New York dans les années 1940, par l'art primitif et le travail des sculpteurs Alberto Giacometti et Constantin Brancusi, mais surtout par les expressionnistes abstrait américains Pollock, Rothko ou de Kooning. Une diversité d'influences qui ont rendues finalement Louise Bourgeois libre de toute école ou mouvement artistique.

Profondément féministe, elle qui clamait que son prénom avait été choisi par sa mère en hommage à Louise Michel, la figure de proue de la Commune de Paris, participera activement dans les années 60 aux mouvements de libération de la femme arborant fièrement des badges féministes.

Pourtant, elle refusait de voir en son art un quelconque esthétisme féministe. «Mon travail s'apparente à des questions qui transcendent les genres. La jalousie n'est ni masculine ni féminine.»  La représentation féminine, symbolisée par exemple par l'araignée géante comme celle de 2001 «Maman» au Rockefeller Center, créant son nid et nourrissant ses enfants, est somme toute une représentation plutôt banale voire conformiste du rôle de la femme, mère nourricière et protectrice, défendant son nid.

La reconnaissance sera venue sur le tard, elle avait plus de 70 ans en 1982 lorsque le MoMA lui offre sa première rétrospective. Il s'agit alors d'une grande première: la consécration d'une artiste féminine. Sa première rétrospective européenne a lieu en Allemagne en 1989. Elle était aussi la première artiste contemporaine à avoir été exposée de son vivant au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, en 2002. Une exposition consacrée à ses dessins sur tissus réalisés entre 2002 et 2008 doit s'ouvrir à Venise, le 5 juin.

A 98 ans, elle continuait à travailler non plus sur le toit de sa petite maison située à Manhattan dans le quartier de Chelsea mais dans son atelier à Brooklyn. Elle perpétuait aussi un salon le dimanche invitant artistes jeunes et moins jeunes à venir confronter leurs idées. Accueillant chacun avec gentillesse et avec un accent franglais inimitable.

Anne de Coninck

LIRE EGALEMENT: Obama est une icône pop.

Image de Une: Une araignée de Louise Bourgeois devant la Tate Modern à Londres Kieran Doherty / Reuters

 

 


Devenez fan sur , suivez-nous sur
 
L'AUTEUR
Anne de Coninck travaille à New York notamment pour "Connaissance des Arts" et Slate.fr. Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
D'autres ont aimé »
Publié le 01/06/2010
Mis à jour le 02/06/2010 à 6h53
0 réaction