Santé / Sciences

Les voyages dans l'espace détruisent des quantités astronomiques de globules rouges

Temps de lecture : 2 min

Les scientifiques cherchent à savoir ce qui provoque cette anémie spatiale.

Les carences en globules rouges de quatorze astronautes en mission sur l'ISS pendant six mois ont été évaluées. | Norbert Kowalczyk via Unsplash
Les carences en globules rouges de quatorze astronautes en mission sur l'ISS pendant six mois ont été évaluées. | Norbert Kowalczyk via Unsplash

L'espace n'est pas un environnement facile pour les êtres humains et il s'avère que les astronautes reviennent sur Terre avec un effet indésirable bien étudié: l'anémie spatiale. Une étude sur le flux sanguin conduite par Guy Trudel, spécialiste en médecine physique et réadaptation à l'hôpital d'Ottawa, et une équipe de scientifiques de l'Université d'Ottawa au Canada, a permis d'en savoir plus sur ce phénomène. En analysant des échantillons de sang et d'haleine, ils ont découvert qu'une fois dans l'espace, plus de 50% des globules rouges (qui transportent l'oxygène des poumons) des astronautes se détruisaient.

«Lorsque les astronautes reviennent de l'espace, ils ressemblent beaucoup aux patients que nous admettons en cure de désintoxication», témoigne Guy Trudel auprès du magazine Ars Technica. Il explique que quelque chose dans l'espace fait que le corps humain effectue une hémolyse –c'est-à-dire qu'il détruit des globules rouges présents dans le sang– à un rythme plus élevé que sur Terre. Selon les résultats de l'étude, trois millions de globules rouges sont détruits chaque seconde. C'est 54% plus que ce qui se passe dans le corps humain sur notre planète, où ce chiffre avoisine les deux millions par seconde.

Dans l'espace, le corps humain peut parfaitement se satisfaire de cette perte puisqu'il parvient à s'auto-équilibrer et ainsi à conserver une concentration de globules rouges à des niveaux acceptables. Mais lorsqu'un astronaute revient sur Terre, son corps est confronté à la force de gravité.

Étudier le souffle des astronautes

Pour étudier l'anémie spatiale, Guy Trudel a travaillé avec quatorze astronautes partis en mission pour une durée de six mois sur la Station spatiale internationale (ISS). Ils ont soufflé dans des cartouches spéciales afin que leur haleine soit conservée à quatre intervalles prédéfinis: à cinq jours, douze jours, trois mois et enfin juste avant de rentrer chez eux, à six mois. À leur retour, les chercheurs ont examiné les échantillons à l'aide d'un chromatographe en phase gazeuse à haute résolution, une machine qui mesure la quantité de monoxyde de carbone –produit à chaque fois qu'un globule rouge est hémolysé dans le corps. Les résultats de l'étude ont permis aux scientifiques d'évaluer la perte majeure de globules rouges dans le sang.

Après leur voyage, cinq des quatorze astronautes ayant subi une prise de sang à l'atterrissage étaient toujours cliniquement anémiques. Trois ou quatre mois après leur retour, la production de globules rouges avaient repris, mais un an plus tard, le taux d'hémolyse des astronautes restait toujours plus élevé de 30%. Selon Guy Trudel, plus les astronautes restent longtemps dans l'espace, plus l'anémie est importante une fois de retour sur la terre ferme.

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L'équipe ne sait pas encore exactement pourquoi l'espace provoque cette réaction. Elle pense néanmoins que la destruction des cellules sanguines peut provenir d'un problème dans la moelle osseuse (où sont fabriqués les globules rouges), dans les vaisseaux sanguins, dans le foie ou la rate. «Ce qui cause l'anémie, c'est l'hémolyse, mais ce qui cause l'hémolyse, c'est l'étape suivante [à découvrir]», indique Guy Trudel. Les résultats seront communiqués avec précision pour avertir les futurs voyageurs de l'espace. Les personnes souffrant de problème cardiaque, d'angine de poitrine ou de taux d'hémoglobine anormal pourraient évidemment être jugées à risque.

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