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En Afghanistan, certains vendent leur rein pour se nourrir

Temps de lecture : 3 min

Les Afghans affamés vendent leurs organes et leurs filles pour tenter de survivre.

Une femme porte son enfant, dans les rues de Charikar, en Afghanistan, le 25 janvier 2022. | Wakil Kohsar / AFP
Une femme porte son enfant, dans les rues de Charikar, en Afghanistan, le 25 janvier 2022. | Wakil Kohsar / AFP

L'Afghanistan ne cesse de s'enfoncer dans l'horreur. Depuis le départ des États-Unis et la prise de Kaboul par les talibans le 15 août 2021, une crise économique et sociale sans pareille s'abat sur le pays. Plusieurs facteurs l'alimentent: l'effondrement du système économique qui était tenu à bout de bras par l'aide financière de l'Occident, les sanctions infligées par les États-Unis, la cessation de paiement des fonctionnaires, l'oppression de la moitié de la population par les nouveaux maîtres du pays qui ont réduit les femmes à n'être que des fantômes, condamnés à rester enfermés, et les privent des moyens de se nourrir et de subvenir aux besoins de leur famille, la sécheresse qui a forcé 3,5 millions de villageois à quitter leur terre pour tenter de survivre ailleurs, dans des bidonvilles où aucune opportunité de travail ne leur est offerte, et un hiver particulièrement rigoureux. En gros, plus rien ne fonctionne. Selon l'ONU, l'Afghanistan connaît «la pire crise humanitaire de son histoire contemporaine».

Certaines familles très pauvres se résolvent à vendre leurs fillettes pour récupérer un peu d'argent afin de se nourrir et de se chauffer. C'est le cas de Delaram Rahmati, quinquagénaire qui dit avoir été obligée de vendre deux de ses filles, âgées de six et huit ans, 100.000 afghanis, soit un peu moins de mille dollars chacune. Elle vit avec son mari malade et ses enfants dans une cabane de torchis couverte d'un toit en plastique, dans un bidonville de Hérat. Un de ses fils est paralysé, l'autre atteint d'une maladie mentale. Elle pourra (devra?) garder ses filles avec elle jusqu'à leur puberté, avant de les remettre à leurs nouvelles familles, qu'elle ne connaît pas.

«Un rein pas cher»

Ce phénomène de vente de fillettes n'est pas nouveau en Afghanistan, il avait cours avant la prise de pouvoir par les talibans. Mais à mesure que la crise économique s'aggrave, souligne le Guardian, les fillettes sont vendues de plus en plus jeunes faute de pouvoir être nourries. Delaram Rahmati ne s'est pas seulement résolue à se séparer de ses filles. Elle a également décidé de vendre un de ses reins pour acheter à manger et payer les dettes de la famille. Elle en a obtenu 1.300 dollars mais n'arrive pas à se remettre de l'opération et elle est désormais malade à son tour.

Cela fait un moment que le commerce clandestin de reins a pris son essor dans le pays, mais depuis l'avènement des talibans, les tarifs et les conditions de vente ont changé. Autrefois, un rein se négociait entre 3.500 et 4.000 dollars. Aujourd'hui, il en vaut 1.500. Loi de l'offre et de la demande: misère oblige, le nombre de vendeurs ne cesse d'augmenter.

Plus de la moitié des 40 millions d'Afghans sont confrontés à «des niveaux de faim extrême, et près de 9 millions d'entre eux courent le risque de subir la famine», rapporte le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies. Pour beaucoup d'entre eux, le seul moyen de se procurer de l'argent pour manger consiste à vendre un de leurs organes.

Salahuddin Taheri a 27 ans et quatre enfants qui se couchent le ventre vide au moins trois fois par semaine. «Ça fait des mois que nous n'avons pas mangé de riz. On a du mal à trouver du pain et du thé», déplore-t-il. Il cherche désespérément à vendre un de ses reins et a passé plusieurs jours à démarcher des hôpitaux privés à Hérat.

Officiellement, ces cinq dernières années, 250 transplantations de reins ont eu lieu dans la province de Hérat, mais le chiffre réel pourrait être très supérieur. «Ces derniers temps, le nombre de gens qui veulent vendre leur rein a augmenté à Hérat et beaucoup d'entre eux vivent dans des camps pour personnes déplacées, dans les bidonvilles. Les clients vont dans ces camps pour trouver un rein pas cher», explique un médecin hospitalier de Hérat.

Le trafic de reins afghans est un phénomène international: «Il y a une plus grande demande de reins hors d'Afghanistan. Des pays comme l'Iran ont besoin de reins, et les Afghans pauvres sont obligés de les vendre», raconte Sayed Ashraf Sadat, activiste d'Hérat chargé d'enquêter sur le trafic de ces organes en mai 2021 par le président afghan, Ashraf Ghani. «Un rein peut être acheté 300.000 afghani (2.900 dollars) en Afghanistan et revendu entre 10.000 et 18.000 dollars hors du pays», ajoute-t-il.

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Le jour de son opération, Delaram Rahmati était souffrante et les médecins ont refusé de l'opérer. «J'avais du mal à respirer, alors les docteurs m'ont chassée de mon lit d'hôpital, mais je suis revenue. Je leur ai dit “je veux bien mourir, mais je ne peux pas supporter de voir mes enfants affamés et malades”.»

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