Sciences

Les jeunes chimpanzés aussi apprennent à casser des noix

Temps de lecture : 2 min

Une nouvelle étude vient fragiliser encore un peu plus l'hypothèse voulant que seuls les humains seraient capables d'une «culture cumulative».

L'étude montre que le cassage des noix chez les chimpanzés ne relève pas d'une réinvention spontanée et successive, mais bien d'un apprentissage. | satya deep via Unsplash
L'étude montre que le cassage des noix chez les chimpanzés ne relève pas d'une réinvention spontanée et successive, mais bien d'un apprentissage. | satya deep via Unsplash

Des chimpanzés qui se collent un brin d'herbe sur l'oreille, des chants de baleines qui suivent des modes répandues plusieurs années durant au gré des migrations, des capucins qui se servent d'outils en pierre pour casser des noix et prennent exemple sur leurs congénères les plus habiles, des oiseaux qui s'égosillent en différents dialectes, des bonobos dont les habitudes de chasse sont indépendantes de l'écologie de leurs proies mais reflètent les goûts de leurs voisins, des mouches qui se refilent les meilleurs coins pour pondre, toute une ruche qui apprend une nouvelle technique alimentaire en regardant faire un seul bourdon... Il est courant de la croire spécifique à l'humain et pourtant, la culture –définie comme la persistance et la transmission de diverses traditions comportementales via un apprentissage social– s'observe chez bien d'autres espèces.

Une étude parue le 24 janvier dans la revue Nature Human Behaviour enfonce un nouveau clou dans l'appréhension de la culture complexe et cumulative comme un «propre de l'homme». Menée par des chercheurs de l'université de Zurich, dirigés par la primatologue Kathelijne Koops, elle montre en effet que le cassage des noix chez les chimpanzés ne relève pas d'une réinvention spontanée et successive, mais bien d'un apprentissage. Ce qui indique que ces hominoïdes sont, aussi, des êtres de culture et qu'elle est bien plus proche de la nôtre qu'on ne le pensait.

Au gré des générations

L'idée que seuls les humains seraient capables d'un apprentissage cumulatif authentique –grâce auquel, par exemple, ils n'ont pas à réinventer la roue ou le feu à chaque génération– relève de l'hypothèse dite de la «zone de solutions latentes». Selon cette théorie, les primates non-humains auraient, dans leur cerveau, une zone qui leur permettrait de faire usage sur le moment d'outils rudimentaires, comme des bâtons ou des pierres pour accéder à de la nourriture, sans pour autant être capables de transmettre ce comportement au gré des générations.

Dans leurs expériences menées à la fois sur des chimpanzés sauvages et en captivité dans la réserve naturelle du Mont Nimba, en Guinée, les scientifiques ont soumis les animaux à quatre tests. Dans la première étape, ils allaient recevoir des noix de palme entières et des pierres. Dans la seconde, uniquement des régimes de noix de palme. Dans la troisième, des noix de palme décortiquées et placées sur les pierres. Et, enfin, l'expérience se terminait avec d'autres types de noix, plus faciles à casser –des noisettes africaines, ou Coula edulis– associées à des pierres.

Ce que les chercheurs allaient observer grâce à des caméras cachées, c'est que les chimpanzés sauvages se rendaient aux endroits des expériences, manipulaient les noix et les pierres, sans pour autant casser de noix, et ce même après plus d'un an d'exposition. Au total, entre 2008 et 2011, 35 bandes de chimpanzés allaient fréquenter les lieux, et 11 examiner de près les potentiels outils laissés par l'équipe de Koops –qui remarque qu'un tel examen méticuleux est d'autant plus probable que le nombre de singes présents augmentait. Durant toute la durée de l'étude, seule une femelle chimpanzé a été observée en train de manger des noix de palme. Aucun autre primate n'a su casser de noix ou de noisettes.

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À l'inverse, chez les chimpanzés de la réserve de Bossou, à moins de dix kilomètres de là, et où le cassage de noix est monnaie courante, les animaux allaient vite capter l'astuce –avec des juvéniles regardant leurs aînés faire et acquérant ainsi la technique auprès d'eux. Selon Koops, ce phénomène atteste d'une «origine évolutionnaire commune» entre la culture des chimpanzés et la nôtre.

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