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Les Etats-Unis pas trop affectés par les malheurs européens

Il n'y a pas si longtemps les Français se félicitaient un peu trop vite de la fin du leadership économique américain.

Difficile de se sentir à l'aise face à la reprise, pas vrai? En avril, l'économie américaine a enfin recommencé à créer des emplois à un rythme correct. Mais aujourd'hui, des problèmes en Europe, dont certains font étrangement penser à la débâcle du crédit qui a mis les Etats-Unis à genoux en 2008, menacent de mettre à mal les bourses américaines et l'économie en général. S'il y a des raisons de s'inquiéter, l'heure n'est pas à la panique. Les difficultés en Europe apportent quelques bonnes nouvelles à court terme pour les Etats-Unis-et pas juste parce qu'elles remettent à sa place le président français Nicolas Sarkozy, qui pas plus tard qu'en janvier dernier, pérorait sur la fin du leadership économique américain. Et puis, il y a quelques potentielles mauvaises nouvelles.

Le problème européen a commencé sur les marchés obligataires. À mesure que grandissaient les déficits et les demandes de financement, la Grèce, l'Espagne et le Portugal ont perdu la confiance des investisseurs. Les marchés de crédit ont soudainement cessé de croire que ces pays seraient en mesure de remettre de l'ordre dans leurs finances. En échange d'aide de la part de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, la Grèce a accepté de réduire ses dépenses et de lever plus d'impôts. L'Espagne et le Portugal lui emboîtent le pas. La BCE mène une politique monétaire expansionniste, mais beaucoup des Etats membres de l'Union européenne conduisent aujourd'hui des politiques fiscales sérieusement paradoxales. Résultat: la croissance économique en Europe continentale vient de se heurter à un mur.

L'impact de la chute des cours du pétrole

L'arrêt de la croissance en Europe est une mauvaise nouvelle pour les cours des entreprises européennes et pour l'économie mondiale. L'Europe est une consommatrice gloutonne de biens et de services, dont beaucoup sont importés. Cependant, les Américains y trouvent des avantages. L'une des premières réponses du marché au ralentissement de la croissance en Europe a été une chute brusque des cours du pétrole brut, d'environ 20% au cours du dernier mois. Kelly Evans disait dans le Wall Street Journal de mardi dernier qu'«une baisse de 20 dollars par baril pourrait faire économiser aux ménages américains environ 20 milliards de dollars par an en frais énergétiques» (Larry Summers, conseiller économique de la Maison Blanche, j'ai votre mini-stimulus juste là).

Comme d'habitude pendant une période de stress, les investisseurs du monde entier se sont hâtés d'acheter des obligations américaines — ce qui fait baisser les taux d'intérêt. Au cours des dernières semaines, le rendement des obligations américaines à dix ans a chuté, passant d'environ 4% à 3,16%. Les taux d'intérêt hypothécaires n'ont pas tardé à suivre. Le renforcement du dollar par rapport à l'euro est une bonne nouvelle pour les amateurs de Brunello di Montalcino et de camembert, ainsi que pour les touristes américains. Mais il y a aussi des inconvénients. Un dollar plus fort et une plus faible demande européenne vont nuire aux exportations, qui ont grandement contribué à l'amélioration de l'économie américaine, avec une augmentation de 21,6% entre mars 2009 et avril 2010.

Comme le montre l'étude la plus récente sur la balance commerciale, environ 23% des exportations américaines vont en Europe (voir page 19 de l'étude) et à peu près 19% sont destinées à des membres de l'Union Européenne. La crise en Europe est nuisible aux entreprises américaines qui envoient leur production de l'autre côté de l'Atlantique et dont les biens doivent rivaliser avec des produits européens devenus soudain plus compétitifs.

Le scénario de la grippe espagnole

La menace que posent les difficultés de l'Europe à l'économie réelle des États-Unis est gérable. C'est la menace à l'économie financière du pays, qui peut rapidement se répercuter sur l'économie réelle, qu'il vaut la peine de surveiller. Comme l'a rapporté Reuters: «Goldman Sachs a estimé l'exposition totale des banques américaines à la dette grecque, portugaise et espagnole à 90 milliards de dollars». Ce qui n'est pas énorme pour de grandes institutions financières américaines.

 

Mais le danger serait que se reproduise le scénario de la grippe espagnole de 1918, qui, partie d'une Europe chaotique, infecta et tua des millions d'Américains. La panique, la peur et une crise des croyances sont la grippe d'aujourd'hui: un virus aérobie mortel qui s'étend rapidement. Si les marchés obligataires et financiers européens s'effondrent et si l'Europe est touchée par la même crise de confiance qui a affecté le système financier américain à l'automne 2008 (et s'est instantanément diffusée dans le monde entier), cela pourrait causer de gros problèmes aux États-Unis.

Aujourd'hui, les zones menacées ne sont pas les actions de JPMorgan Chase et de Goldman. Ce sont plutôt les niches de marché confidentielles qui sont devenues de notoriété publique à l'automne 2008 et sont depuis retombées dans l'obscurité. Comme le note la CNBC, le LIBOR (le London Interbank Offered Rate) - c'est-à-dire le taux d'intérêt interbancaire - a augmenté 11 jours de suite. S'il est encore bas, le taux LIBOR sur 3 mois est tout de même à son plus haut depuis juillet 2009. Le TED-spread, écart entre les taux d'emprunt interbancaires et ceux des bons du Trésor à court terme, a également bondi.

Pour l'instant, les données du marché obligataire laissent penser que le virus de la peur reste cantonné à l'Europe. Mais comme nous l'avons vu à l'automne 2008, personne n'est à l'abri de la contagion.

Daniel Gross

Traduit par Bérengère Viennot

Photo: quartier de la bourse à Hong Kong, en 2009. Bobby Yip / Reuters

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