France

Guillon, le rire, la satire, le comique et les politiques

Slate.fr, mis à jour le 31.05.2010 à 14 h 58

Fallait-il que Jean-Luc Hees, le président de Radio France s'excuse après que Stéphane Guillon s'en est pris, lors d'une de ses chroniques, à Eric Besson sur son aspect physique («yeux de fouine, menton fuyant...»)? Les politiques «attaqués» peuvent-ils prétendre fixer des limites au rire? Peut-on rire de tout? Le problème, pour Jean-Marc Moura, professeur à l'université Nanterre et dont les recherches portent en autres sur l'humour, c'est que l'humour –à distinguer du comique et du satirique– n'a pas sa place dans l'univers médiatique, comme il l'explique dans un article du monde.fr.

La «configuration médiatique du rire», qui tend à réduire les personnes à quelques traits stéréotypés que l'on ridiculise, impose un traitement particulier en France des hommes politiques, renforcé et aggravé selon l'auteur par deux éléments. D'abord le culte de la grandeur étatique, et un souci de gravité et de grandeur de la part de nos politiques «qui attire le rire en même temps qu'elle le rend plus cruel pour ceux qui le subissent». Deuxièmement, l'état de «fatigue psychique» de notre société qui fait que «rien n'est plus important que le rire, mais il a tôt fait de devenir méchant s'ils [les politiques] se montrent déconnectés de la réalité».

Pour Jean-Marc Moura, les débats comme celui de l'affaire Guillon se polarisent à tort autour de la question de l'«humour» alors qu'il faudrait plutôt le distinguer des deux autres formes du rire et du faire rire que sont le comique et le satirique. Pour l'auteur, lorsque Stéphane Guillon prend Eric Besson pour cible, il joue du comique et du satirique: le comique étant «dévoué à l'hilarité sans souci de mesure ni de vraisemblance, ressortit à la farce et aux mécanismes simples» et la satire sert une dénonciation sérieuse. Les deux se séparent clairement de celui dont ils font rire, pour cela «On peut toujours rêver!» estime l'auteur, qui explique donc que Guillon ne doit pas être considéré comme humoriste:

L'humour proprement dit, c'est-à-dire l'art qui consiste à sourire avec. L'humour réside dans le sentiment de coexistence du rieur et du risible, son sourire est celui d'un spectateur embarqué, distant et solidaire à la fois de ce dont il s'amuse.

Ce n'est pas le cas dans ses chroniques. Pourquoi? Moura cite Desproges pour lequel «on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui». Ainsi l'humour «ne peut survivre dans les médias de masse, puisque l'on ne peut sélectionner ses auditeurs ou ses spectateurs, et que l'on est payé pour en séduire le plus grand nombre».

Inutile alors, d'après Moura, de s'excuser, comme l'a fait le président de Radio France, ni d'accuser les comiques, de vouloir les contrôler ou de les assimiler abusivement à des humoristes. Le spécialiste de l'humour rappelle la fonction salutaire du rire:

Le burlesque et la satire sont parfois tout ce qui reste à des gens confrontés à des difficultés quotidiennes qui constatent la distance des gouvernants à leur égard, la petitesse de leurs préoccupations et leur intenable prétention à la grandeur.

[Lire l'article sur le Monde]

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Photo: montage Stéphane Guillon à France Inter

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