Sciences

Des squelettes médiévaux révèlent les inégalités sociales à Cambridge

Temps de lecture : 2 min

En Angleterre, 314 squelettes ont été excavés et leur état en dit long sur les inégalités de l'époque.

44% des squelettes d'ouvriers ont été découverts avec au moins une fracture. | Hikmet Çınar via Unsplash
44% des squelettes d'ouvriers ont été découverts avec au moins une fracture. | Hikmet Çınar via Unsplash

Usure du corps, courbures ou encore fractures, chaque reste humain délivre une montagne d'informations sur les conditions de vie et le statut social d'un individu, selon l'American Journal of Physical Anthropology. Les chercheurs du département archéologique de l'université de Cambridge ont voulu déceler ces informations sur des squelettes datant de la peste noire (1347-1350), dans le cadre d'un projet nommé After The Plague.

Dans trois lieux de sépulture différents de Cambridge, des ossements ont été excavés pour les analyser. Le premier site est à la paroisse de la Toussaint, qui abritait des restes de personnes ordinaires. Dans le deuxième, à l'hôpital de Saint-Jean l'Évangéliste, se trouvaient ceux de pauvres et d'ouvriers de l'époque. Le troisième est un couvent augustinien où se situent des cimetières destinés aux frères religieux et aux riches de l'époque.

Des conditions de mort différentes

«En comparant le traumatisme squelettique des restes enterrés à divers endroits d'une ville comme Cambridge, nous pouvons évaluer les dangers de la vie quotidienne vécus par différentes sphères de la société médiévale», précise l'autrice principale de la recherche, Jenna Dittmar. Au XIIIe siècle, la ville marchande présentait un paysage social varié. Les métiers spécialisés qui donnaient accès à un haut rang social étaient pratiqués par une élite masculine. Le reste de la population se partageait les autres professions: ouvriers agricoles, maçons, artisans pour les hommes; brasseuse de bière, aide ménagère ou encore tisseuse pour les femmes. Les seules personnes qui alliaient le caractère érudit de la haute société et le travail manuel des plus pauvres étaient les frères religieux.

Les chercheurs ont constaté que les squelettes mâles présentaient davantage de signes de fractures que les femmes (40 contre 26%). Les femmes, exemptes des travaux physiques intenses, étaient naturellement moins touchées par des fractures telles que des côtes cassées. Cependant, la différence dans l'état des os se révèle d'un rang social à un autre. Alors que les squelettes d'ouvriers sont 44% à présenter des fractures, les religieux et les riches ne sont que 32% à en avoir souffert. Mais sur le site de l'hôpital, où les personnes les plus pauvres étaient enterrées, seuls 27% des squelettes présentaient des traces de fractures. Les chercheurs émettent l'hypothèse qu'à l'époque, les personnes pauvres souffraient de maladies chroniques et mouraient plus jeunes. La classe la plus pauvre n'aurait donc pas eu assez de temps pour connaître des dégradations physiques dues au travail ou alors les fractures se seraient résorbées rapidement en raison du jeune âge des sujets.

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Une autre découverte a quelque peu étonné les chercheurs. Lors de l'exhumation des squelettes, aucune preuve de meurtres par armes n'a été identifiée. Surprenant pour une époque où «l'homicide était si fréquent qu'à Londres et Oxford, une personne était plus susceptible d'être assassinée que de mourir d'un accident», relate Jenna Dittmar.

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