Sciences

Nos yeux s'agitent-ils lorsqu'on rêve pour nous protéger des prédateurs?

Temps de lecture : 2 min

Une nouvelle étude chinoise vient de prouver pour la première fois une très vieille hypothèse sur la fonction du sommeil paradoxal.

Les scientifiques voulaient creuser les mécanismes neuronaux sous-jacents aux mouvements oculaires rapides. | Shane via Unsplash
Les scientifiques voulaient creuser les mécanismes neuronaux sous-jacents aux mouvements oculaires rapides. | Shane via Unsplash

L'hypothèse était ancienne. Dans les années 1960, le psychiatre Frederick Snyder avait avancé que le rêve en général, et en particulier les mouvements oculaires rapides qui l'accompagnent chez les mammifères et les oiseaux, constituaient une fonction de «sentinelle». C'est-à-dire qu'ils préparaient une réponse combat/fuite contre de potentielles attaques de prédateurs. Mais si elle était séduisante, cette théorie n'avait jamais été jusqu'à présent attestée de manière expérimentale.

C'est désormais chose faite avec une étude, parue le 21 janvier dans la prestigieuse revue Neuron. Menée par l'équipe de Wang Liping, de l'Institut de technologie avancée de Shenzhen, relevant de l'Académie des sciences de Chine, elle met en évidence un circuit commun régulant à la fois les réflexes de peur et le sommeil paradoxal.

Dans leurs expériences sur des souris, les animaux dormaient dans une chambre hermétique et allaient être exposés à une odeur de triméthylthiazoline (TMT), une substance chimique notamment présente dans l'urine et les matières fécales du renard et connue pour inciter les rongeurs à se carapater fissa.

Les chercheurs ont ainsi découvert que le TMT faisait illico se réveiller les petites bêtes, mais uniquement lorsqu'elles étaient en phase de mouvements oculaires rapides et pas à d'autres moments de leurs nuits. Ce qui indique que le sommeil paradoxal possède bien des propriétés favorables au branle-bas de combat.


Sélection naturelle

Mais que le sommeil paradoxal soit une phase où le réveil est plus facile que lors du sommeil profond n'a cependant rien d'une découverte. Ici, les scientifiques voulaient surtout creuser les mécanismes neuronaux sous-jacents aux mouvements oculaires rapides. Pour ce faire, ils ont examiné le noyau sous-thalamique, une région du cerveau riche en neurones à corticolibérine, un neurotransmetteur intervenant dans le contrôle du stress chez les mammifères.

En combinant analyse de l'activité neuronale in vivo et manipulations cellulaires, les scientifiques ont pu découvrir que ces neurones abaissaient le seuil d'éveil pendant le sommeil paradoxal pour détecter les menaces des prédateurs, mais augmentaient également les réponses défensives une fois l'animal debout.

Des résultats montrent par ailleurs qu'une exposition prolongée à un prédateur induit une augmentation significative de la durée totale du sommeil paradoxal, mais de manière plus fragmentée. En d'autres termes, les animaux se mettent plus longtemps en mode «sentinelle», mais sur des bouts de sommeil plus courts et plus nombreux.

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D'un point de vue évolutionnaire, cette recherche indique que la sélection naturelle pourrait avoir produit deux fonctions connexes pour le même ensemble de neurones, plutôt que deux réseaux neuronaux complètement séparés. Des résultats susceptibles, à terme et au profit des humains, d'offrir de nouvelles pistes thérapeutiques contre les troubles de l'humeur en ciblant ce circuit de régulation commun au sommeil et à la peur.

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