Médias / Culture

L'organisation du Super Bowl demande aux danseurs et danseuses de travailler gratuitement

Temps de lecture : 2 min

De l'exploitation en bonne et due forme, qui concerne avant tout les artistes afro-américains.

zǝdoꓶ ɹǝɟı̣uuǝſ et sa troupe de danseurs et danseuses lors du spectacle donné à la mi-temps du Super Bowl, le 2 février 2020. | Angela Weiss / AFP
zǝdoꓶ ɹǝɟı̣uuǝſ et sa troupe de danseurs et danseuses lors du spectacle donné à la mi-temps du Super Bowl, le 2 février 2020. | Angela Weiss / AFP

Le prochain Super Bowl aura lieu le 14 février, ce qui devrait d'ailleurs poser quelques problèmes liés à la Saint-Valentin. Plus encore que le match, c'est le grand spectacle donné à la mi-temps de la finale qui risque de faire l'événement autour de la planète. Cette année, ce seront Dr. Dre, Snoop Dogg, Eminem, Mary J. Blige et Kendrick Lamar qui assureront le show.

Mais Jezebel soulève un lièvre fort embarrassant à propos de la rémunération des danseurs et danseuses employé·es dans le cadre de ce moment si attendu. Ou plutôt de leur absence de rémunération. Jeudi 20 janvier, l'activiste et danseuse professionnelle Taja Riley, qui a déjà travaillé avec Janet Jackson, Beyoncé et Rihanna, a publié sur Instagram des captures d'écran de messages reçus par ses collègues. On y découvre que beaucoup ont été sollicités afin d'effectuer une prestation gratuite le jour du Super Bowl.

Riley a également publié des extraits de mails apparemment envoyés par un coordinateur du Super Bowl et transférés aux artistes par l'agence Bloc LA, ainsi que des captures de SMS envoyés par des danseurs faisant apparemment déjà partie de l'équipe, qui tentaient d'en rallier d'autres. Étaient avant tout recherchés des danseurs «majoritairement afro-américains», explique-t-elle.

Soixante-douze heures de travail pour zéro euro

On ne parle pas d'une brève apparition, mais bien de neuf journées de travail, dont sept de plus de huit heures, pour un total de soixante-douze heures. Tarif: zéro euro. Même les frais de transports ne sont pas pris en charge par l'organisation; en revanche, toutes les répétitions sont obligatoires. Jezebel a tenté de contacter les responsables du spectacle pour tenter d'obtenir des explications, sans succès pour le moment.

«C'est une gifle assénée à tous les membres de l'industrie de la danse, écrivait Taja Riley dans une autre publication Instagram. Les danseurs sont des athlètes, et c'est un événement sportif. Nous ne devrions pas travailler gratuitement.» La danseuse et activiste ajoute que déjà en temps normal, les prestations délivrées par les danseurs et danseuses à la mi-temps du Super Bowl font partie des moins bien payées du secteur.

Taja Riley s'est ensuite adressée aux organisateurs de ce genre d'événement: «Arrêtez d'exploiter notre communauté. Notre communauté de danseurs. Notre communauté noire. Notre communauté culturelle.» S'appuyant sur des chiffres obtenus par le site Business Insider auprès d'économistes, Jezebel rappelle que le Super Bowl rapporte 30 à 130 millions de dollars (entre 26 et 114 millions d'euros) à la ville qui l'accueille. Le prix de la place, lui, est compris entre 5.950 dollars et 21.250 dollars, soit entre 5.200 et 18.700 euros.

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Quant à la chaîne CBS, elle a engrangé 545 millions de dollars (480 millions d'euros) en revenus publicitaires grâce à la finale 2021. Des chiffres qui rendent encore plus indécente la demande de travail gratuit (et acharné) de la part des organisateurs du Super Bowl, lesquels continuent à penser qu'il est acceptable de payer les danseurs afro-américains en visibilité.

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