Boire & manger / Culture

​​​​​​​Histoires d'hommes illustres morts en avalant de travers

Temps de lecture : 5 min

S'escaner, s'entrucher, s'engouiller ou encore avaler par le trou du dimanche: ils ne sont pas si rares, les puissants qu'un pépin avalé de travers a fait passer l'arme à gauche ou frôler la mort.

Cette crevette aussi est antifasciste. | Fernando Andrade via Unsplash
Cette crevette aussi est antifasciste. | Fernando Andrade via Unsplash

Du repas au trépas, il n'y a parfois qu'une bouchée. La crevette de Bolsonaro, le bretzel de Bush, le melon de l'empereur Maximilien ou le verre d'eau du fils de François Ier sont des aliments tueurs de puissants qui ont sévi dans l'histoire –même s'ils n'ont pas tous été létaux.

La crevette de Bolsonaro

Branle-bas de gamba! Au Brésil, la crevette est devenue l'animal totem de la gauche progressiste en lutte contre le très réactionnaire président Jair Bolsonaro. Depuis que l'on a appris son hospitalisation, à la suite d'une indigestion due à une mauvaise mastication du petit crustacé –le système digestif de Bolsonaro a été affaibli par un coup de couteau reçu lors d'un meeting en 2018– les détournements de gambas antifascistes prolifèrent en banc sur Twitter. Jouant de la proximité sonore entre les termes «camarão» («crevette») et «camarada» («camarade»), le génie twitterien a mis de la crevette partout dans l'iconographie et les slogans politiques, dont les meilleurs spécimens ont été compilés dans ce thread.

En cette année d'élections au Brésil où l'ancien président de la gauche redistributive Lula da Silva part largement favori dans les sondages, Jair Bolsonaro n'aurait pas pensé que son repas pouvait avoir été infiltré par des agents du «communisme», ainsi qu'il désigne avec mépris tout opposant à sa politique d'extrême droite. Pourtant, le crustacé avait annoncé la couleur.

Le bretzel de Bush

En janvier 2002, alors qu'il regarde le match de football américain qui oppose les Baltimore Ravens aux Miami Dolphins depuis son canapé, le président des États-Unis George W. Bush tombe à la renverse, terrassé par un bretzel insidieux avalé de travers. Pas de trace d'anthrax dans le biscuit apéritif (ni en Irak d'ailleurs): une fausse route aurait titillé le nerf vagal du 41e POTUS, provoquant une chute soudaine de son rythme cardiaque. Plus de peur que de mal pour le président qui s'en tire avec un bleu sous l'œil gauche. À ce jour, soit vingt ans après, l'attentat au bretzel n'a toujours été revendiqué par aucun groupe apéro-terroriste.

Le milkshake au chocolat de Castro

Il détient le record du nombre d'attentats (manqués) contre sa personne avec un impressionnant total de 638 tentatives. Fidel Castro, Lider Maximo de la révolution cubaine, est la cible de complots qui rivalisent de fourberie et d'ingéniosité pendant les années de guerre froide. Entre la combinaison de plongée mortelle, les cigares au cyanure ou son ex-compagne missionnée pour lui tirer dessus, la CIA a tout essayé, en vain. Y compris l'empoisonnement de sa boisson favorite: le milk-shake au chocolat.

Fidel Castro est alors grand amateur de boissons lactées –il ne cache d'ailleurs pas sa passion pour une vache nommée Ubre Blanca («pie blanc» en espagnol), sorte de Stakhanov bovin connu pour sa production laitière extraordinaire. En 1961, l'agence de renseignement états-unienne, avec la complicité de la mafia de Chicago, réussit à faire entrer une pilule de toxine botulique dans les cuisines de l'hôtel Habana Libre où Castro déguste tous les jours sa boisson préférée. Mais l'agent chargé de cette mission commet l'erreur de conserver la gélule au congélateur: celle-ci se fend sous l'effet du froid, le poison se déverse et Castro peut continuer à tromper la mort en buvant des milkshakes jusqu'à son décès naturel, survenu en 2016.

Le gâteau d'Adolphe de Suède

Adolphe-Frédéric de Suède est un roi faible. Premier monarque élu de la dynastie Holstein-Gottorp, ses prérogatives sont réduites à peau de chagrin par un Parlement tout-puissant dont il ne réussit pas à se défaire. Mais les écoliers suédois le connaissent surtout comme le roi mort d'avoir mangé trop de gâteaux. La pâtisserie criminelle, c'est le semla, une brioche fourrée de pâte d'amande et de crème fouettée. Un délice inoffensif quand on n'en mange pas quatorze à la suite, comme le fit ce roi glouton le 12 février 1771.

Avant le dessert, afin de bien entamer le Carême, le monarque avale du caviar, de la soupe au chou, du hareng, du homard accompagné de choucroute, le tout arrosé de champagne pour la détox (non). Afin d'achever ce repas sur une note sucrée (ou plutôt une explosion glycémique), il s'empiffre de dessert, puis se sent mal, et meurt d'un AVC provoqué par une indigestion massive. Un poète de la cour écrit avec humour que le semla devrait être condamné à l'exil car il s'est rendu coupable de régicide.

Le verre d'eau du fils de François Ier

En août 1536, François Ier se trouve avec ses fils à Lyon, en partance pour Avignon, car Charles Quint, son grand rival, tente d'envahir la Provence à la tête d'une prodigieuse armée. Le 2 août, le dauphin François, fils préféré du monarque, insiste pour disputer une partie de paume sous une chaleur étouffante et contre un adversaire qui ne lui laisse aucun répit. À la fin de la partie, le jeune François, assoiffé, avale un verre d'eau glacée, avant de se sentir faible et de mourir quelques jours plus tard. Empoisonnement fortuit ou volontaire? Le roi François Ier, fou de chagrin, ne croit pas à l'accident de l'eau viciée, et accuse Sébastien de Montecuculli, l'écuyer italien ayant servi le verre, d'avoir tué son fils: le courtisan meurt démembré comme il est d'usage pour des crimes commis contre la famille royale.

Le melon de Maximilien Ier

En janvier 1519, l'empereur du Saint Empire et archiduc d'Autriche Maximilien Ier, en proie à la fièvre, décide de se rendre en Haute-Autriche afin de rééquilibrer ses humeurs. Le 12 janvier, de retour d'une partie de chasse, un buffet est organisé en son honneur lors duquel l'empereur (et grand-père du futur Charles Quint) ne peut s'empêcher de se jeter sur les melons frais conservés depuis l'été précédent et servis en abondance. Un excès de cucurbitacée qui déclenche une crise d'apoplexie fatale. On raconte que le père de Maximilien, Frédéric III, serait mort d'un abus du même fruit vingt-six ans plus tôt.

Le vin du duc de Clarence

Dans le cadre de la guerre civile des Deux-Roses qui oppose à partir de 1455 les maisons royales de Lancastre (arborant la rose rouge comme emblème) et d'York (à la rose blanche), Georges Plantagenêt, duc de Clarence, est exécuté par son frère, le roi Édouard IV, pour fait de trahison. Selon des récits de l'époque, il aurait choisi d'être mis à mort par noyade dans une barrique de malvoisie, un vin blanc doux issu du cépage du même nom, pour périr comme il avait vécu.

On impute cette légende à des ragots populaires liés au goût bien connu du duc pour la boisson, mais lorsque sa dépouille est exhumée des siècles plus tard, on ne constate aucune trace de décapitation, moyen d'exécution habituel des aristocrates. Quoi qu'il en soit, il est probable qu'il ne soit pas mort de soif.

La poire de Claudius Drusus

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Tiberius Claudius Drusus est le fils aîné du futur empereur romain Claude et de sa première femme Plautia Urgulanilla. D'après l'historien latin Suétone, Drusus serait mort en l'an 20 à Pompéi, alors qu'il s'amusait à jeter une poire en l'air pour tenter de la rattraper avec la bouche. Une mauvaise réception, et c'est le drame: le fruit provoque un étouffement mortel. Quand festin rime avec destin.

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