Société

Le culte de la confiance est-il un piège pour les femmes?

Temps de lecture : 2 min

Elles doivent être à la fois des mères confiantes et des travailleuses à plein temps qui s'affirment.

«Avoir confiance en soi est l'impératif de notre époque», selon les sociologues Shani Orgad et Rosalind Gill. | McKinsey via Rawpixel
«Avoir confiance en soi est l'impératif de notre époque», selon les sociologues Shani Orgad et Rosalind Gill. | McKinsey via Rawpixel

Depuis quelques années maintenant, les slogans «aimez votre corps» ou «acceptez-vous telle que vous êtes» se sont fait une place de choix dans les magazines féminins, qui se sont soudainement mis à prêcher «l'empouvoirement». Un terme que les grosses entreprises se sont approprié en même temps qu'elles découvraient un nouveau genre de féminisme, qui promeut l'amour et le soin de soi, ainsi que l'acceptation de nos imperfections. Les sociologues Shani Orgad et Rosalind Gill décortiquent ce phénomène qu'elles nomment la «culture de la confiance» dans leur livre du même nom (Confidence culture).

«Avoir confiance en soi est l'impératif de notre époque. Alors que les inégalités de genre, de race et de classe se creusent, les femmes sont de plus en plus appelées à croire en elles-mêmes», écrivent-elles en introduction de leur ouvrage. Les femmes doivent être à la fois des mères confiantes et des travailleuses à plein temps qui s'affirment. Selon Shani Orgad et Rosalind Gill, ces injonctions individualistes et néolibérales des entreprises ne feraient que renforcer les croyances qu'elles visent à déconstruire.

De nouveaux diktats qui s'installent

L'apparition de ce leitmotiv n'est pas anodin. «Le timing n'est pas accidentel, notamment avec la crise économique. Au Royaume-Uni, il y a eu une culture d'austérité très forte qui visait spécifiquement les femmes. Il s'agissait pour les femmes d'être économes, de revenir à l'artisanat traditionnel et de cultiver ces qualités et dispositions dont elles avaient besoin pour survivre dans cette période. Ce mouvement a vraiment croisé le féminisme et a donné naissance à un féminisme très néolibéral ou individualisé: il s'agissait de pousser les femmes à se concentrer sur elles-mêmes et à cesser de penser que les obstacles structurels existent», explique Rosalind Gill.

L'exemple le plus évident est celui des publicités mettant en avant une diversité de corps, d'ethnies, de religions. Pour les deux sociologues, ces campagnes publicitaires ne diffèrent guère des précédentes. Les entreprises exploitent toujours les insécurités des femmes pour vendre des produits. De plus, ces campagnes ont une teneur post-raciale: elles font disparaître nos différences pour les mettre sur le même plan. Dans le même temps, elles s'approprient un langage de justice sociale. Ainsi, être enceinte ou être handicapé impliquerait les mêmes problématiques.

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Selon Shani Orgad et Rosalind Gill, «la culture de la confiance» est devenue un culte, intouchable. Car de toute manière, qui s'insurgerait contre la confiance? Pourtant, ce sont de nouveaux diktats qui s'installent. «Soyez parfaite» est simplement devenu «soyez authentique».

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