Culture

Les dix meilleures séries de 2021

Temps de lecture : 8 min

Classées de la légèrement moins géniale à la plus géniale.

For All Mankind, une série à l'ancienne comme on les aime. | Capture d'écran Apple TV via YouTube
For All Mankind, une série à l'ancienne comme on les aime. | Capture d'écran Apple TV via YouTube

S'il y a un plan sur lequel 2021 n'a pas été totalement pourrie, c'est celui des séries. Voici notre classement des meilleures œuvres télévisuelles de l'année.

10. «Reservation Dogs» (Disney +)

Co-créée par Sterlin Harjo et Taika Waititi (Vampires en toute intimité, Thor Ragnarok), cette toute nouvelle série met en scène quatre adolescents vivant sur une réserve amérindienne dans l'Oklahoma. Entre petite délinquance, rivalités bon enfant et rêves d'ailleurs, la série bâtit dans sa première moitié un récit initiatique touchant, à la Stand By Me. On y croise une collection de personnages attachants: Big, le flic un peu trop gentil, ou Brownie, l'oncle excentrique connu pour avoir assommé vingt personnes en moins de deux minutes.

Mais plus elle progresse, plus cette première saison s'éloigne de son démarrage conventionnel. À la manière d'Atlanta (également produite par FX), Reservation Dogs développe une narration de plus en plus surprenante, un univers singulier ponctué de touches surréalistes qui ne cesse de surprendre et d'émouvoir. On a hâte de voir où cet ovni télévisuel nous emmènera dans ses futures saisons.

9. «Hippocrate» (Canal +)

S'il y a bien une série de 2021 qui a réussi à parler de la pandémie sans en parler, c'est Hippocrate. Après une interruption liée au Covid, la série du médecin et cinéaste Thomas Lilti a fait son grand retour avec une deuxième saison implacable sur l'effondrement du système hospitalier français. Dès les premières secondes, on est plongé dans le quotidien d'un système de soins inondé (littéralement), des services saturés, des plannings surchargés. Les patients sont trop souvent ignorés, et les soignants, eux, ne sont plus au bord de la rupture: ils sont en plein dedans. Une saison de télé viscérale, réalisée, écrite et interprétée avec brio, qui peut se mesurer sans problèmes aux plus gros calibres américain.

8. «Mare of Easttown» (OCS)

Difficile à croire, compte tenu de l'explosion du genre, qu'il est encore possible de se laisser surprendre par un drame policier. C'est pourtant ce qu'est parvenue à faire la mini-série de Brad Ingelsby, réutilisant savamment les codes du whodunit tout en leur apportant une nouvelle profondeur. Kate Winslet livre une de ses meilleures performances (et c'est dire) dans le rôle de Mare, policière d'une petite ville de Pennsylvanie qui enquête sur un meurtre et gère comme elle peut un lourd deuil personnel.

Si l'intrigue policière est brillamment menée, la beauté de la série se trouve aussi dans la spécificité de son univers, de ses accents et ses tenues, qui créent un sentiment de familiarité immédiate. Dans Mare of Easttown, la communauté est un personnage à part entière, et une scène d'apéro est aussi importante qu'une séquence d'action. Dans les rôles secondaires, Julianne Nicholson, Jean Smart et Evan Peters crèvent l'écran.

7. «Dickinson» (Apple TV+)

Une relecture pop et irrévérencieuse de la jeunesse d'Emily Dickinson, avec des personnages du XIXe siècle qui disent «yas» et twerkent sur de la musique trap… À première vue, on aurait pu craindre que Dickinson ne soit une énième série «girl power»; le genre d'œuvres qui aplatissent toute nuance chez leurs personnages féminins pour en faire des archétypes badass sans relief. Au lieu de ça, la série s'est vite imposée comme une vraie curiosité télévisuelle, bourrée de cœur et d'énergie. Avec son humour bon enfant, ses séquences de réalisme magique, et son ton rebelle et facétieux, Dickinson est un pur régal, qui ne se prend jamais au sérieux.

Dickinson tient à rappeler que la poétesse américaine, connue aujourd'hui comme une vieille fille recluse, a aussi été une adolescente queer, généreuse, pleine de rêves, d'ambition et de fantaisie. Dans la troisième et dernière saison, qui se déroule pendant la guerre civile américaine, l'enthousiasme et la sincérité de la créatrice Alena Smith sont toujours aussi communicatifs. Une des séries les plus joyeusement singulières de ces dernières années.

6. «It's a Sin» (Canal +)

À la fin du premier épisode de It's a Sin, qui se déroule à Londres dans les années 1980, tous nos protagonistes doivent répondre à la même question: où se voient-ils dans dix ans? Ils sont jeunes, beaux, pleins de rêves. Et ce que le spectateur comprend sans qu'on lui dise, c'est que dans dix ans, une majorité d'entre eux auront sans doute été décimés par la pire épidémie de l'histoire, qui n'en est encore qu'à ses balbutiements. Dans la série incroyablement concise de Russell T Davies (Queer As Folk, Years and Years), chaque épisode est un coup de poing.

Le scénariste et son réalisateur, Peter Hoar, créent une galerie d'images indélébiles (Richie, éclairé par les phares d'une voiture, en train de danser au milieu de la nuit) et d'inside jokes bouleversantes («La!»). Le tour de force de It's a Sin, œuvre déjà incontournable sur les ravages du sida en Angleterre, est d'avoir su insuffler autant de joie, de beauté et de vitalité dans une histoire aussi tragique et profondément injuste.

5. «Scenes from a marriage» (OCS)

C'était la proposition télévisuelle la plus prestigieuse de l'année: un remake de la mini-série d'Ingmar Bergman, piloté par le grand showrunner Hagai Levi (In Treatment, The Affair) et interprété par deux stars internationales, Oscar Isaac et Jessica Chastain. Là où Bergman racontait le déchirement d'un couple protestant en Suède, Hagai Levi transpose son adaptation chez un couple d'Américains avec une fille en bas âge. Lui est juif orthodoxe, plus doux, cérébral, tandis qu'elle est la plus carriériste des deux, pragmatique, rigide.

Cette inversion des rôles genrés au sein du couple, loin d'être un simple gimmick, complexifie davantage cette histoire de rupture où personne n'a le beau rôle. Chaque épisode se déroule en temps réel, circonscrit à une unité de temps et de lieu –en l'occurrence, la maison que partage le couple. Dans un cadre aussi restreint, tout se joue dans les nuances, et chaque positionnement des acteurs dans la pièce, chaque costume, coiffure, geste ou regard fourmille de sens. Scenes from a marriage est l'exploit d'un metteur en scène, de scénaristes et d'acteurs au sommet de leur art.

4. «Sermons de Minuit» (Netflix)

Le cinéaste Mike Flanagan, qui en est à sa troisième série pour Netflix, est devenu ces dernières années le maître incontesté d'un genre à part entière, l'horreur émotionnelle. Après une exploration du traumatisme familial et intergénérationnel dans The Haunting of Hill House et The Haunting of Bly Manor, le créateur approfondit une nouvelle fois sa réflexion sur la mort et ses ramifications, cette fois-ci par le biais de la religion. Après avoir tué une jeune femme dans un accident de voiture et purgé une peine de prison, Riley revient vivre chez ses parents, sur une petite île très croyante. Dévoré par la culpabilité, et ayant perdu sa foi, Riley peine à se réintégrer à cette communauté pas toujours très tolérante (surtout avec le shériff et son fils musulmans). Au même moment, un nouveau prêtre reprend en main l'église de l'île, et les phénomènes étranges se multiplient.

Comme les précédentes œuvres de Flanagan, Midnight Mass est une série qui récompense les multiples visionnages tant elle est riche. À l'aide de monologues captivants, de scènes d'une absolue brutalité et d'autres d'une immense poésie, la série offre une méditation bouleversante sur les notions de deuil et de pardon. Dans le rôle du pasteur charismatique et mystérieux qui chamboule le quotidien de l'île, Hamish Linklater livre une interprétation hypnotique.

3. «The Underground Railroad» (Amazon Prime Video)

Cette année, aucune autre série ne ressemblait à The Underground Railroad. Mal marketée, diffusée en une seule fois plutôt qu'avec un épisode par semaine, la série n'a malheureusement pas obtenu une fraction de l'attention qu'elle méritait. Le brillant cinéaste Barry Jenkins (Moonlight, Si Beale Street pouvait parler) y adapte en dix épisodes le bestseller de Colson Whitehead, sur une jeune esclave qui s'enfuit de sa plantation dans le sud des États-Unis. Dans le livre comme dans la série, le réseau clandestin d'aide aux esclaves, surnommé «chemin de fer», prend la forme d'un véritable réseau ferroviaire aux allures fantasmagoriques.

Si The Underground Railroad est une série unique, ce n'est pas seulement pour sa beauté époustouflante, chaque scène est un tableau. Ce n'est pas juste grâce à la musique lancinante de Nicholas Britell (le compositeur brillant à qui l'on doit aussi la bande-son de Succession). C'est aussi grâce au talent incommensurable de son casting, à commencer par Thuso Mbedu, qui livre une performance magnétique dans le rôle presque silencieux de Cora. C'est la franchise absolue avec laquelle il filme l'horreur de l'esclavage, sans pour autant se complaire dans une violence gratuite. C'est aussi le romantisme incandescent de Barry Jenkins, qui filme l'amour et la tendresse mieux que personne. The Underground Railroad est, tout simplement, un chef-d'œuvre.

2. «Succession» (OCS)

Tout a déjà été dit sur Succession, l'histoire d'une fratrie d'ultra-riches qui se disputent la tête de l'entreprise familiale et l'affection de leur père tyrannique. Après une saison 2 explosive, et une absence de deux ans provoquée par l'arrêt des tournages pendant la pandémie, c'était sans doute la saison de série télé la plus attendue de l'année. Et le fait qu'elle ait réussi, non seulement à ne pas s'effondrer sous le poids de ces attentes démesurées, mais aussi à nous surprendre, est une preuve de l'immense talent de Jesse Armstrong, ses scénaristes et son casting.

Après un début un peu déstabilisant, qui voit certains de nos personnages préférés isolés du reste du casting, la saison prend progressivement tout son sens et monte en puissance jusqu'à une conclusion magistrale, à la fois inattendue et inévitable. Encore une fois, Succession prouve qu'elle est la série la mieux écrite et la mieux interprétée du moment.

1. «For All Mankind» (Apple TV+)

Les séries comme For All Mankind sont aujourd'hui de plus en plus rares. Il ne s'agit ni d'un remake, ni de l'adaptation d'un livre à succès. Son casting n'est pas composé de stars du cinéma, mais d'acteurs et actrices de télé, la plupart peu connus du grand public. Ce n'est pas non plus une mini-série: elle en est à sa deuxième saison sur au moins quatre de prévues. C'est une série à l'ancienne, qui se bâtit sur la durée, tout en bénéficiant des effets spéciaux et du budget permis par une entreprise comme Apple.

La série, créée par Ronald D. Moore (à qui l'on doit Battlestar Galactica), est une uchronie qui démarre dans les années 1960, et pose la question suivante: et si les Américains n'avaient pas été les premiers à marcher sur la lune? Et si les États-Unis étaient les éternels losers de la course à l'espace, sans cesse doublés par les soviétiques? À partir de quelques changements historiques, la série développe une trajectoire alternative infiniment proche de la nôtre, mais qui se permet d'imaginer toutes les voies parallèles qui auraient pu être empruntées.

Un programme de femmes astronautes, un conflit armé sur la lune… Dans la même lignée qu'une Halt and Catch Fire, For All Mankind a mis quelques épisodes (trois, précisément) avant de trouver sa vitesse de croisière. Depuis, elle n'a cessé de s'améliorer et de complexifier son intrigue, pour devenir la meilleure nouvelle série de ces dernières années.

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On y trouve certains des meilleurs personnages féminins du moment, à commencer par Molly Cobb, une astronaute ambitieuse inspirée de la vraie Jerrie Cobb. Et si la première saison était déjà excellente, la saison 2, exaltante de bout en bout, s'est achevée sur un season finale ébouriffant, qui prouve que l'on a affaire au drame télévisuel le plus ambitieux du moment.

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