Monde

Mon voisin enquête sur moi

Christopher Beam, mis à jour le 31.05.2010 à 13 h 00

Sarah Palin peut-elle déloger un journaliste qui a déménagé dans la maison voisine de la sienne?

Sarah Palin a posté mardi 25 mai sur Facebook une note critiquant l'installation du vieux briscard du journalisme, Joe McGinniss, dans la maison voisine de la sienne alors qu'il est en train de se documenter et de rédiger un livre sur elle. Les blogs pro-Palin parlent de McGinniss comme d'un «stalker». Palin peut-elle obtenir une décision lui empêchant d'y habiter?

Non. En Alaska, la loi définit le stalker comme quelqu'un qui «se livre sciemment à une ligne de conduite qui sans relâche place une autre personne dans une situation lui faisant craindre pour sa vie ou son intégrité physique». Ainsi, les lois régissant le harcèlement requièrent-elles en général une intention de causer un stress psychologique, ou la sensation d'être en danger. Emménager dans la maison d'à côté –même si c'est pour y écrire un livre à scandales– ne se range pas dans ces catégories. De même, Palin ne gagnerait probablement pas un procès pour atteinte à la vie privée. La législation de l'État se fonde globalement sur une «attente de vie privée» raisonnable. Espionner le jardin de votre voisin depuis votre véranda est peut-être glauque, mais cela n'a rien d'illégal, vu que les personnes raisonnables ne peuvent pas s'attendre à ce que leurs jardins soient totalement privés.

A part la «loi bouclier», faite pour protéger les sources, les journalistes n'ont pas d'autres privilèges légaux. Par exemple, un reporter ne peut entrer par effraction dans la maison de quelqu'un –ou pirater son compte mail– et ensuite prétendre être protégé par le Premier Amendement. La justice, cependant, prend en compte l'intentionnalité quand elle doit se prononcer sur des cas de harcèlement. Ainsi, par exemple, est-il autorisé de mitrailler un politicien de questions sur sa famille, dans le but de collecter des informations, mais cela ne l'est pas de demander les mêmes informations à des gens pris au hasard dans la rue, juste pour les effrayer.

Cependant, même s'il est très rare qu'une personne publique réussisse à poursuivre un journaliste pour atteinte à sa vie privée s'il collecte des données, cela arrive de temps en temps. Jacqueline Kennedy Onassis avait –le cas est resté dans les annales– poursuivi le photographe Ron Galella en 1972 pour avoir jailli d'un buisson pour la prendre en photo, elle et son fils. Un tribunal lui avait ordonné de rester à plus de 7,5 mètres d'elle.

En 1996, un haut dignitaire médical avait intenté un procès contre des journalistes qui avaient utilisé un zoom et un micro-canon pour essayer d'enregistrer ses conversations à l'intérieur de sa maison de campagne familiale depuis un bateau mouillant dans le lac voisin. Le tribunal avait alors statué que les reporters avait fait preuve «d'une conduite inquiétante, harcelante, intimidante et effrayante dans un mépris total et évident du droit des Wolfson à être seuls et de profiter de la tranquillité et de l'isolement de leur demeure». Dans le même ordre d'idée, en 2009, la Californie a fait passer une «loi anti-paparazzis» rendant illégal pour les photographes la prise d'images de célébrités engagées dans «des activités personnelles ou familiales».

Christopher Beam

Traduit par Peggy Sastre

Photo: Sarah Palin dédicace son livre le 19 novembre 2009 dans le Michigan, REUTERS/Rebecca Cook.

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