Culture

En Chine, le film «Fight Club» n'a pas du tout la même fin

Temps de lecture : 2 min

Le plan de Tyler Durden n'était pas franchement en phase avec l'idéologie du PCC.

Edward Norton et Brad Pitt incarnent les deux personnages principaux du film Fight Club. | Capture d'écran wright96d via Youtube
Edward Norton et Brad Pitt incarnent les deux personnages principaux du film Fight Club. | Capture d'écran wright96d via Youtube

En 1999, David Fincher sort un film qui deviendra incontournable. Si vous n'avez jamais vu Fight Club, attention spoiler. À la fin, le personnage principal, incarné par Edward Norton, tue sa double personnalité Tyler Durden, joué par Brad Pitt. Il regarde ensuite plusieurs bâtiments exploser, ce qui suggère que le plan anarchiste de Tyler Durden de faire tomber le consumérisme est en cours. Mais en Chine, cette fin a été effacée et le message anticapitaliste modifié au profit d'une victoire des forces de l'ordre et de la justice.

Dans la version du film qui vient d'arriver sur le site de streaming chinois Tencent Video, la scène de l'explosion a été supprimée. À la place, un message précise aux téléspectateurs que l'État a réussi à faire échouer le plan de Tyler Durden de destruction du monde. «Grâce à l'indice fourni par Tyler, la police a rapidement compris tout le plan et arrêté tous les criminels, empêchant la bombe d'exploser», indique la légende. Puis il est précisé que le personnage a été envoyé dans un asile psychiatrique pour recevoir des traitements, avant d'en sortir en 2012.

La critique fuse en Chine

La Chine dispose d'un système de censure rigoureux destiné à garantir que tous les programmes télévisés, les drames et les films diffusés au public reflètent ce que le Parti communiste considère comme une esthétique, une moralité et une idéologie correctes. Il n'est pas possible de savoir si Fight Club a été modifié par autocensure ou sur ordre du gouvernement. Tencent Video s'est refusé à tout commentaire.

Selon Vice, une source proche du dossier a déclaré que le film avait été monté par le titulaire des droits d'auteur et approuvé par le gouvernement avant d'être vendu à des sites de streaming. Dans les cinémas chinois, le film n'a pas eu de réelle occasion d'être diffusé hormis durant le Festival international du film de Shanghai. Pour l'heure, on ne sait pas si cette version a été modifiée.

Sur le réseau social chinois Weibo, les critiques des internautes fusent. Sur le site de critiques cinéma Doubane, le film modifié a reçu plus de 740.000 critiques et une note de 9 sur 10. «Cela ne sert à rien de regarder le film sans cette scène», écrit un internaute. Il n'est cependant pas impossible que certaines personnes aient visionné des versions piratées –et donc intégrales– de Fight Club.

Inscrivez-vous à la newsletter de SlateInscrivez-vous à la newsletter de Slate

En Chine, les films produits localement sont conçus de sorte que l'intrigue, les dialogues et les castings ne soient pas censurés. Les scènes violentes, sexuellement explicites ou subversives n'y trouvent pas leur place et sont de fait supprimées des films étrangers.

Newsletters

Festival de Cannes, jour 8: «De humani corporis fabrica», à corps perçus

Festival de Cannes, jour 8: «De humani corporis fabrica», à corps perçus

Entièrement tourné à l'hôpital, le film de Lucien Castaing-Taylor et Véréna Paravel invente de nouvelles possibilités de voir ce qu'est chacun de nous, physiquement et comme être social, grâce à des approches inédites et à un sens fulgurant de la beauté.

«Les Crimes du futur» de Cronenberg n'est pas le choc annoncé

«Les Crimes du futur» de Cronenberg n'est pas le choc annoncé

Loin des rumeurs de film scandaleux, le nouveau film de David Cronenberg est une œuvre de science-fiction plutôt méditative… et incomplète.

Festival de Cannes, jour 7: «R.M.N.» cartographie l'écheveau des replis et régressions de la vieille Europe

Festival de Cannes, jour 7: «R.M.N.» cartographie l'écheveau des replis et régressions de la vieille Europe

Le film de Cristian Mungiu déploie dans toute son ampleur un constat que décrivent aussi plusieurs autres films du festival, dont deux beaux films portugais étrangement similaires, «Alma Viva» et «Restos do Vento».

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio