Culture

Adieu à Gaspard Ulliel, qui avait encore tant à jouer

Temps de lecture : 2 min

L'acteur et mannequin est mort des suites d'un accident de ski le 19 janvier. Il était âgé de 37 ans.

Dans Juste la fin du monde de Xavier Dolan. | Diaphana Distribution
Dans Juste la fin du monde de Xavier Dolan. Diaphana Distribution

En une vingtaine de films depuis le début des années 2000, il s'était imposé comme un des jeunes premiers de l'écran français –ou plutôt francophone, son rôle chez Xavier Dolan dans Juste la fin du monde restant un des plus marquants.

Il a d'ailleurs été récompensé ou nominé à de multiples reprises, d'abord comme meilleur espoir masculin (César pour le rôle principal d'Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, 2004) puis, souvent, comme meilleur acteur.

À 19 ans, la révélation du film d'André Téchiné Les Egarés. | Mars Distribution

La singularité de son talent, à la fois charmeur, énergique, rêveur et avec de possibles zones d'ombre, avait été révélée par un des plus grands découvreurs d'acteurs du cinéma français depuis un demi-siècle, André Téchiné, grâce au premier rôle masculin dans Les Égarés, face à Emmanuelle Béart (2003).

Cette première reconnaissance significative durant les années 2003-2004 lui permet ensuite de s'essayer à une carrière internationale dans la deuxième moitié de la décennie, avec peu de résultats sur le plan artistique. En 2010, au moment où il se tourne à nouveau vers des productions hexagonales, il devient également l'égérie du parfum Bleu de Chanel.

Visage mis en valeur par les couvertures de magazines, il fera dans les années qui suivent plusieurs choix très pertinents quant aux œuvres de cinéma auxquelles il apporte sa personnalité complexe sous les apparences d'une éternelle «gueule d'ange».

Face à lui-même et à ses démons, qui sont d'abord ceux d'une époque et d'un univers, dans Saint Laurent de Bertrand Bonello. | Europa Corp Distribution

Il incarne ainsi avec une finesse et une complexité fascinante le grand couturier autour duquel est construit le Saint Laurent de Bertrand Bonello, un des grands films de 2014. Deux ans plus tard, c'est la vertigineuse transposition à l'écran par Dolan de Juste la fin du monde, inoubliable pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce, où il rayonne à l'unisson des ses partenaires, Léa Sedoux, Marion Cotillard, Nathalie Baye et Vincent Cassel.

Il s'aventure dans le labyrinthe onirique de F.J. Ossang pour le sombre oratorio rock 9 doigts, puis retrouve Isabelle Huppert (avec qui il avait déjà joué dans Un Barrage contre le Pacifique de Rithy Panh d'après Marguerite Duras, en 2008) dans le très hitchcockien Eva de Benoit Jacquot (2018).

Éclectique dans ses choix, il aura aussi notamment été, la même année 2018, en tête d'affiche de la fresque de Pierre Schoeller consacrée à la Révolution française Un peuple et son roi.

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Ce sont les titres les plus marquants d'une carrière à la fois brillante, reconnue, et qui pourtant semblait encore comme composée de points épars qu'il serait délicat de relier par une même ligne, quelle qu'elle soit. Sa disparition brutale est d'autant plus douloureuse qu'elle laisse clairement en suspens ce qui aurait pu devenir un parcours à la fois original et central dans le paysage du cinéma français à venir.

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