Sciences

Les animaux comprennent-ils la mort?

Temps de lecture : 2 min

Des scientifiques répondent à la question qui hante les philosophes depuis des millénaires.

Après une mort, les chimpanzés nettoient le corps du défunt. | Julie Ricard via Unsplash
Après une mort, les chimpanzés nettoient le corps du défunt. | Julie Ricard via Unsplash

En 2018, dans la réserve forestière de Budongo en Ouganda, un bébé chimpanzé albinos est né. C'était le premier à avoir été observé à l'état sauvage. Fourrure blanche, peau pâle, il avait tout ce qu'il faut pour effrayer ses confrères, qui l'ont pris pour un animal dangereux et inconnu. Le groupe ne tarda pas à pousser des cris d'alarme et le 19 juillet, il tua le chimpanzé albinos.

Susana Monsó, philosophe à l'Université nationale d'Éducation à distance de Madrid, se souvient de ce qu'elle qualifie d'«incident tragique» et a plus particulièrement en mémoire le comportement des autres chimpanzés face à la mort du nouveau-né. Apeurés lorsqu'il était en vie, les primates ont changé d'attitude lorsque le bébé ne respirait plus. Tous se sont approchés, l'ont analysé et sont même allés jusqu'à lui toiletter le dos.

Après cet événement, Susana Monsó était sûre d'une chose: les animaux ne comprennent pas tous la mort, mais ils savent que lorsqu'un individu est mort, «il ne bouge plus et ne représente plus un danger».

Leurs propres rites funéraires

Toutes les espèces réagissent différemment à la mort; certaines semblent l'intégrer davantage que d'autres. Les éléphants font montre d'une forme de respect: après s'être ressourcés autour du défunt, ils le recouvrent de branchages.

Les chimpanzés sont probablement ceux qui ont le plus conscience de la mort, certainement en raison de leur évolution. Ils ont leurs propres rites funéraires, comme celui de nettoyer le corps. Ces pratiques ne se limitent pas aux espèces terrestres: dans l'océan, la mort est aussi bien intégrée chez certaines espèces. Les dauphins maintiennent parfois les cadavres à flot et, en 2011, une mère béluga avait surpris les scientifiques en portant son enfant mort pendant environ une semaine.

Au-delà des recherches, se posent des questions plus philosophiques que scientifiques: que signifient réellement ces rites? Les animaux comprennent-ils la mort ou agissent-ils de manière instinctive? Ressentent-ils une douleur lorsque l'un des leurs meurt?

Il est difficile pour le corps scientifique de répondre à ces questions sans faire de l'anthropomorphisme, c'est-à-dire calquer les comportements des animaux sur ceux des êtres humains. D'après les philosophes, seule l'espèce humaine est dotée de sentiments, les animaux fonctionnant par instinct. Mais montrer que ces derniers peuvent comprendre la mort, même si cela ne concerne que très peu d'espèces, remettrait la foi des philosophes en question.

Jusqu'en 2010, peu d'attention avait été accordée aux comportements animaliers autour de la mort. Le port d'un enfant décédé était par exemple considéré comme la preuve que l'animal était incapable de différencier un mort d'un vivant.

Au cours des quinze dernières années, diverses études sur la réaction des animaux à la mort ont fait émerger l'idée que ces comportements ne sont pas seulement des automatismes. Mais comprendre le concept de la mort et distinguer les morts des vivants sont deux choses différentes. Ainsi, les corbeaux se rassemblent et émettent des cris d'appel pour leurs morts, alors que les fourmis effectuent simplement des nécrophorèses, c'est-à-dire qu'elles retirent les mortes de leur nid.

Bien que des sortes de rites funéraires soient présents chez certaines espèces, «il n'y a aujourd'hui aucune preuve que des primates non humains soient conscients de la mortalité», assure la chercheuse Arianna de Marco.

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