Santé

Covid-19: pour une stratégie de testing efficace, inspirons-nous du protocole de la grippe

Temps de lecture : 4 min

Il nous faut arrêter de tester à tout-va, et commencer à avancer avec méthode et stratégie.

Une soignante réalise un test antigénique, à La Rochelle, le 13 janvier 2022. | Philippe Lopez / AFP
Une soignante réalise un test antigénique, à La Rochelle, le 13 janvier 2022. | Philippe Lopez / AFP

Avec plus de 300.000 personnes testées positives au SARS-CoV-2 par jour, la déferlante Omicron explose tous les records de contaminations en France. Devant ce tsunami, les capacités de tests se retrouvent saturées, laissant souvent les personnes qui en ont le plus besoin sur le côté ou les soumettant à de trop longs délais d'obtention des résultats.

Si on en croit l'OMS, plus de 50% des Européens pourraient être touchés par Omicron dans les prochaines semaines. En d'autres termes, cela représenterait près de 1% des Français contaminés chaque jour pendant deux mois d'affilée! Nous changeons donc radicalement de paradigme épidémiologique par rapport à ce que nous avons précédemment connu avec Omicron pour nous rapprocher davantage de la dynamique de la grippe… mais en encore plus contaminant. Dès lors, nous devons réviser nos outils de mesure tout en tentant au mieux de sécuriser les plus fragiles.

Les mesures qui s'imposent

D'un point de vue de veille sanitaire, les tests actuels ne remplissent plus efficacement leur rôle. On teste à tout-va, sans méthode, ni stratégie. Alors que Santé publique France rapportait, il y a quelques jours, 300.000 cas détectés en 24 heures, Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique déclarait qu'il y avait peut-être eu 500.000 contaminations ce jour-là, précisant qu'on n'en savait en fait rien.

Plus que des résultats foutraques d'une telle imprécision, nous aurions besoin d'un échantillonnage bien conduit, comme c'est le cas avec le réseau Sentinelles pour la grippe ou avec les sondages pour les élections présidentielles. Ce serait à la fois moins coûteux et plus adapté pour mesurer l'ampleur de la vague Omicron et mieux connaître les catégories de la population effectivement touchées.

D'un point de vue de santé publique, l'encombrement des laboratoires et la difficulté d'accès aux tests pour les personnes qui en ont le plus besoin pose également problème. En effet, les personnes immunodéprimées et les personnes âgées atteintes d'immunosénescence devraient pouvoir profiter d'un accès prioritaire aux tests PCR. Effectivement, ces personnes ont besoin d'être diagnostiquées précocement pour pouvoir être prises en charge de manière adéquate, notamment pour recevoir des anticorps monoclonaux afin de prévenir les formes graves de la maladie. Or, aujourd'hui, rien n'est fait pour prioriser les tests de ces personnes fragiles et vulnérables.

En complément, il convient que les personnes qui sont en contact direct avec ces populations puissent également être dépistées rapidement afin de pouvoir prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter de leur transmettre le virus. On pense ici aux proches et aux aidants, aux professionnels de santé et aux employés des Ehpad. Ainsi, on pourrait songer à réserver en priorité les tests PCR aux personnes dont un diagnostic est suivi par une mesure concrète, que ce soit la mise en place d'un traitement ou un isolement.

Nous avons besoin d'un glissement de
la responsabilité collective à la responsabilité individuelle.

Parce que non encore éligibles à la vaccination ou peu vaccinés, les enfants représentent également une catégorie à risque, nous voyons d'ailleurs que les hospitalisations augmentent en nombre absolu à des niveaux jamais atteints depuis le début de la pandémie. Pour eux, on pourrait à la fois envisager des tests PCR en cas de symptômes inquiétants mais également, pour tous, des tests PCR salivaires poolés, réguliers et systématiques dans les établissements scolaires afin de pouvoir prendre rapidement les mesures qui s'imposent: isolement, fermetures de classe. Le nouveau protocole scolaire leur préfère les autotests, peu fiables, onéreux et parfois difficiles à trouver et où beaucoup repose sur le déclaratif des parents.

Il est sans doute bien difficile de mobiliser un personnel éducatif lourdement affecté par le virus et en effectif largement réduit, mais des protocoles clairs et fondés sur une approche scientifique rencontreraient probablement une meilleure adhésion des personnels et des parents.

Les mailles du filet

Concernant les personnes jeunes et à faible risque de développer une forme grave, nous avons besoin d'un glissement de la responsabilité collective à la responsabilité individuelle –même si nous savons que beaucoup, conscients des risques pour eux et surtout pour autrui, l'ont déjà adoptée. L'idée serait en effet que cette population utilise de manière large les autotests aussi bien lorsqu'une réunion est envisagée que lorsque des symptômes sont présents. Alors, il devient crucial de rembourser les autotests, par exemple en en distribuant deux par personne chaque semaine.

Sachant le manque de fiabilité de ces autotests, il faudrait recommander à ces personnes de s'isoler dès lors qu'elles sont symptomatiques, comme elles le feraient pour la grippe. En effet, lorsque des personnes ne présentant pas de risque de développer des formes graves de la grippe présentent des symptômes évocateurs en pleine épidémie, elles ne sont, le plus souvent, pas testées. Les symptômes suffisent au médecin pour décider un isolement et un arrêt de travail adaptés. Ce n'est pas optimal. Des personnes asymptomatiques et paucisymptomatiques passeront évidemment entre les mailles du filet. Mais il s'agit, par pragmatisme, avant tout de dresser un filet de sécurité, par des diagnostics probabilistes, permettant de réduire les risques et de protéger les personnes les plus fragiles et éviter l'engorgement des laboratoires et des pharmacies.

Oui, nous nous rapprochons de protocoles proches de ceux de la grippe, entre veille sanitaire par échantillonnage et isolement sur la base de symptômes évocateurs mais cette «grippisation» ne rime en aucun cas avec banalisation. Réciproquement, on pourra probablement faire évoluer la banalisation trop fréquente de la grippe elle-même et recommander les gestes barrières et la ventilation des espaces clos lors d'épidémie de grippe à l'avenir.

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Dire que la dynamique d'Omicron ressemble sur certains aspects à celle de la grippe ne fait pas oublier que le variant Omicron envoie de nombreux patients à l'hôpital, en réanimation, et comporte un risque de décès, en particulier chez les personnes non vaccinées. Mais face à l'avalanche de cas, nous ne pouvons plus tester tout le monde comme lors des précédentes vagues pandémiques et nous avons besoin de davantage de méthode. Il nous faut aussi davantage séquencer le virus, afin de mieux suivre l'émergence éventuelle de nouveaux variants qui nécessiteraient une vigilance accrue.

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